« Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage » (Luc 12,13). Voilà un conflit d’intérêt qui touche beaucoup de nos familles. Les questions d’argent et d’héritage viennent souvent empoissonner les relations familiales. Vanité nous dit l’Ecclésiaste : « Un homme s’est donné de la peine ; il était avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. » (Ecclésiaste 2,21). Quand il s’agit d’obtenir le bien gagné par un autre, nous sommes très fort pour arriver à nos fins ! Mais « Vanité des vanités, tout est vanité ! » (Ecclésiaste 1,2)

La question posée dans l’évangile de ce jour et la parabole racontée par Jésus vient nous interroger sur notre rapport aux biens matériels. « La vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses » (Luc 12,15) Il ne faut pas tendre vers la possession des biens éphémères de cette terre mais « rechercher les réalités d’en haut » (Colossiens 3,1).

Posons-nous donc la question : quel sens donnons-nous à la vie par nos choix quotidiens ? Qu’est-ce qui est important ? essentiel ? Suis-je capable, dans ce monde où posséder devient une finalité, à renoncer à amasser des biens matériels ? Qu’est-ce qui compte le plus dans ma vie ? Qu’est-ce qui me fait vivre ?

Dans sa parabole, Jésus ne reproche pas à l’homme riche d’avoir des richesses. Non ! Il lui reproche de s’être laisser aveugler par celles-ci et donc de s’être coupé du monde dans lequel il vit. Cet homme ne vit que pour lui-même : « repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence » (Luc 12,19) se dit-il. Une vie construite sur le « boire » et le « manger », sur la satisfaction égoïste de ses besoins, n’est pas une vie de bonheur. Saint Paul nous le dit bien : « Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles. » (Colossiens 3,5)

Il nous est nécessaire de réentendre l’invitation de Paul : « Recherchez donc les réalités d’en-haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas celles de la terre. » (Colossiens 12,1-2) Nous devons accueillir pleinement la vie reçue à notre baptême, accueillir la vie de l’Esprit Saint qui est en nous. La grâce de Dieu, le don de Dieu, voilà les seuls biens qu’il nous faut posséder, qu’il nous faut chercher à acquérir. C’est avec une vie habitée par l’humilité, la bienveillance, le pardon mutuel, le don de soi, l’humble supplication de la prière que nous pourrons être riche en vue de Dieu.

Il ne s’agit pas non plus de diaboliser ou d’idolâtrer les biens éphémères de ce monde. Mais simplement, rappelons-nous que ces biens nous sont confiés, que nous n’en sommes que les dépositaires et qu’ils peuvent nous être repris à tout moment et confiés à un autre.

Que la prière du psalmiste soit la notre, en ce monde qui nous pousse à toujours plus de consommation et au désir de possession toujours plus grand. Oui, Seigneur, « apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». (Psaume 89,12) « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants ». (Psaume 89,14). Amen.

Homélie pour le 18ème dimanche ordinaire – année C

Ecclésiaste 1,2;2,21-23 – Psaume 89 – Colossiens 3,1-5.9-11 – Luc 12,13-21

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