Dans quelques instants, nous allons vivre ce geste merveilleux que chacun d’entre vous attend avec impatience à chaque célébration: la quête! Et « le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu » nous disait Moïse dans la première lecture (Dt 26, 4). Non, je ne vais pas vous faire une homélie sur la célèbre réplique « Payez, payez, payez pour nous! » de Raymond DEVOS dans son sketch « Le posséder du percepteur »! Mais à la lumière du livre du Deutéronome, permettez-moi de méditer, au début de ce Carême, sur le geste de l’offrande.

Moïse nous invite à offrir à Dieu, par les mains du prêtre, les prémices des récoltes, le fruit de notre travail. Et voilà qu’il accompagne ce geste d’une prière qui semble en complet décalage avec le geste d’offrande: il invite à faire mémoire de l’œuvre de Dieu en faveur de son peuple. Nous pourrions même résumer ce discours comme ceci: tout ce que nous avons, tous ce que nous sommes, c’est le don de Dieu.

Le geste d’offrande, tel que nous le présente Moïse, est un geste de reconnaissance. Nous n’apportons pas à Dieu quelque chose qui nous appartient. Nous reconnaissons que tout vient de lui. Offrir à Dieu, ce n’est pas arriver les mains pleines de nos richesses mais c’est reconnaître que sans Lui, nos mains seraient vides! Ainsi dans le geste d’offrande, nous faisons mémoire du don de Dieu. Il ne s’agit donc pas de demander à Dieu ses bienfaits pour demain mais de reconnaître ses bienfaits pour son peuple depuis l’appel d’Abraham. Moïse fait une véritable profession de foi en faisant mémoire, anamnèse, de l’histoire du peuple élu.

« Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le pain de la vie » « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes, nous te le présentons: il deviendra le vin du Royaume éternel » Dans quelques instants, par la bouche du prêtre nous allons nous aussi faire monter vers Dieu notre offrande. Nous aussi au cours de l’Eucharistie nous reconnaissons que les biens que nous avons, sont un don de Dieu. Nous n’en sommes pas les propriétaires mais les intendants.

Pendant toute l’Eucharistie nous ne cessons d’offrir au Père le don qu’il nous fait: son Fils Jésus Christ. Notre participation à cette Eucharistie, à cet action de grâce, est donc de nous unir au sacrifice du Christ, d’offrir à Dieu ce qu’il nous a donné: notre vie!

Sans Dieu, nous sommes pauvres, nous sommes nus. Toute l’action de notre vie est donc de nous tenir « sous l’abri du Très-haut », de reposer « à l’ombre du Puissant », de dire « au Seigneur ‘Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr’. » comme le chante le psalmiste de ce jour.

C’est tout l’attitude du Christ dans l’évangile de ce dimanche. Il reste sous l’abri du Très-Haut. La tentation est de quitter cet abri pour chercher refuge ailleurs, dans des sécurités que nous semblons contrôler, maitriser. C’est toute la tentation du peuple d’Israël, c’est toute la tentation du Peuple de Dieu: « Voyons, tu es fils de Dieu, tu peux tout… Tu es grand… Tu peux faire ton bonheur tout seul… regarde cette pierre, tu peux en faire de quoi rassasier ta faim (de pain, de biens matériels…) » Première tentation. « O que tu es grand, ô que tu es beau, ô que tu es fort!… alors pour réaliser tes projets, fait moi confiance, adore-moi… » Deuxième tentation. « Tu sais, tu es enfant de Dieu, il fera tout pour te sauver, un père ne peut abandonner son enfant, alors vas-y, jette-toi en bas… » Troisième tentation.

Jésus nous donne toute la clef pour résister à ces tentations, pour résister au diviseur, à Satan. Jamais il ne répond à ses questions, Jésus se base toujours sur la Parole de Dieu. Les réponses du Christ ne sont que citations de l’Écriture. Voilà donc notre nourriture. Ce n’est pas seulement de pain que nous devons vivre mais aussi de toute parole venant de la bouche de Dieu. C’est à l’abri de cette parole que nous nous recevrons plus encore comme enfant de Dieu. C’est en me nourrissant de la Parole de Dieu, Parole de Dieu partagée avec d’autres, Parole de Dieu méditée dans la prière personnelle, que je trouverais le chemin du bonheur. Voilà le don de Dieu que je dois lui offrir. Cette Parole est source de vie, source de paix, source de bonheur. Comme nous l’a dit saint Paul dans l’épître aux Romains: n’ayons pas peur, « «La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur.» Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son cœur devient juste; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. » (Rm 10, 8-10). Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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