Dieu est la source de ma joie !

Voici le texte de la catéchèse prononcée lors du pèlerinage diocésain à Lourdes.

« Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » (Luc 1,52) Tel est le verset complet du Magnificat. Celui-ci met en relief l’action contrastée de Dieu au détriment des puissants et en faveur des pauvres de cœur.

« Il renverse les puissants de leurs trônes » fait écho au verset précédent : « Déployant la force du son bras, il disperse les superbes. » (Luc 1,51) alors que la seconde partie reprend l’affirmation du verset 50 : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. »

Force et miséricorde, dans le Magnificat, viennent comme se répondre en écho. Nous ne pouvons pas les opposer car c’est « en déployant la force de son bras » contre les puissants de ce monde et en les renversant de leur trône, que Dieu fait miséricorde aux humbles « qui le craignent. » La finalité de l’action de Dieu est de libérer les humbles de l’oppression et de la violence et cela ne peut se faire qu’en rabaissant la superbe des potentats.

Dieu agit avant tout en faveur des petits qui lui font confiance mais la correction infligée aux puissants a pour but, non pas de les anéantir mais de les amener à la conversion afin qu’ils rejoignent le peuple des humbles. C’est ce que dit saint Paul quand il écrit à Timothée : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » (1 Tm 2,4)

Cette pédagogie, le Christ l’applique à ses Apôtres, à ceux qu’il appelle à le suivre de manière particulière. Nous pouvons penser à la leçon qu’il leurs donne quand, en chemin, ils discutaient entre eux « pour savoir qui était le plus grand. » Prenons le temps de lire le passage d’évangile concerné. Nous le trouvons au chapitre 9 de saint Marc (v 33-37) :

« Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

Au désir d’orgueil, de puissance des Apôtres, Jésus leurs répond : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Avec cette réponse, regardons l’attitude de Jésus : il s’assit. Il adopte certes l’attitude de l’enseignant mais aussi, il s’abaisse lui-même devant ses Apôtres. Cet abaissement, il le vivra encore au soir de la Cène en lavant les pieds des disciples et en les invitant à faire de même.

La réponse de Jésus ne s’arrête pas là. Il prend alors un enfant et le place au milieu. Et que fait-il ? Il s’identifie à un enfant : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. » Et il va même plus loin : accueillir un enfant au nom du Christ, c’est accueillir le Père lui-même : puisqu’accueillir le Christ, c’est accueillir le Père !

Nous ne sommes pas meilleurs que les Apôtres. Notre cœur est aussi traversé par ce désir de servir le Christ, d’être son fidèle disciple mais aussi habité par notre attachement à nous-mêmes, notre désir de dominer, d’être le plus fort… Et Jésus nous invite à renoncer à notre volonté de puissance, notre orgueil. Il nous invite à faire notre la prière du psalmiste : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Ps 130,1-2)

Comment faire ? En prenant le temps d’écouter ! Ecouter l’Esprit-Saint qui est à l’œuvre en nos cœurs. Entrer sur le chemin d’humilité auquel le Christ nous invite, passe par l’écoute de l’Esprit-Saint qui est en nous. Afin de savoir écouter l’Esprit Saint qui est en nous, prenons le temps de découvrir qui il est.

Dans l’Evangile, Jésus nous fait découvrir peu à peu qui est l’Esprit et son œuvre en celui qu’il habite. Nous le trouvons en particulier dans le passage où Jésus est dans la synagogue de Nazareth : « Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » » (Luc 4,16-21)

Dans ce passage, Jésus cite le prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi. Le Seigneur, en effet, a fait de moi un messie, il m’a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l’évasion, aux prisonniers l’éblouissement. » (Isaïe 61,1)

Rien que par ce passage, nous venons d’éclairer le verset du Magnificat qui nous sert de titre pour notre catéchèse : « L’Esprit-Saint renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. ». L’attention aux pauvres, aux petits est viscéralement attachée à l’être même de Dieu, mû par l’Esprit de Dieu. Nous retrouvons cela dans la magnifique séquence du jour de la Pentecôte : « Viens, Esprit Saint en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, Père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. À tous ceux qui ont la foi, et qui en toi se confient, donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen ! »

Nous venons d’entendre que l’Esprit-Saint est le père des pauvres, de ceux qui attendent tout de Dieu sans compter sur leurs propres forces, les humbles. Comme le dit saint Paul dans la lettre aux Galates, c’est l’Esprit qui crie en nous « Père » (cf. Ga 4,6) Le Père défend son enfant, il vient à son secours, il le protège… L’Esprit Saint est le cri d’amour du Père pour son Fils. Il est le cri d’amour du Fils pour son Père… et nous sommes pris dans ce cri d’amour. Il nous donne vie, il nous fait vivre.

Comment le fait-il ? A partir de l’événement de la Pentecôte, nous découvrons que l’Esprit Saint est l’architecte, l’ouvrier de l’Église. Il est la Personne divine qui gouverne l’Église, qui habite en elle ainsi qu’en chacune de nos âmes. Il est la vie qui unit les membres du corps entre eux, qui unit les membres de l’Église. C’est lui également qui agrandit le corps mystique du Christ qu’est l’Église. L’Église est le sacrement, c’est-à-dire le signe visible, de la mission du Christ et de l’Esprit Saint qui agit aujourd’hui en notre monde.

L’Esprit Saint est aussi celui qui habite chacune de nos âmes. Il est l’hôte de notre âme. Il est la Personne divine, il est Dieu qui habite en nous. Ainsi qu’est-ce qu’un chrétien ? Qu’est-ce qui différencie un chrétien d’un païen ? Ce n’est pas l’intelligence, ni même l’honnêteté ! Le chrétien est quelqu’un qui est habité par l’Esprit Saint. C’est quelqu’un dans lequel l’Esprit Saint travaille, agit. Le chrétien est celui qui est pris par l’Esprit Saint.

Il est donc important que nous prenions conscience de l’habitation, de la présence de l’Esprit Saint en notre âme. Il fait son œuvre en nous. Par le baptême et la confirmation, je me rends disponible à l’œuvre de l’Esprit Saint en moi et je fais l’expérience de l’Esprit Saint en mon être. Il faut aussi que j’apprenne à m’émerveiller de la présence de l’Esprit Saint en l’autre.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur l’Esprit Saint. Aussi, durant ce pèlerinage et même ensuite, je vous invite à prendre conscience de l’Esprit Saint qui est là présent en chacun de nous ; à faire des actes de foi en sa présence ; à l’adorer et lui rendre grâce pour telle ou telle action dans votre vie ou celles des autres.

Parce que Marie a dit “oui“, l’Esprit Saint la pris sous son ombre. Que chacun, à l’image de Marie sache dire “oui“ et se laisser prendre sous l’ombre de l’Esprit Saint, sache laisser l’Esprit Saint agir en sa vie.
Le saint est quelqu’un qui est habité et dominé par l’Esprit Saint. La sainteté, ce n’est pas d’avoir beaucoup de vertus. La sainteté, c’est d’avoir développé sa grâce, d’être dominé, gouverné, mû par l’Esprit Saint. Il renverse tout orgueil, tout désir de puissance en nous pour que nous devenions les pauvres de Dieu à l’image de la Vierge Marie qui s’est laissée conduire par lui.

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