Dans quelques semaines nous entrerons dans l’année de la Miséricorde. Celle-ci sera une année riche en grâce… si nous prenons le temps de comprendre ce qu’est la miséricorde et que celle-ci ne se réduit pas au sacrement de la réconciliation. Ce dernier en est un signe mais il n’est pas le tout de la miséricorde. Les textes de ce dimanche peuvent nous aider à comprendre ce qu’est la miséricorde.

Les mots du prophète Isaïe, qui peuvent nous surprendre, nous annoncent clairement cette miséricorde de Dieu : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui même et va vous sauver. » (Isaïe 35,4) Quelle est cette vengeance de Dieu ?

Que l’on se rassure, Dieu ne se venge pas pour punir une offense en nous rendant le mal pour le mal. Si cela était le cas, nous aurions de quoi trembler ! La vengeance de Dieu ne se porte pas contre nous. Elle est contre le mal qui nous atteint. La vengeance divine est ne nous rendre notre dignité en nous sauvant du mal. Dieu nous restaure totalement dans notre dignité humaine : les yeux des aveugles et les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira et la bouche du muet criera de joie. Voilà l’œuvre merveilleuse que le Seigneur fait pour nous. Celle-ci manifeste la miséricorde de Dieu, son amour fou vis-à-vis de sa création défigurée par l’œuvre du Malin.

Comment cela s’opère-t-il ? Pour le découvrir, il suffit de contempler Jésus lui-même. Il est celui par qui s’opère ce Salut de Dieu ; celui par qui s’opère la miséricorde. Il n’y a pas d’autre chemin possible que celui de Jésus. Regardons comment Jésus opère dans l’évangile proclamé ce jour (Marc 7,31-37).

Un sourd-muet, c’est-à-dire un homme exclu de toute relation sociale puisqu’il ne peut parler ni entendre, est conduit à Jésus. Cet homme est un peu chacun de nous rendu sourd et muet par le péché… mais aussi une image de notre monde d’aujourd’hui incapable d’entendre la voix de Dieu et d’y répondre.

Jésus accueille cet homme et établi avec lui une relation privilégiée. Il l’entraine à l’écart, loin de la foule avide d’évènements spectaculaires, de sensationnels. La relation que Jésus établit avec nous est toujours une rencontre personnelle. C’est dans cette rencontre que Jésus va opérer son œuvre de Salut. Cette œuvre de Salut est manifestée par cette parole de Jésus : « Effata ! » « Ouvre-toi ! » (Marc 7,34) A ces mots, l’homme se mit à entendre et à parler. Il est rétabli dans sa dignité humaine et la relation aux autres. Voici comment le pape Benoit XVI commente cette action du Christ :

« Nous savons tous que la fermeture de l’homme, son isolement, ne dépend pas seulement des organes des sens. Il y a une fermeture intérieure qui concerne le noyau profond de la personne, celui que la Bible appelle le « cœur ». C’est lui que Jésus est venu « ouvrir », libérer, pour nous rendre capable de vivre pleinement la relation avec Dieu et avec les autres. C’est pour cela que je disais que ce petit mot « effatà – ouvre-toi », résume toute la mission du Christ. Il s’est fait homme afin que l’homme, rendu intérieurement sourd et muet par le péché, devienne capable d’écouter la voix de Dieu, la voix de l’Amour qui parle à son cœur, et qu’ainsi il apprenne à parler à son tour le langage de l’amour, à communiquer avec Dieu, et avec les autres. » (Benoit XVI, Angelus du 9 septembre 2012)

C’est ainsi que ces textes nous donnent une lumière sur la Miséricorde de Dieu, sur cet amour fou qu’il nous manifeste pour nous libérer du mal et nous permettre de vivre en communion avec lui. Cette miséricorde, il nous faut en témoigner tous ensemble, la proclamer dans nos lieux de vie mais aussi et surtout la vivre de façon concrète entre nous.

Envoyés ensemble en mission pour être témoin de la miséricorde de Dieu, nous n’aurons pas peur de nous laisser entrainer à l’écart par le Christ pour nous laisser toucher par Lui afin qu’il guérisse en nous ce qui est blessé, défiguré. Ceci, non pas pour notre confort personnel, mais pour ensemble être témoin de la miséricorde de Dieu tout autour de nous. Ainsi nous apprendrons à aimer comme Dieu aime et à accueillir l’autre comme Dieu lui-même sait le faire. Avec confiance, entrons sur ce chemin de la miséricorde, sur ce chemin de l’Amour. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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