logo-de-l-annee-de-la-foi-2012Après avoir réfléchit ensemble, lors de notre dernière rencontre, sur le sens de l’expression « Je crois », nous allons entrer maintenant dans le vif du sujet: l’objet même de notre foi. Celui-ci est bien sur Dieu lui-même: « Je crois en Dieu » professons-nous tous ensemble. Le texte, que nous allons déployer dans la suite de nos rencontres, va nous faire mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes.

Dieu est un en trois personnes. Il est Trinité: Père, Fils et Saint Esprit. C’est ce mystère central de la foi chrétienne que nous allons essayer de mieux comprendre à travers les trois soirées qui viennent. Ce soir, nous allons nous arrêter sur le Père, Tout Puissant, Créateur.

1- Père.

L’invocation de Dieu comme «Père» est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme «père des cieux et des hommes». En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du monde. Ainsi, nous pouvons lire au livre du Deutéronome: «N’est-il pas votre père, votre créateur, celui qui a fait de vous son peuple?» (Dt 32,6) ou encore dans le livre de Malachie: «N’avons-nous pas tous le même père? N’est-ce pas le même Dieu qui nous a créés?» (Ml 2,10)

Mais avant d’aller plus loin dans l’évocation de Dieu comme père, il est peut être nécessaire de purifier dans notre coeur «les images paternelles ou maternelles, issues de notre histoire personnelle et culturelle, et qui influencent notre relation à Dieu.» (Catéchisme de l’Église Catholique, n°2779) Comme le dit Benoit XVI, dans sa catéchèse du 30 janvier dernier: «Il n’est pas toujours facile aujourd’hui de parler de paternité. En particulier dans le monde occidental, les familles désagrégées, les occupations professionnelles toujours plus prenantes, les préoccupations et souvent la difficulté d’équilibrer le budget familial, l’invasion dissipante des mass media au sein de la vie quotidienne sont parmi les nombreux facteurs qui peuvent empêcher une relation sereine et constructive entre pères et fils. La communication devient parfois difficile, la confiance vient à manquer et le rapport avec la figure paternelle peut devenir problématique; de même qu’il devient problématique également d’imaginer Dieu comme un père, n’ayant aucun modèle de référence adéquat. Pour ceux qui ont fait l’expérience d’un père trop autoritaire et inflexible, ou indifférent et peu affectueux, ou même absent, il n’est pas facile de penser avec sérénité à Dieu comme un Père et de s’abandonner à Lui avec confiance.» La paternité de Dieu se découvre dans l’Écriture Sainte et particulièrement à travers les Évangiles.

Quelle est donc cette figure du Père qui nous y est révélée? Plongeons-nous dans la Parole de Dieu!

Dieu est un Père dont l’amour est plus grand, plus fidèle et plus total que celui de n’importe quel homme:

«Y a-t-il quelqu’un parmi vous qui donne à son fils une pierre si celui-ci demande du pain? Ou qui lui donne un serpent s’il demande un poisson? Tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants. A combien plus forte raison, donc, votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent!» (Matthieu 7,9-11)

Dieu est pour nous un Père parce qu’il nous a bénis et choisis avant la création du monde:

«Louons Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ! Il nous a bénis dans notre union avec le Christ, en nous accordant toute bénédiction spirituelle dans le monde céleste. Avant la création du monde, Dieu nous avait déjà choisis pour être siens par le Christ, afin que nous soyons saints et sans défaut à ses yeux. Dans son amour, Dieu avait décidé par avance qu’il ferait de nous ses enfants par Jésus- Christ; dans sa bienveillance, voilà ce qu’il a voulu. Louons Dieu pour le don magnifique qu’il nous a généreusement fait en son Fils bien-aimé.» (Éphésiens 1,3-6)

Dieu a fait réellement de nous ses fils en Jésus:

«Voyez à quel point le Père nous a aimés! Son amour est tel que nous sommes appelés enfants de Dieu, et c’est ce que nous sommes réellement.» (1 Jean 3,1)

