« Monsieur l’abbé, pourrions-nous nous marier dans une église autre que celle de notre village. Celle-ci est entourée d’un cimetière actif. »

L’expression « cimetière actif » peut nous faire sourire car ce lieu a plutôt la réputation d’être calme! Les morts font en général peu de bruit et ils n’ont guère la réputation d’être de grands actifs, excepté en ce qui concerne le repos éternel! Je ne pense pas que ces morts viennent perturber outre mesure la célébration, ni l’animer de quelques danses macabres!

L’engagement pris, à travers le sacrement de mariage, est pour toute la vie… jusqu’à ce que la mort sépare le couple. C’est peut être cela qui nous fait hésiter à célébrer les événements joyeux de nos vies dans des églises entourées par un cimetière. Il faut séparer la vie et la mort. Pourtant, lors de la célébration, nous aurons certainement une prière pour celles et ceux de nos familles qui ne sont plus là parce que nous les avons déjà accompagnés dans le lieu de leur dernier repos: le cimetière. Nous souhaitons que nos défunts soient unis à la joie du mariage.

N’est-il pas étrange que l’église soit bâtie au milieu du cimetière ou plus exactement que le cimetière se soit développé autour de l’église? Par cette géographie, n’avons-nous pas un message à recevoir: la vie et la mort sont liées. La mort fait partie de la vie… (même si mourir est un manque de savoir vivre!) Cette proximité ne manifeste-t-elle pas que « l’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence ; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels » (Lumen Gentium 49) C’est ce que l’Église appelle la Communion des Saints.

Dans quelques jours, nous allons célébrer la fête de la Toussaint. Nous allons prier, nous réjouir pour et avec celles et ceux qui ont pleinement vécu leur baptême, qui se sont laisser habiter et conduire par l’Esprit-Saint et qui sont maintenant devant la face de Dieu à chanter ses louanges et à intercéder pour nous. Le lendemain, le 2 novembre, nous prierons pour les défunts, dans l’espérance qu’ils soient eux aussi dans la pleine lumière devant Dieu ou qu’ils puissent y entrer. Ces célébrations vont faire que nos cimetières vont être actifs: nous allons nettoyer les tombes, les fleurir, y prier… signe d’une espérance: tout n’est pas fini, nos défunts sont encore présent au cœur de notre amour: «en attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté, accompagné de tous les anges (cf. Mt 25, 31) et que, la mort détruite, tout lui ait été soumis (cf. 1 Co 15, 26-27), les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage ; d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore ; d’autres enfin sont dans la gloire, contemplant « dans la pleine lumière, tel qu’il est, le Dieu un en trois Personnes.» Tous cependant, à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ.» (Lumen Gentium 49)

Communier au même amour, se tenir comme un tout dans le Christ n’est-ce pas aussi la vocation du mariage, la vocation de l’homme et de la femme unis dans le sacrement de mariage?

Puissions-nous tout faire pour que de nos vies ne soient pas des cimetières actifs… où l’amour est mort!

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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