BougiesBizarre aussi bien qu’étrange! En effet qui est ce Dieu qui permet au vieil Abraham et à sa femme Sara d’avoir un fils dans leur vieillesse alors qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfant, et qui, aujourd’hui, lui demande d’offrir ce fils en sacrifice. Histoire de voir si Abraham va obéir et si oui, hop, au dernier moment lui intimer l’ordre de ne pas passer à l’acte et lui offrir alors la promesse d’une descendance nombreuse. N’est-ce pas un peu barbare?

Avoir une telle lecture, excusez-moi de vous le dire, est un peu païen! N’est-ce pas avoir l’image que Dieu est un père fouettard? Qu’il est un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense ou punit en fonction de nos actions?

L’auteur de ce texte ne s’appelle pas Alfred Hitchock et il n’écrit pas un thriller! Non, il désire nous faire découvrir qui est ce Dieu qui s’engage aux côtés de son peuple. Ce texte a été écrit 800 ans avant Jésus alors qu’Abraham a vécu 1850 ans Jésus. Il n’est donc pas un récit historique, journalistique, de ce qui s’est passé. Ce texte est le récit d’une conversion. Mais avant d’aller plus loin, je vous invite à lire l’intégral du chapitre 22 du livre de la Genèse et pas uniquement l’extrait de ce dimanche.

Le peuple de Dieu sait depuis longtemps que Dieu refuse les sacrifices humains même si cela se pratique parmi les peuples voisins. Ce récit vient donc montrer une rupture radicale avec cette culture ambiante. C’est une conversion du regard de l’homme sur Dieu.

Il nous faut avoir un regard de foi! Que lisons-nous? Dieu vient rappeler à Abraham sa promesse. «Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac…» (Genèse 22,2). Dieu a donné à Abraham, Isaac et c’est sur ce fils unique que repose la promesse d’une descendance nombreuse. Tout l’espoir d’Abraham repose sur ce fils unique, nommé Isaac. Et tout le noeud de l’intrigue est là. Abraham a cette foi chevillée au corps: Dieu s’est engagé dans l’Alliance et il va accomplir sa promesse, d’une manière qui va échapper à Abraham mais d’une manière certaine. Par cette foi invincible, Abraham découvre que lorsque Dieu dit «sacrifie», il ne dit pas «tue». Non! Le sacrifice que Dieu nous demande est de vivre un amour pour lui qui soit prêt à affronter les obstacles, à s’engager physiquement et à tout faire pour que la promesse de Dieu se réalise. C’est bien cet amour qui a animé notre père Abraham, et c’est de cet amour qu’il nous apprendre à vivre.

Dans cet amour, Dieu lui-même s’est engagé. Il s’y est engagé en se faisant homme en Jésus. Et Jésus n’a pas refusé de donner sa vie par amour pour que la promesse de Dieu se réalise. Jésus a totalement donné sa vie à son Père pour nous permettre, en nous offrant le pardon des péchés, d’entrer en pleine communion avec Lui. Cette pleine communion est déjà là même si elle est encore à venir en se réalisant au soir de notre vie. Les témoins que Dieu nous donne, nos frères et soeurs les saints, qu’ils soient martyrs ou pas, nous montre que cela est vrai.

Laissons-nous simplement entrainer, comme Pierre, Jacques et Jean, par le Christ sur la montagne, à l’écart. C’est là que nous rencontrerons, dans l’intimité du coeur, le Père lui-même. Comme pour les Apôtres, cette rencontre provoque une immense joie: «Rabbi, il est heureux que nous soyons ici» (Marc 9,5). C’est dans ce coeur à coeur que nous découvrirons aussi la profondeur, le contenu de la promesse de Dieu. Comme pour le Christ au jour de la Transfiguration, cette rencontre ne peut se faire qu’avec Moïse et Elie, c’est-à-dire avec la loi et le prophète. C’est en fréquentant la Parole de Dieu, l’Ecriture Sainte, que nous entrerons plus avant dans l’intimité de Dieu, que nous comprendrons la promesse de Dieu et que nous découvrirons comment elle se réalise en notre vie. Cet accueil se fait dans le silence de la prière. Oui, dans le silence!

Bien souvent, nous sommes comme Pierre: nous ne savons que dire (Cf. Marc 9,6) et nous nous hasardons à tenir devant Dieu des propos incongrus, nous meublons ce temps, gêné par le silence. Or, le Père lui-même nous invite au silence: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le.» (Marc 9,6) Le défi de la prière est une écoute véritable. Nous avons deux oreilles… Pour écouter deux fois plus que nous parlons!

La prière est un «entretien familier avec Dieu. Elle est communication avec Dieu et union avec lui. De même que les yeux du corps sont éclairés quand ils voient la lumière, ainsi l’âme tendue vers Dieu est illuminée par son inexprimable lumière. (…) La prière est la lumière de l’âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes. (…) Elle est un élan vers Dieu, un amour indicible (…).» (St Jean Chrysostome, Homélie du Ve siècle).

Puissions-nous, durant ce temps du Carême, nous mettre véritablement à l’écoute de la Parole de Dieu, dans le silence de la prière et ainsi accueillir la force de l’amour pour Dieu qui en jaillit. Ainsi toute notre vie se trouvera éclairée d’une lumière nouvelle et notre foi se fortifiera. Amen.

Homélie pour le 2ème dimanche de Carême – Année B

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