Bougies

Bougies«Voici l’époux!» (Matthieu 25,§) Il n’en faut pas plus pour réveiller les dix jeunes filles et les mettre en émoi. Pour cinq d’entre elles, en s’apercevant qu’elles n’auront pas assez d’huile pour tenir leurs lampes allumées, pour les cinq autres parce qu’elles touchent au but de leur attente.

Nous pouvons être interrogés par le fait que les cinq jeunes filles prévoyantes refusent de donner un peu de leur huile aux autres… mais Jésus ne nous livre pas ici une parabole sur le partage. La parabole qu’il nous offre est sur le Royaume des cieux… sur le terme de notre pèlerinage terrestre: «Le Royaume des cieux sera comparable…» (Mt 25,1)

L’évangile de ce dimanche nous oriente vers la rencontre avec le Seigneur, terme de notre pèlerinage ici-bas. Tout est dans la finale du texte: «Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.» (Mt 25,13)

Avec cette invitation du Seigneur, nous avons là un paradoxe. Jésus nous dit: «Veillez» mais, il ne reproche pas aux jeunes filles d’avoir dormi. Il est reproché, à cinq d’entre elles, de ne pas avoir pris assez d’huile pour tenir leurs lampes allumées jusqu’à la venue de l’époux. C’est ainsi que les insensées se retrouvent devant une porte fermée avec ces mots: «Amen, je vous le dis: je ne vous connais pas.» (Mt 25,12)

A quoi nous invite donc Jésus? Que veut-il dire quand il nous dit «veillez»? Veiller, c’est garder une lampe allumée, entretenir la flamme de l’espérance, cette vertu théologale que Dieu a déposé en nous au jour du baptême. «L’espérance est la vertu par laquelle nous désirons fermement et durablement ce pour quoi nous sommes sur terre: louer Dieu, le servir et trouver notre accomplissement en Dieu, ce en quoi consiste notre vrai bonheur. Car c’est en Dieu qu’est notre demeure finale.»  (Youcat, n°308) L’espérance est cette force qui nous fait tendre vers la réalisation de la promesse du Christ: son retour dans la gloire à la fin des temps. «Nous sommes là pour attendre le retour du Seigneur». (1 Th 4,15) C’est bien ce que nous a rappelé saint Paul dans la seconde lecture.

Ce retour du Christ n’est pas un cataclysme assorti de grands malheurs tels que peuvent nous le faire croire les faux prophètes de tout temps. Ce retour du Christ est celui de l’époux qui vient nous chercher pour nous faire entrer et participer au banquet céleste. Attendre le retour du Christ, c’est se préparer pour une fête, une très grande fête. Tel est le message de l’Apocalypse: «Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau!» (Ap 19,9) ou comme nous le dirons dans quelques instants avant de recevoir la Sainte Communion: «Heureux les invités au repas du Seigneur».

Pour participer à ce banquet, il nous est donc nécessaire de tenir notre lampe allumée. Faire briller cette lumière est notre vocation de baptisé. «Recevez la lumière du Christ… Veillez à l’entretenir…» tels sont les mots prononcés au baptême lors de la remise du cierge. Oui, notre mission de chrétien est d’entretenir la flamme de l’espérance au coeur de la nuit de notre monde. Cette nuit qui est marquée par un avenir incertain, par les grandes questions traversées par notre société d’aujourd’hui: crise économique, problèmes éthiques posés par les nouvelles technologies ou les théories farfelues

C’est au milieu de la nuit de ce monde que le Christ nous demande de veiller et de garder nos lampes allumées, de faire provision d’huile et ainsi être témoin de l’espérance. Car veiller, ce n’est pas attendre passivement. Veiller, c’est espérer et «espérer, nous dit saint Augustin, c’est croire en l’aventure de l’amour, se fier aux hommes, faire le saut dans l’inconnu et s’en remettre entièrement à Dieu.»

Je ne puis terminer sans citer notre Saint Père, le pape Benoit XVI, lors de l’angélus du 3 janvier 2010: «Les problèmes ne manquent pas, dans l’Eglise et dans le monde, ainsi que dans la vie quotidienne des familles. Mais, grâce à Dieu, notre espérance ne tient pas compte de pronostics improbables, ni même des prévisions économiques, aussi importantes soient-elles. Notre espérance est en Dieu, non pas au sens d’une religiosité générique, ou d’un fatalisme revêtu de foi. Nous avons confiance dans le Dieu qui, en Jésus Christ, a révélé de manière totale et définitive sa volonté d’être avec l’homme, de partager son histoire, pour nous guider tous vers son Royaume d’amour et de vie. Et cette grande espérance anime et parfois corrige nos espérances humaines.»

Il continue un peu plus loin: «telle est la véritable raison de l’espérance de l’humanité: l’histoire a un sens, car elle est « habitée » par la Sagesse de Dieu. Toutefois, le projet divin ne s’accomplit pas automatiquement, car c’est un projet d’amour, et l’amour engendre la liberté et demande la liberté. Le Royaume de Dieu vient assurément, plus encore, il est déjà présent dans l’histoire et, grâce à la venue du Christ, il a déjà vaincu les forces négatives du malin. Mais chaque homme et chaque femme sont responsables de l’accueillir dans leur propre vie, jour après jour. C’est pourquoi, [notre vie] sera plus ou moins « bonne » dans la mesure où chacun, selon ses propres responsabilités, saura collaborer avec la grâce de Dieu.»

Puissions-nous, par la grâce de cette Eucharistie, faire provision d’huile pour tenir nos lampes allumées jusqu’à l’arrivée de l’époux. Amen.

Homélie pour le 32ème dimanche ordinaire – Année A

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