Jésus nous révèle également que Dieu est «le Père qui nourrit les oiseaux du ciel sans qu’ils aient à semer et à moissonner, et revêt de couleurs merveilleuses les fleurs des champs, avec des vêtements plus beaux que ceux du roi Salomon (cf. Mt 6, 26-32; Lc 12, 24-28); et nous — ajoute Jésus — nous valons bien plus que les fleurs et les oiseaux du ciel! Et si Il est si bon au point de faire «lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes» (Mt 5, 45), nous pourrons toujours, sans peur et dans un abandon total, nous confier à son pardon de Père quand nous nous trompons de chemin. Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu et repenti (cf. Lc 15, 11sq), il donne gratuitement à ceux qui demandent (cf. Mt 18, 19; Mc 11, 24; Jn 16, 23) et offre le pain du ciel et l’eau vive qui fait vivre pour l’éternité (cf. Jn 6, 32.51.58).» (Benoit XVI, Catéchèse du 30 janvier 2013)

Avant d’aller plus loin, je voudrais m’arrêter sur trois citations bibliques qui vont nous permettre d’éclairer plus encore cette paternité divine. Il s’agit d’Isaïe 66,13, du psaume 27,10 et du Psaume 131,2. Que nous disent-ils?

Le livre du prophète Isaïe se termine par une intervention de Dieu, et au coeur de cette intervention nous lisons: «Comme une mère qui console son enfant, moi aussi, je vous consolerai.» (Is 66,13). Avec l’auteur du livre des Psaumes, nous pouvons aussi adresser cette prière à Dieu: «Si mon père et ma mère m’abandonnaient, toi, Seigneur, tu me recueillerais.» (Psaume 27,10) ou «Seigneur, je suis sans prétention, mon regard ne manifeste pas d’ambition. Je ne vise pas la grandeur, ni ce qui est trop haut pour moi. Au contraire, je reste calme et tranquille, comme un jeune enfant près de sa mère.» (Psaume 131, 1-2)

Ces trois citations nous indiquent que «la tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines, tout en en étant l’origine et la mesure: Personne n’est père comme l’est Dieu.» (Catéchisme de l’Église Catholique, n°239)

Ce Père nous le connaissons à travers la personne de Jésus. C’est en connaissant Jésus que nous pouvons aussi connaître le Père: «Si vous me connaissiez, vous connaîtrez aussi mon Père.» (Jean 14,7). C’est en voyant le Christ que nous pouvons voir le Père: «Celui qui m’a vu, a vu le Père.» (Jean 14,9) Le Christ est «image du Dieu invisible» comme le définit saint Paul dans l’épitre aux Colossiens (Col 1,15)

Avec Benoit XVI, nous pouvons dire: «La foi en Dieu le Père demande de croire dans le Fils, sous l’action de l’Esprit, en reconnaissant dans la Croix qui sauve la révélation définitive de l’amour de Dieu. Dieu est pour nous un Père en nous donnant son Fils; Dieu est pour nous un Père en pardonnant notre péché et en nous conduisant à la joie de la vie ressuscitée; Dieu est pour nous un Père en nous donnant l’Esprit qui nous rend fils et nous permet de l’appeler, en vérité, «Abba, Père» (cf. Rm 8, 15). C’est pourquoi Jésus en nous apprenant à prier nous invite à dire «Notre Père» (Mt 6, 9-13; cf. Lc 11, 2-4).

La paternité de Dieu, alors, est amour infini, tendresse qui se penche sur nous, faibles enfants, ayant besoin de tout. Le Psaume 103, le grand chant de la miséricorde divine, proclame: «Comme est forte la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint! Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière» (vv. 13-14). C’est précisément notre petitesse, notre faible nature humaine, notre fragilité qui devient un appel à la miséricorde du Seigneur pour qu’il manifeste sa grandeur et tendresse de Père en nous aidant, en nous pardonnant et en nous sauvant.» (Audience du 30 janvier 2013)

2- Tout-puissant

Comment pouvons-nous affirmer la toute puissance de Dieu quand nous sommes confrontés à la souffrance et au mal? Face au mal et à la souffrance, pour beaucoup, il est problématique de croire en Dieu le Père tout-puissant. Alors que signifie cet attribut divin: Tout-puissant?

