Il va et il vient ! Jésus est là au milieu de la foule. Il est là au milieu de cette foule qui cherche un sens à sa vie, préoccupée par les questions de son temps et la venue du Messie. Il est là au milieu de cette foule qui attend celui qui va le libérer de l’envahisseur romain. Jésus est là, présent au milieu du monde. Il est là attentif à ce qui fait les préoccupations de nos contemporains, à ce qui fait nos préoccupations. Il est là attentif à nos centre d’intérêts. Cette foule est peuplée d’anonyme mais aussi de ceux qui détiennent le pouvoir, le savoir et qui viennent trouver Jean le Baptiste pour lui demander : « Qui es-tu ? » (Jean 1,19)

Dans cette foule, un prophète : Jean le Baptiste… « la voix qui crie dans le désert » (Jean 1,23) et qui annonce que vient un plus grand que lui avec parfois des paroles un peu difficiles à comprendre : « Après moi vient un homme qui est passé devant moi, parce qu’avant moi il était. » (Jean 1,30). Un homme qui n’a rien de séduisant pour attirer à lui les foules, rien des derniers trucs à la mode : il « était vêtu de poils de chameau et d’une ceinture de cuir autour des reins ; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage ». (Marc 1,6). « Beurk » comme à dit en pleine messe un enfant, il y a pas longtemps !

Et bien, que fait Jean le Baptiste ? Il pose son regard sur Jésus. Cette remarque n’est pas anodine. Jean le Baptiste prend le temps de regarder Jésus. Il fixe sur Lui son attention et une fois encore, Jean le Baptiste donne son témoignage: «Voici l’Agneau de Dieu» (Jean 1,36) (lire les textes de ce jour)

Au milieu de cette foule d’anonymes, entouré de ses disciples, Jean Baptiste pose son regard sur Jésus est dit: «Voici l’Agneau de Dieu». A première vue, cette expression peut nous paraître énigmatique. Que veut-il dire Jean en disant « Voici l’Agneau de Dieu » ? Cette expression ne rappelle-t-elle pas aux juifs, cet agneau que l’on tue et que l’on mange au soir de la Pâque. Cet agneau qui nous rappelle que cette nuit là, Dieu est passé parmi le peuple pour le libérer. Le sang de cet agneau est le signe de la libération du peuple de l’esclavage, de la sortie d’Egypte. Et c’est à Jésus que Jean le Baptiste applique ce titre d’Agneau de Dieu. Il désigne Jésus comme la présence de Dieu, comme la Pâque, le passage de Dieu au milieu de nous et qui libère son peuple.

Cette appellation désigne aussi Jésus comme le Serviteur de Dieu dont nous parle le prophète Isaïe (52-53). Ce serviteur est comparé à un agneau innocent qui porte les péchés de la multitude. Agneau souffrant et agneau victorieux. Et nous pourrions encore trouver d’autres références dans l’Ancien Testament.

A l’attitude de Jean le Baptiste et au témoignage qu’il donne, un témoignage court et percutant, ses disciples se mettent en route derrière Jésus. Et là, Jésus semble comme les sortir de la foule pour les mener plus loin. Jésus part des préoccupations du peuple pour aller plus loin, pour aller ailleurs, simplement en posant une question aux deux disciples : «Que cherchez-vous?» (Jean 1,38).

Je trouve la réponse surprenante : « Où demeures-tu ? » (Jean 1,38). Personnellement, j’aurai plutôt posé un question comme celle des scribes et des pharisiens à Jean le Baptiste : « Qui es-tu ? »… Jésus va répondre simplement à leur question : « Venez et vous verrez » (Jean 1,39). Et zou, Jésus leur fait faire un déplacement supplémentaire !

Où demeure Jésus ? A première vue, difficile à savoir… l’évangéliste ne nous donne ni adresse, ni coordonnées GPS ! Sur le lieu de cette demeure, nous en avons quelques indications dans le prologue de l’évangile selon saint Jean : «Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu.» (Jean 1,1) Et Jésus nous dira au soir de sa Passion: «Je suis dans le Père et le Père est en moi» (Jean 14,10), «Je demeure en son amour» (Jean 15,10). Jésus demeure en son Père. Jésus demeure dans l’intimité avec Celui qui l’a envoyé, Celui qui l’a engendré depuis toute éternité. Et Jésus n’aura de cesse tout au long de sa vie, de partir à l’écart pour prier afin de retrouver cette intimité avec son Père.

Mais l’évangile, nous donne également une autre indication sur la demeure de Jésus. Revenons au prologue de ce même évangile : «Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous» (Jean 1,14). Et toujours au soir de sa Passion, Jésus nous lance cette invitation: «demeurez en moi, comme moi en vous.» (Jean 15,4) avec cette promesse: «Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit; car hors de moi vous ne pouvez rien faire.» (Jean 15,5).

Et cette demeure, Jésus l’a montré aux disciples qui l’ont suivi. Et ils ont passé la journée entière avec lui. Ce n’est qu’au soir de cette journée, qu’ils sont partis annoncer à d’autres : « Nous avons trouvé le Messie » (Jean 1,41) et qu’André amena son frère Simon à Jésus. Simon, sur lequel Jésus posa son regard. Jésus prend le temps de regarder celui qui vient à Lui. Il fixe sur lui son attention. Il nomme, c’est-à-dire qu’il fait exister celui qui vient à Lui.

Quelles leçons pouvons-nous en tirer pour aujourd’hui ? Une grande et belle leçon de disciple ! Tout d’abord, le disciple, celui qui se met en route derrière Jésus, est celui qui a reçu un témoignage. De qui ai-je reçu ce témoignage ? Qui a posé devant moi son regard sur le Christ et me l’a désigné comme l’Agneau de Dieu ? Moi, qui suis en responsabilité aujourd’hui… ai-je conscience que c’est l’Église elle-même qui pose aujourd’hui ce regard sur le Christ et qui me dit, par son enseignement, la parole du Magistère : Voici l’Agneau de Dieu ?

Deuxième leçon : le disciple véritable est celui qui passe plus de temps à demeurer avec le Christ que celui qui part de suite annoncer : « Jésus existe, je l’ai rencontré. » Ici, nos deux disciples ont passé la journée entière à demeurer avec le Christ, sans rien faire d’utile, sans s’activer. Et moi ? Est-ce que je me laisse accaparer de suite pour ce qu’il y a à faire pour la mission… où est-ce que je prends véritablement le temps d’entrer dans l’intimité du Christ et que j’y consacre l’essentiel de mon temps… afin de pouvoir être un disciple à l’image véritable du Christ ? Pour être un témoin authentique, il me faut avant tout et pour l’essentiel de ma vie, demeurer avec le Christ, dans l’intimité du Père. Alors, après seulement, je pourrais aller proclamer : « Nous avons trouvé le Christ ». Le véritable disciple, celui qui a un témoignage fécond est d’abord un authentique contemplatif qui a souci de demeurer avec le Christ auprès du Père. C’est là qu’il recevra la force de l’Esprit pour porter témoignage au monde.

Alors, au cœur de nos missions, n’ayons pas peur de perdre du temps à ne rien faire d’autre que de prier et vivre un cœur à cœur authentique avec le Christ… il en va simplement de la fécondité de cette mission. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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