Dimanche dernier, nous entendions l’apôtre Pierre crier vers Jésus : «Seigneur, sauve-moi!» (Matthieu 14,30). Aujourd’hui, nous entendons une prière semblable de la part d’une Cananéenne : «Seigneur, viens à mon secours!» (Matthieu 15,25)

La réaction de Jésus face à cette femme peut nous surprendre. Cette femme crie vers Jésus et le supplie de libérer sa fille qui est tourmentée par un démon et Jésus «ne lui répond pas un mot.» (Matthieu 15,23). Cette femme, prise par l’angoisse et la peur, crie vers Dieu et celui-ci se tait. Qui n’a jamais fait cette expérience ? Elle est troublante et peut déstabiliser notre foi. Et pourtant cela ne signifie pas que Dieu n’entend pas et qu’il n’agit pas… bien au contraire !

Que se passe-t-il ? Cette femme ne cesse pas de crier, de supplier. Elle ne se décourage pas comme bien souvent nous sommes tentés de le faire. Elle garde une prière constante vers Jésus. Elle est tellement insistante que les disciples finissent par intercéder pour elle, certes de façon étonnante, mais ils intercèdent pour elle : «Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris !» (Matthieu 15,23). À l’intercession des disciples, la Cananéenne obtient une parole du Christ : «Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.» (Matthieu 15,24). Cette parole provoque un acte d’adoration de la Cananéenne et une prière renouvelée qui débouche sur un acte de foi. À cet acte de foi, Jésus l’exauce.

Nous avons ici un bel enseignement sur la prière qui est un encouragement pour chacun de nous à persévérer dans notre supplication vis-à-vis de Dieu. Il faut crier vers lui sans nous décourager même si Dieu semble sourd à notre prière. Dieu n’est jamais indifférent à nos supplications. La grande tentation est souvent de lui tourner le dos si il ne répond pas comme je veux et quand je veux à ma prière. Dieu n’exauce jamais le caprice d’un enfant gâté. Il exauce toujours une prière fidèle et juste qui monte du cœur d’un pauvre. La Cananéenne n’exige pas une réponse de Dieu… elle continue de prier car elle sait que Dieu répond toujours à la prière selon sa propre volonté et dans le temps qu’il veut.

Nous voyons aussi l’importance de l’intercession de l’Eglise à travers la figure des disciples qui intercèdent auprès de Jésus. Bien souvent, je pense que ma prière est personnelle et strictement privée et j’oublie l’importance de la communauté pour intercéder avec moi. De plus cette prière de la communauté, de l’Eglise, me renvoie toujours à la Parole de Dieu pour susciter un nouvel acte de foi. C’est là que s’enracine la fécondité de la prière. Elle n’est pas magique… elle exige de moi une adhésion nouvelle à la Parole de Dieu et à l’accomplissement de sa volonté.

Ainsi dans l’évangile de ce dimanche, nous avons un bel enseignement sur la prière : un encouragement à persévérer quand Dieu ne semble pas nous répondre mais aussi sur le cheminement personnel que doit être ma prière. Notre prière doit être à la fois demande, louange et action de grâce. Et comme pour la Cananéenne, il nous est nécessaire de nous abandonner à l’amour de Dieu qui nous précède et nous accompagne toujours, c’est l’attitude de base de tout dialogue avec Dieu. La prière ne naît pas du besoin d’obtenir quelque chose. Elle naît de la foi, d’une rencontre avec le Christ, le Fils de Dieu qui appelle et révèle son amour.

En relisant notre expérience de la prière, n’ayons pas peur de regarder le chemin parcouru par cette femme, cette Cananéenne, cette païenne, cette étrangère… Avec ce qu’elle connaît du Christ, avec sa foi, elle est un témoin, un maître sur la façon d’adresser notre propre prière à Dieu : ma prière de demande est-elle pour mon bien-être personnel ou est-ce un véritable acte de foi, fondé sur une écoute authentique de la Parole de Dieu, une rencontre avec le Christ ? Demandons au Seigneur la grâce de puiser dans son amour afin de lui adresser une prière insistante qui soit juste, pleine de foi et que nous pouvons avoir la joie de voir exaucée. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.