Comme nous l’avons vu plus haut en citant le n°239 du Catéchisme de l’Église Catholique: Dieu «n’est ni homme, ni femme, il est Dieu.». Il nous faut sortir de nos schémas de pensée trop humain, comme nous y invite le livre d’Isaïe: «En effet, dit le Seigneur, ce que je pense n’a rien de commun avec ce que vous pensez, et vos façons d’agir n’ont rien de commun avec les miennes.» (Is 55,8)

Ainsi, la toute-puissance de Dieu n’est pas une force automatique ou arbitraire. Sa toute-puissance s’éclaire à la lumière de sa paternité.  Dieu «montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin de nos besoins. (Cf. Mt 6,32); par l’adoption filiale qu’Il nous donne («Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant» (2 Co 6,18); enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’Il montre sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.» (Catéchisme de l’Église Catholique, n°270)

La puissance de Dieu ne s’exprime ni dans la violence, ni dans la destruction du pouvoir adverse. La toute-puissance de Dieu «s’exprime dans l’amour, dans la miséricorde, dans le pardon, dans l’acceptation de notre liberté et dans l’appel inlassable à la conversion du cœur, dans une attitude qui n’est faible qu’en apparence — Dieu semble faible, si nous pensons à Jésus Christ qui prie, qui se fait tuer. Une attitude faible en apparence, faite de patience, de douceur et d’amour, démontre que telle est la vraie façon d’être puissant! Telle est la puissance de Dieu! Et cette puissance vaincra!» (Benoit XVI, audience du 30 janvier 2013)

«La toute puissance de l’amour n’est pas celle du pouvoir du monde, mais elle est celle du don total, et Jésus, le Fils de Dieu, révèle au monde la véritable toute-puissance du Père en donnant sa vie pour nous pécheurs. Voilà la véritable, authentique et parfaite puissance divine: répondre au mal non par le mal mais par le bien, aux insultes par le pardon, à la haine meurtrière par l’amour qui fait vivre.» (Audience du 30 janvier 2013)

Ainsi, «quand nous disons «Je crois en Dieu, le Père tout-puissant», nous exprimons notre foi dans la puissance de l’amour de Dieu qui, dans son Fils mort et ressuscité, vainc la haine, le mal, le péché et nous ouvre à la vie éternelle, celle des fils qui désirent être pour toujours dans la «Maison du Père». (Ibid.)

3- Créateur du ciel et de la terre

Nous avons vu, depuis le début de notre soirée, que dans la création, Dieu se manifeste comme Père puisqu’il est à l’origine de la vie, et qu’en créant il manifeste sa toute puissance. Si le Père est celui qui engendre et qui donne la vie, pourquoi préciser qu’il est le créateur du ciel et de la terre?

Sur cette question, nous allons être très synthétique car la réponse pourrait nous emmener jusqu’au bout de la nuit…

Affirmer que Dieu est le créateur du ciel et de la terre, c’est reconnaitre que la création n’est pas le fruit du hasard. «Dieu seul, qui transcende l’espace et le temps, a créé le monde à partir du néant et a appelé toutes choses à l’existence. Tout ce qui existe dépend de Dieu et n’a donc de consistance que parce que Dieu lui donne d’être.» (Youcat, n°44) C’est bien ce que nous lisons au premier verset de la Bible: «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Genèse 1,1) Dieu est l’origine de toutes les choses et dans la beauté de la création se déploie sa toute-puissance de Père qui aime.

«La création est la manifestation de l’amour tout-puissant et sage de Dieu; elle est le premier pas vers l’Alliance du Dieu unique avec son peuple; elle est le commencement de l’histoire du salut, qui culmine avec le Christ; elle est la première réponse aux interrogations fondamentales de l’homme sur son origine et sur sa fin.» (Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, n°51)

Toute l’histoire biblique nous montre que le Peuple élu voit en Dieu l’origine de toutes choses et le créateur de tous les éléments du monde. Dieu est le créateur de l’univers en évolution. Il en est la source et le terme. Il crée cet univers en permanence et le maintient dans son déploiement.

Confesser que Dieu est créateur, c’est confesser un Dieu qui agit tout au long de l’histoire de l’humanité. C’est aussi ce que nous célébrerons au terme de ce carême par la belle et grande Veillée Pascale ! Cela nous invite aussi à déployer tout le Mystère du Christ. C’est ce que nous ferons lors de notre prochaine rencontre le jeudi 14 mars.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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