Homélie pour la Veillée Pascale

Il nous a aimé jusqu'au bout... Alléluia !

« Il nous a aimé jusqu’au bout… »

Cet amour du Seigneur ne nous a pas enfermé dans la mort. Il nous ouvre à la vie. Cette longue histoire que nous venons de relire est notre histoire. C’est notre album de famille que nous avons feuilleté. Il nous raconte comment Dieu nous a fait passer de la mort à la vie, du néant à l’existence. Cette histoire nous parle d’amour…

Cette histoire commence par un grand cri de joie : « Qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Qu’éclate de partout la joie du monde ! Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu ! »(Exultet) D’où vient une telle joie ? La mort est vaincue ! Le Christ est ressuscité ! Il est vivant ! L’amour a vaincu la mort et le péché ! L’amour vécu jusqu’au bout peut rencontrer la mort mais celle-ci ne peut l’éteindre. De la mort, l’amour fait jaillir la vie !

Elles ne le savent pas, ces femmes, quand « de grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil ». (Marc 16,2) Leur seul souci est de rendre un dernier acte d’amour à celui qui leur en a tant manifesté. Elles désirent embaumer le corps de Jésus, chose qu’elles n’ont pu faire à la mise au tombeau. Elles ont le cœur triste, alourdi par la mort… Elles n’ont pas encore fait l’expérience de l’amour du Christ qui se donne jusqu’au bout. Pour vivre cette expérience, elles vont devoir en faire une autre ! Elles doivent entrer dans le tombeau vide !

Cette expérience nous devons la faire nous aussi. Nous devons, avec les femmes de l’Évangile, entrer dans le tombeau vide. Avec ces femmes, avec Pierre et Jean, nous devons entrer dans le tombeau vide. Nous devons faire cette expérience de tout disciple du Christ. Et c’est pour cela que nous sommes rassemblés en cette nuit sainte.

Entrer dans le tombeau vide, c’est entrer dans le Mystère que Dieu vient d’accomplir par la force de son amour, amour donné jusqu’au bout. Nous ne pouvons pas vivre Pâques sans entrer dans le mystère.

Entrer dans le mystère, ce n’est pas une énigme à résoudre. Ce n’est pas un fait intellectuel que je dois comprendre dans son intégralité. Ce n’est pas uniquement une connaissance, un savoir à acquérir. Entrer dans le mystère, c’est d’être capable d’avoir une capacité d’étonnement, de contemplation. Entrer dans le mystère, c’est se rendre capable d’écouter le silence, d’entendre le murmure d’un fin silence dans lequel Dieu nous parle. (Cf. 1 Rois 19,12)

« Entrer dans le mystère nous demande de ne pas avoir peur de la réalité : de ne pas se fermer sur soi-même, de ne pas fuir devant ce que nous ne comprenons pas, de ne pas fermer les yeux devant les problèmes, de ne pas les nier, de ne pas éliminer les points d’interrogation…

Entrer dans le mystère signifie aller au-delà de ses propres sécurités confortables, au-delà de la paresse et de l’indifférence qui nous freinent, et se mettre à la recherche de la vérité, de la beauté et de l’amour, chercher un sens imprévisible, une réponse pas banale aux questions qui mettent en crise notre foi, notre fidélité et notre raison.

Pour entrer dans le mystère, il faut de l’humilité, l’humilité de s’abaisser, de descendre du piédestal de notre moi si orgueilleux, de notre présomption ; l’humilité de se redimensionner, en reconnaissant ce que nous sommes effectivement : des créatures, avec des qualités et des défauts, des pécheurs qui ont besoin de pardon. Pour entrer dans le mystère, il faut cet abaissement qui est impuissance, dépossession de ses propres idolâtries… adoration. Sans adorer, on ne peut entrer dans le mystère. »(Pape François, Homélie pour la Veillée Pascale 2015)

Pour entrer dans le mystère, suivons ces femmes, disciples de Jésus. Toute la nuit, elles ont veillé, elles ont prié. Soutenues par la Vierge Marie, elles ont gardé la foi et l’espérance. Ainsi, aux premières heures du jour, elles ne sont pas restées prisonnières de la peur et de la douleur. Elles sont sorties, emportant avec elle le parfum, le cœur empli d’amour… et elles ont trouvé le tombeau ouvert. Elles ont pu accueillir cette incroyable nouvelle : Christ est ressuscité ! Elles ont pu l’annoncer aux disciples et à Pierre… elles ont pu nous l’annoncer ! Cette annonce est l’objet de notre joie ce soir ! Christ est ressuscité ! Alléluia !

Il nous a aimé jusqu’au bout… Avec la Vierge Marie, avec les saintes femmes, avec les disciples, veillons pour entrer dans ce mystère, pour entrer dans les profondeurs de cet amour. Avec eux, nous pourrons alors proclamer par toute la terre : Christ est ressuscité ! En vérité, il est ressuscité ! Alléluia !

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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