Mère Thérèsa et Jean Paul II

Mère Thérèsa et Jean Paul II«Commandement», un mot qui n’a pas forcément bonne presse aujourd’hui. A l’heure de l’individualisme, le terme de commandement fait référence à une dépendance, à une soumission, à une hiérarchie…

Et l’évangile de ce dimanche vient en remettre une couche: «Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement?» (Matthieu 22,36). Par cette question, les pharisiens cherchent, à mettre Jésus en porte à faux sur la question de la Loi. Ils vont obtenir comme réponse de la part de Jésus: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second qui lui est semblable: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»» (Mt 22,37-39)

Etonnant! Le grand commandement est d’aimer! Mais peut-on commander l’amour? Peut-on commander d’aimer?

La réponse de Jésus fait écho au livre du Deutéronome où il est dit: «Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton coeur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé.» (Dt 6,4-8a) Ce commandement, le Pharisien l’avait bien en tête et c’est bien la réponse qu’il attendait de Jésus. Mais à ce texte, Jésus lui en donne un autre en écho, issu du Lévitique: «Chacun de vous doit aimer son prochain comme lui-même. Je suis le Seigneur.» (Lv 19,18)

Jésus vient donc élargir la réponse d’amour qu’il faut donner à Dieu. Aimer Dieu ne se résume pas uniquement à la prière et au culte mais cela passe aussi par la charité fraternelle, l’amour du prochain. Comment aimer véritablement Dieu, que je ne vois pas, si je n’aime pas mon prochain, mon voisin? Cette question nous est posée par saint Jean en sa première lettre: «Si quelqu’un dit ‘J’aime Dieu’ , et qu’il hait son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas» (1 Jn 4,20)

L’amour de Dieu et l’amour du prochain est donc un préalable à l’application de tous les autres commandements. La réponse de Jésus ouvre une perspective nouvelle pour aujourd’hui dans notre monde. Il n’est pas rare d’entendre certains nous parler de leur choix de baptiser leur enfant, ou de les inscrire dans une école catholique en mettant en avant les «valeurs»… ou d’autres s’éloigner écrasé par le poids de la morale… Être chrétien, avant d’être une morale ou des valeurs, c’est une rencontre! C’est rencontrer l’amour du Père en la personne de son Fils Jésus-Christ, habité par l’Esprit Saint.

Cette rencontre se réalise par une écoute: «Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique…».  Ecouter Dieu dans sa Parole, écouter Dieu en son Fils Jésus Christ, écouter Dieu dans la prière, le coeur à coeur silencieux avec Lui, écouter Dieu par l’enseignement de l’Eglise… «Écoute, mon fils, l’enseignement du maître, ouvre l’oreille de ton coeur ! Accepte volontiers les conseils d’un père qui t’aime et fais vraiment tout ce qu’il te dit.» tels sont les premiers mots de la règle de Saint Benoit.

Ce n’est seulement que par cette écoute que je pourrais découvrir que le Seigneur, notre Dieu est l’Unique. Vient ensuite le commandement: «Tu aimeras…». Il m’est plus facile d’aimer quelqu’un que j’ai pris le temps d’écouter, d’accueillir… et c’est seulement ainsi que je peux conformer ma vie à ce que me demande le Seigneur. Les commandements de Dieu ne sont plus alors des obligations mais ils sont une réponse d’amour à Celui dont je me découvre infiniment aimé. L’amour n’est plus seulement de l’ordre de l’émotion et du sentiment… il est obéissance à la Loi, il est écoute de la Loi… et la loi de Dieu est loi de vie.

L’amour de Dieu n’est pas un amour éthéré… il est un amour bien concret qui passe par celui qui m’est proche, par celui qui est à côté de moi, par celui qui est mon semblable créé lui aussi à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cet amour s’éprouve au coeur du couple, au coeur de la famille, au coeur de la communauté chrétienne, au coeur de nos communes, de notre travail… Et c’est en éprouvant cet amour concrètement que je pourrais témoigner de la miséricorde de Dieu et ainsi être missionnaire. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.