Un pont! Voilà ce qui permet de passer d’une rive à l’autre, d’enjamber le vide… Le pont permet une traversée sans risque… et c’est comme cela que l’auteur de la lettre aux Hébreux nous présente Jésus. Il est le pont qui permet le passage du sacré vers le profane et du profane vers le sacré.
En effet, le grand prêtre, dans le Premier Testament, à le rôle de faire le pont entre Dieu inaccessible et le peuple. Dieu est Saint, c’est-à-dire séparé, inaccessible. Les hommes appartiennent au monde profane, c’est-à-dire impur. Il était donc nécessaire d’avoir quelqu’un qui transmette à Dieu nos prières, nos actions de grâce. Il fallait un médiateur, un intermédiaire, quelqu’un qui puisse faire le pont entre le monde profane et Dieu. Cet homme était mis à part de la communauté, c’est-à-dire consacré, pour ce service.
Dans le Nouveau Testament, tout va changer. Le grand prêtre est Jésus lui-même. C’est tout le sens du mystère de l’incarnation: Dieu s’est fait homme. En Jésus, homme et Dieu ne font qu’un: « il s’est vraiment fait homme, notre frère, sans pour autant cesser d’être Dieu, notre Seigneur. » (Compendium du Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°87) Jésus est ainsi celui qui fait véritablement et efficacement le pont. En Lui, Dieu est venu vers l’humanité, Dieu a traversé l’abîme qui nous sépare de lui pour épouser véritablement notre condition humaine. Ainsi, le grand prêtre que nous avons n’est pas « incapable de le compatir à nos faiblesses » mais il est un grand prêtre « éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » (Cf. Hébreux 4,15)
Cette épreuve du Christ nous la retrouvons dans l’Evangile: avec les tentations au désert; celle du pouvoir, du succès et du prestige; celle de se faire servir au lieu de se faire serviteur (n’est-ce pas celle de l’évangile de ce dimanche?); la tentation d’éviter la persécution et la mort qui l’attendaient à Jérusalem; la tentation de Gethsémani… et celle de croire, sur la croix, qu’il est abandonné de son Père. Toutes ces tentations que Jésus a subit sont les nôtres mais il n’y a jamais succombé. Il est resté uni à la volonté de son Père. En Jésus, nous avons « celui qui a traversé les cieux » (Hébreux 4,14), le Fils de Dieu, Dieu lui-même qui vient à nous.
Jésus est aussi le grand prêtre par excellence. Il est celui qui relie le sacré et le profane. Il offre pour nous le sacrifice d’Action de Grâce. Il intercède pour nous auprès du Père par le don de sa vie. Il « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Marc 10,45) C’est ce que nous célébrons à chaque Eucharistie, à chaque messe.
C’est ainsi que Jésus est le pont qui nous relie à Dieu. Par Lui, avec Lui et en Lui, nous pouvons avancer en confiance dans notre vie. Comme le dit la lettre aux hébreux: «Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. » (Hébreux 4,16)
N’ayons pas peur: marchons avec Jésus. Quelle que soit notre vie, quel que soit notre passé, notre histoire, quelles que soient nos certitudes et nos doutes, avançons avec confiance vers le Christ. Il est celui qui nous introduit dans la miséricorde de Dieu c’est-à-dire dans l’amour infini du Père.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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