Ah, la légendaire sagesse de Salomon! Toute personne censée, qui a quelque pouvoir à exercer, ne devrait pas avoir d’autre désir que cette sagesse: un cœur attentif pour qu’il sache gouverner et discerner le bien du mal. Cela éviterait bien des conflits…

Oui, mais ne soyons pas dupes: l’accession au trône du roi Salomon ne se fit pas de façon très clean! Intrigues politiques, complots et même assassinats furent de mises. Et pourtant, la sagesse de Salomon est légendaire. Que s’est-il passé?

Une fois arrivé au pouvoir, le roi Salomon a eu un éclair de lucidité. Il s’est aperçu qu’il n’était pas si facile que cela de gouverner. Être un bon chef, ce n’est pas simplement accomplir ses propres volontés ou répondre au désir d’un lobby. Gouverner, c’est rechercher, avant toute chose, le bien commun. Salomon se tourne alors vers le Seigneur pour lui adresses cette prière: «Seigneur, mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi à la place de David, mon père: or, je suis un tout jeune homme, incapable de se diriger, et me voilà au centre du peuple que tu as élu; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un coeur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal; comment sans cela gouverner ton peuple qui est si important?» (1 Rois 3,7-9)

Dans cette prière, Salomon reconnaît que sa mission royale est une mission de service. Comme roi, il est au service du peuple de Dieu. Ce service est à accomplir pour le bien du peuple et non pour son confort personnel. Il demande donc au Seigneur ce qui est nécessaire pour accomplir ce service. Dieu va répondre à cette prière avec une grande largesse: «Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé: je te donne un coeur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi.» (1 Rois 3,11-12)

En ces temps tourmentés, où la violence semble l’emporter parce que chacun veut défendre ses propres intérêts et avoir le pouvoir sur l’autre, puissions-nous faire de la prière de Salomon notre propre prière. Elle ne concerne pas que les grands de ce monde. Elle concerne chacun de nous à la mesure de le responsabilité qui est la notre.

Aujourd’hui, nous prions plus particulièrement pour la paix et principalement en Terre Sainte, en Irak, en Syrie… mais n’oublions pas que les acteurs de paix ne sont pas que les ambassadeurs de l’ONU. C’est chacun de nous et ça commence là où nous vivons: au cœur de nos familles, avec nos voisins, dans nos villages, au sein de notre communauté chrétienne…

Dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus nous dit: «moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux.» (Matthieu 5,44-45) Cela est exigent mais ne doit pas nous décourager. C’est une invitation à nous recentrer sur la perle rare de notre vie: le Christ Jésus lui-même. Être acteur de paix, c’est, avant tout, savoir se mettre simplement devant le Christ, dans le silence de la prière. Là, je m’offre au Seigneur et je prie pour celles et ceux avec qui j’ai du mal: que ce soit un membre de ma famille, un voisin, un collègue ou ceux qui persécutent nos frères et sœurs chrétiens au Moyen ou Proche Orient. Je m’offre au Seigneur et l’implore de savoir aimer les autres comme lui les aime. Je lui demande d’avoir ses sentiments à l’égard de chacun. J’ose aussi, à la lumière de l’Esprit-Saint, regarder les conversions qu’il me faut vivre dans ma propre vie pour laisser de plus en plus le Christ agir en moi.

Être acteur de paix, c’est laisser le Christ avoir la première place en tout, lui qui est la Paix, cette paix que nous nous donnerons dans quelques instants. Amen.

Homélie pour le 17ème dimanche ordinaire – Année A

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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