Homélie pour le 27ème dimanche ordinaire de l'année B

Aimer, une aventure pour toute la vie ?

La Parole de Dieu

Genèse 2,18-24
Psaume 128(127)
Hébreux 2,9-11
Marc 10,2-16

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Aimer… voilà un acte qui tient au cœur de tout homme et de toute femme. Aimer en vérité, aimer en toute sincérité… mais n’est-ce pas une réalité qui parait à la fois simple et complexe au cœur de l’être humain. L’amour est traversé par tellement de ressentis différents : est-il définitif ? est-il passager ? Qu’est-ce qu’aimer ? Est-ce le sentiment d’un instant ? d’une heure passagère ? Est-ce une aventure au long cours qui peut durer toute une vie ? Est-il possible d’aimer une même personne tout au long de sa vie et de lui rester fidèle ? Est-il raisonnable de s’engager pour toute la vie dans le mariage avec une seule et même personne ? Devant la réalité de l’amour, l’être humain se sent souvent bien fragile.

La question du mariage pour toute la vie n’est pas récente. Les interlocuteurs de Jésus se la posent aussi… et déjà bien avant eux, cette question a été posée à Moïse. Que va dire Jésus lui qui prêche la miséricorde et l’amour ? La réponse de Jésus est claire et sans appel. Il rappelle l’exigence de l’amour dans le mariage : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »(Marc 10,9) Jésus ne fait que rappeler le projet originel de Dieu pour l’homme et la femme : « Au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. A cause de cela l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. »(Marc 10,6-8)

Que nous dit Jésus ? Il nous redit que le mariage n’est pas qu’un contrat passé entre un homme et une femme, contrat qui peut être rompu par l’une des deux parties. Le mariage est un appel de Dieu. Le mariage est une réponse à cet appel de Dieu. Il n’appartient donc pas uniquement aux époux. Il appartient aussi à Dieu. C’est Dieu lui-même qui scelle cette union. C’est Dieu qui fait alliance.

Cette union n’enferme pas le couple sur lui-même. Elle est appelée à grandir. Elle est appelée à être source de vie. Nous l’entendons dans l’expression « une seule chair ».Celle-ci fait référence à l’union sexuelle de l’homme et de la femme. Elle ouvre également une perspective plus grande de la vie conjugale. Elle implique une croissance, une progression que vivent ensemble les époux afin de former de plus en plus un seul cœur et une seule âme.

Cet appel à la vie se manifeste aussi dans le fait que l’amour de l’homme et de la femme, vécu dans le mariage, n’est pas qu’un acte de volonté. Il est aussi une manière de vivre l’amour de Dieu, de le découvrir et de participer à cet amour. « Dieu est amour, et l’on participe à son œuvre quand on aime avec Lui et comme Lui. » (François, Angélus du 4 octobre 2015) Cet amour se vit dans les joies et les douleurs, les moments sereins et difficiles. Cet amour est appel à la vie à travers le désir d’engendrer les enfants, de les attendre, de les accueillir, de les élever et de les éduquer.

Cet amour nous le trouvons exprimé dans l’évangile à travers la vie et les œuvres de Jésus. Il a vécu les joies et les douleurs de l’humanité. Il les a portés dans sa chair, de la jubilation à la crucifixion. Aimer comme Dieu, participer à l’amour de Dieu, c’est contempler le Christ Jésus. C’est aimer comme lui : dans le silence de la prière et dans le don de soi par amour pour l’autre. Aimer, c’est avoir la confiance et la simplicité d’un enfant qui se tourne vers ses parents pour recevoir d’eux l’amour dont il a besoin pour vivre. Aimer c’est avoir confiance en Dieu et recevoir de lui l’amour dont j’ai besoin pour aimer l’autre. Voilà le chemin sur lequel Jésus nous appelle.

En écoutant ces paroles de Jésus, nous pouvons être étonnés du degré d’exigence de Jésus. Il ne semble pas faire de place pour celles et ceux qui ont échoué dans leur désir d’aimer, dans la construction de leur amour conjugal. L’Évangile ne serait-il pas fait pour eux ? Où est la miséricorde ? Si cette question nous traverse, relisons l’évangile ! Nulle part nous de trouvons de parole où Jésus condamne celles et ceux qui ont vécu un échec. La seule chose que Jésus condamne est l’endurcissement du cœur. Ce n’est pas la défaillance qui est grave. Ce qui est grave est le fait de faire comme si nous n’avons pas failli. Jésus ne rejette jamais celui qui se repend de sa faute. Jésus pardonne et demande que nous fassions de même. Il nous réconcilie avec son Père et demande que nous soyons prêts à nous réconcilier…

Qu’elle que soit notre situation, la seule exigence que Jésus pose est une exigence d’amour à l’image de celui qu’il a vécu pour nous.

En ce jour où nous fêtons Notre Dame du Rosaire, demandons à la Vierge Marie qu’elle nous apprenne à dire « oui » à cette exigence, qu’elle nous entraine à sa suite pour aimer les autres en nous laissant aimer par Dieu, pour aimer Dieu en nous laissant aimer par les autres ! Que, par l’intercession de la Vierge Marie, le Seigneur renouvelle notre capacité d’aimer. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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