Si les cendres, qui vont être répandues sur notre front dans quelques instants, manifestent la tristesse qui envahit notre cœur par notre péché, elles sont aussi le signe de l’espérance. Elles marquent notre désir de conversion, d’un changement profond de notre cœur, de notre vie. C’est ainsi que les paroles du prophète Joël sont un formidable cri d’espérance : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Joël 2,12)

C’est un véritable cri d’amour que Dieu exprime à travers la bouche du prophète. Si Dieu me semble loin, ce n’est pas parce qu’il s’est éloigné de moi mais parce que mon péché m’a éloigné de Lui ! « Revenir au Seigneur « de tout son cœur » signifie entreprendre le chemin d’une conversion non pas superficielle et transitoire, mais un itinéraire spirituel qui touche le lieu le plus intime de notre personne. En effet, le cœur est le siège de nos sentiments, le centre dans lequel mûrissent nos choix, nos comportements. » (François, Homélie du mercredi des cendre, 18/02/2015)

Cet appel est à la fois personnel mais aussi communautaire : « réunissez tout le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! » (Joël 2,16-17) et les prêtres eux-mêmes sont appelés à entrer dans ce mouvement de conversion !

Le chemin du Carême est un chemin personnel mais aussi communautaire. C’est ensemble que nous devons nous convertir. Ma conversion personnelle a un retentissement sur la communauté et la conversion de la communauté a un effet sur ma conversion personnelle. La grâce que Dieu m’accorde n’est jamais une grâce pour moi seul, elle est toujours un bien pour l’ensemble de la communauté. La visitation de Dieu à une communauté rejaillit toujours sur chacun en particulier. Ainsi, c’est ensemble que nous avons à revenir au Seigneur et nous pouvons le faire sans crainte car « il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. » (Joël 2,13)

Au début de ce carême, entendons l’Eglise, notre mère, reprendre les paroles de saint Paul aux Corinthiens : « Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous vous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (2 Corinthiens 5,20)

Comment pouvons-nous nous laisser réconcilier avec Dieu ? Jésus lui-même nous l’enseigne dans l’évangile proclamé ce jour : l’aumône, la prière et le jeûne. Ces trois axes, Jésus nous invite à les vivre comme une attitude intérieure qui doit transfigurer notre vie extérieure. Ils ne sont pas un poids qui vient peser sur nos épaules. Ils sont un chemin qui nous ouvre à la joie car ils sont le dynamisme même de la réconciliation voulue par Dieu.

Le Carême, et plus particulièrement celui-ci, en cette Année Sainte de la Miséricorde, est le moment favorable pour changer de vie, pour se laisser toucher au cœur. Comment pouvons-nous laisser Dieu nous toucher au cœur ? En prenant le temps de m’arrêter auprès de Lui, en prenant le temps de lire, écouter, partager la Parole de Dieu, en prenant le temps de participer à l’un ou l’autre temps de la vie liturgique de la paroisse, en prenant le temps de prêter attention à l’autre… Mon seul effort est de prendre le temps… pour laisser Dieu agir dans ma vie ! « Le Seigneur ne se lasse jamais d’avoir de la miséricorde pour nous, et veut nous offrir encore une fois son pardon — nous en avons tous besoin —, en nous invitant à revenir à Lui avec un cœur nouveau, purifié du mal, purifié par les larmes, pour prendre part à sa joie. » (François, Homélie du mercredi des cendre, 18/02/2015)

« Dieu ne se lasse pas de tendre la main. Il est toujours prêt à écouter… » (François, Bulle d’Indiction de l’Année Sainte de la Miséricorde) alors, avec le psalmiste laissons monter vers Lui notre prière : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » (Psaume 50,3-4) « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu » (Psaume 50,12), « rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. » (Psaume 50,14) Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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