A la suite de la proclamation de l’évangile des deux dimanches précédents, nous pouvons admirer la pédagogie de l’évangéliste pour nous faire comprendre le cœur de la vie du disciple du Christ.

Il y a quinze jours, nous entendions la parabole du Bon Samaritain. Jésus nous présentait la charité, l’amour du prochain comme constitutive du disciple. La semaine passée, nous écoutions l’évangile de Marthe et Marie, avec l’éloge de Jésus pour celle et celui qui fait toutes choses en étant à l’écoute de Sa Parole, en étant au pieds du maître pour son agir de disciple.

Face à cela, les disciples de Jésus ont bien compris que leur action doit être à la ressemblance de celle du maître. Ils voient celui-ci agir auprès des hommes mais aussi dans ses longs cœurs à cœurs nocturnes qu’il a avec son Père. Ceci nous vaut la question de l’évangile de ce jour : « Seigneur, apprends-nous à prier. » (Luc 11,1)

Telle une fresque se déployant devant nous, nous avons en trois dimanches un renseignement précis et précieux sur l’être chrétien : agir comme le Christ lui-même dans nos relations avec les autres, principalement avec le plus pauvre, et vivre une relation interpersonnelle avec le Père.

Souvent, nous sommes, nous aussi, comme les disciples, avec cette demande : « Apprends-nous à prier ». Et Jésus vient nous dire que la prière est en tout premier lieu, une relation personnelle avec Dieu. « Quand vous priez, dites : Notre Père… » (Luc 11,2). Jésus n’apprend pas une formule toute faite à réciter par cœur. Jésus nous enseigne que la prière est avant tout une relation avec Dieu. Quand je prie, je suis en relation, en contact avec Dieu !

Par ces mots « Notre Père », Jésus apprend au croyant à entrer dans une humble confiance filiale avec Dieu. Entendons ensemble l’enseignement de saint Cyprien sur la prière du Seigneur : « Chez les hommes qui prient, la parole et la demande doivent être bien réglées, paisibles et modestes. Pensons que nous sommes en présence de Dieu. Il faut que le regard divin trouve plaisir à l’attitude du corps et au ton de la voix. Autant il est inconvenant de vociférer, autant il convient de prier avec modestie et réserve. »

Dans un autre passage de l’enseignement du saint, nous l’entendons nous dire : « Avant tout le Christ, Docteur de la paix et Maître de l’unité, n’a pas voulu que la prière soit individuelle et privée, comme si l’on priait pour soi. Nous ne disons pas « Mon Père qui est aux cieux », ni « Donne-moi aujourd’hui mon pain de ce jour ». Chacun ne demande pas pour lui seul que sa dette lui soit remise, qu’il ne soit pas soumis à la tentation et qu’il soit délivré du Mal. Notre prière est publique et communautaire, et quand nous prions ce n’est pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous le peuple entier, nous ne faisons qu’un. ». Nous retrouvons là toute la force de la prière d’Abraham dans le première lecture (Genèse 18,20-32) mais aussi celle des premiers chrétiens dans les Actes des Apôtres : « ils priaient tous ensemble d’un seul cœur ». Cela nous fait aussi prendre conscience que je ne viens pas à la messe pour avoir « ma » messe, mais que je viens à la messe pour la gloire de Dieu et le salut du monde comme nous le dirons dans quelques instants.

La prière du Notre Père nous fait aussi découvrir que le Donateur est plus important que le don qu’il accorde. Le premier trésor à acquérir est la présence de Dieu en nous. La prière nous fait entrer en communion avec Dieu. (Et cette communion peut être permanente !). Prier, c’est demeurer en présence et en communion avec Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Prier, c’est permettre à Dieu de venir habiter en nous et nous laisser transformer par Lui.

Cette communion divine, dans la prière, est possible par la grâce de notre baptême où nous avons reçu le don de l’Esprit Saint et où nous sommes devenus un même être avec le Christ. (cf. la seconde lecture : Colossiens 2,12-14).

Avec confiance, imitons le Christ, contemplons le dans sa prière, dans sa relation au Père. Laissons-nous toucher par sa prière. N’ayons pas peur de lui demander avec insistance : « Maitre, apprends-nous à prier » et comme le Christ, laissons-nous habiter par cette présence du Père, par cette communion avec Lui. C’est ainsi et seulement ainsi que nous pourrons agir comme le Christ, donner notre vie comme lui et être comme le Christ, porteur de la miséricorde du Père. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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