Homélie pour le quatrième dimanche de carême de l'année B

"Ils regarderont vers celui qu'ils ont transpercé" (Zacharie 12,11)

La Parole de Dieu

2 Chroniques 36,14-16.19-23
Psaume 137(136)
Éphésiens 2,4-10
Jean 3,14-2

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Étrange serpent sauveur ! En effet, quel est ce serpent de bronze élevé par Moïse dans le désert ? Une telle image fait penser plus spontanément au caducée des médecins et autres professions médicales. N’est-ce pas à ce serpent enroulé autour d’un bâton que nous reconnaissons la voiture d’un médecin ?

Qu’est-ce que cela signifie ? Sur le caducée, nous voyons un bâton, symbolisant l’arbre de vie, surmonté d’un miroir. Ce dernier symbolise la prudence que le médecin doit avoir avant chaque décision. Autour de ce bâton est enroulé un serpent… le symbole du dieu grec de la médecine. Mais alors, quel point commun avec l’image employée par Jésus ?

Pour comprendre, revenons à l’épisode du serpent de bronze dans le désert du Sinaï, au temps de l’Exode. Le peuple hébreu se trouvent assailli par des serpents venimeux. Ce peuple n’a pas la conscience très tranquille car ils ont encore récriminé, râlé contre Dieu et son envoyé : Moïse. Les Hébreux sont donc convaincus que cette invasion est une punition de Dieu. Ils supplient alors Moïse d’intercéder pour eux auprès de Dieu pour qu’il éloigne d’eux ce fléau. Et Dieu va répondre à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » (Nombres 21,8). C’est ainsi que toute personne qui a été mordue, a la vie sauve en regardant ce serpent de bronze.

Superstition, magie… ? Si Moïse emprunte à la culture ambiante le symbole d’un dieu païen de la médecine, c’est pour inviter le peuple de Dieu à regarder vers le seul Dieu qui sauve et qui guérit de toutes blessures. Il part de ce que son peuple connait pour l’emmener à une connaissance plus profonde du Dieu vivant.

Jésus lui-même reprend cette image pour introduire ses auditeurs au mystère de sa Passion à venir. S’il suffisait de lever les yeux avec foi vers le serpent de bronze pour être guérit, maintenant il faut lever les yeux avec foi sur le Christ crucifié pour être sauvé. Comme le serpent a été élevé ainsi en est-il du fils de l’Homme lui-même : il est élevé sur la croix.

La Croix est cet arbre de vie où le Christ est élevé. C’est avec la Croix que Dieu nous dit son amour, sa passion, pour l’humanité. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. »  (Jean 3,16) C’est là, sur la Croix, que Dieu nous révèle son amour de Père. Et c’est face à la Croix qu’il nous faut choisir cet amour. Celui-ci vient éclairer le monde : c’est par lui que nous sommes sauvés, que nous avons la vie éternelle. Entrer dans cette lumière est un acte de foi : « Celui qui croit en lui échappe au jugement… » (Jean 3,18)

Si nous sommes réunis en ce jour pour célébrer l’Eucharistie, c’est bien parce que nous croyons que la Croix est pour nous source de vie, source du Salut. En effet, à l’Eucharistie, nous faisons mémoire de la mort et de la Résurrection de Jésus. Ce don de la vie, le Christ l’a signifié en nous donnant son corps et son sang en nourriture, par le pain et le vin consacrés.

Puissions-nous simplement regarder le Crucifié avec foi. Il nous dit tout l’amour du Père pour l’humanité. Il nous offre le Salut, la guérison de tous nos maux si nous acceptons d’entrer dans sa lumière, de nous mettre sous la lumière de Dieu.

Qu’au cœur de ce Carême, monte de notre cœur cette prière : « Jésus, toi qui a été élevé sur la Croix pour nous donner la vie, accorde-moi de croire en toi pour accueillir le Salut que tu nous donnes. O Jésus, permets qu’en toutes choses, je choisisse d’agir dans la lumière de ta Parole pour accéder à la Vérité. Amen. »

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

Un commentaire sur “Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé”

  • Je l’avoue, je n’avais toujours pas compris l’histoire du serpent de bronze.
    Après vous avoir lu, tout s’éclaire, on passe vraiment des ténèbres à la lumière.
    Plus que jamais, merci de nous communiquer le texte de vos homélies, surtout lorsqu’elles sont aussi lumineuses.

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