Jour de joie, jour de fête, aujourd’hui, l’Église nous invite à célébrer les vivants, « cette foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » qui se tient « debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec les palmes à la main. » (Apocalypse 7,9) Pourquoi notre louange à l’égard des saints ? Pourquoi cette fête ? Que peuvent leur apporter ces honneurs terrestres alors qu’ils sont dans la Gloire de Dieu, qu’ils contemplent la face même de Dieu ?

En célébrant la fête de tous les Saints, l’Église nous invite à stimuler notre désir du Ciel, à participer, avec la multitudes des premiers-nés à la joie de Dieu, à « nous réjouir dans leur communion tellement désirable et obtenir d’être concitoyens et compagnons des esprits bienheureux, d’être mêlés à l’assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs, à la communauté des confesseurs, au chœur des vierges, bref d’être associés à la joie et à la communion de tous les saints. » (St Bernard, sermon pour la Toussaint). Oui, la fête de la Toussaint est là pour stimuler, réveiller en nous le désir du Ciel, de la Jérusalem céleste, et qu’au soir de notre vie nous entrions nous aussi dans l’immense cortège de tous les saints !

Fêter tous les saints, c’est implorer leur prière afin qu’ils réveillent en nous l’appel à la sainteté que nous avons reçu le jour de notre baptême. C’est désirer entrer nous aussi dans cet appel de Dieu à le rencontrer, c’est réveiller en nous le cri de Thérèse d’Avila : « Je veux voir Dieu ! » mais pour cela, il n’y a pas d’autre chemin que celui d’être fille et fils de l’Église, d’entrer dès ici-bas dans la communion des saints, de nous laisser attirer par la prière de celles et ceux qui nous ont précédé marqués du signe de la foi et qui vivent dans la vision béatifique de Dieu.

Fêter tous les saints, c’est regarder « l’exemple lumineux des saints, réveiller en nous le grand désir d’être comme les saints: heureux de vivre proches de Dieu, dans sa lumière, dans la grande famille des amis de Dieu. Être saint signifie: vivre dans la proximité de Dieu, vivre dans sa famille. Et telle est notre vocation à tous. » (Benoit XVI – homélie pour la Toussaint 2006)

Être saint, ce n’est pas accomplir des œuvres ou des actions extraordinaires, ni posséder des charismes exceptionnels. Être saint nécessite simplement d’écouter Jésus et de le suivre sans se décourager face aux difficultés. « Si quelqu’un me sert, nous dit Jésus, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. » (Jn 24-25). Certes la biographie des saints peut nous faire peur car nous y voyons qu’il n’y a pas de sainteté sans épreuve, sans souffrance… sans passer par la croix… mais il n’y a pas de sainteté sans vie entièrement donnée, configurée au Christ ! Dans la vie des saints, nous découvrons aussi leur persévérance dans l’engagement, « ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. » (Ap 7,14).

« L’exemple des saints est pour nous un encouragement à suivre les mêmes pas, à ressentir la joie de celui qui a confiance en Dieu, car l’unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l’être humain est de vivre loin de Lui. La sainteté exige un effort constant, mais elle est à la portée de tous car, plus que l’œuvre de l’homme, elle est avant tout un don de Dieu, trois fois Saint (cf. Is 6, 3) (Benoit XVI, id.)

Dieu nous a aimé le premier : « voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1Jn 3,1) nous dit saint Jean. « Dans le Christ, il nous a fait don de tout son être, et nous appelle à une relation personnelle et profonde avec Lui. C’est pourquoi, plus nous imitons Jésus et demeurons unis à Lui, plus nous entrons dans le mystère de la sainteté divine. » (Benoit XVI, id.)

Frères et soeurs, n’ayons pas peur de répondre à cet amour de Dieu. N’ayons pas peur d’aimer et de nous laisser aimer par Dieu. N’ayons pas peur d’entrer dans ce don de nous-même même si aimer implique toujours au renoncement de soi-même, à « se perdre soi-même » mais c’est le seul chemin pour être heureux, pour entrer véritablement dans ce chemin de vie que le Christ nous propose dans les béatitudes. Certes, le bienheureux par excellence, c’est Jésus, mais en unissant notre vie à la sienne, en communiant à la propre vie du Christ, nous entrons à notre tour dans cette béatitude, nous accomplirons notre vocation baptismale de devenir nous aussi des saints.

Dans quelques instants, lors de la préface, nous proclamerons que les saints sont pour nous des amis et des modèles de vie. « Invoquons-les afin qu’ils nous aident à les imiter et engageons-nous à répondre avec générosité, comme ils l’ont fait, à l’appel divin. Invoquons en particulier Marie, Mère du Seigneur et miroir de toute sainteté. Qu’Elle, la Toute Sainte, fasse de nous de fidèles disciples de son fils Jésus Christ! Amen. » (Benoit VI, id.)

Homélie pour la Toussaint.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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