L’article suivant m’a été demandé pour paraitre dans la revue du diocèse d’Amiens: « Le Dimanche » du 4 mai 2012, n°5123

Le 1er mai 2011, l’Église élevait au rang de bienheureux un de ces enfants : le pape Jean-Paul II. Dès le début de son pontificat, ce dernier lançait ces mots : « N’ayez pas peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir ! (…) N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! (…) N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait ! » (Homélie du 22 octobre 1978). Par ces mots, Jean-Paul II donne une orientation fondamentale de son ministère sur le siège de Pierre : il faut avancer les yeux fixés sur Jésus-Christ. C’est aussi ce qu’il dira aux jeunes de France lors de son voyage en 1980 : « Jeunes de France, levez toujours plus souvent les yeux vers Jésus-Christ ! Il est l’Homme qui a le plus aimé, et le plus consciemment, le plus volontairement, le plus gratuitement ! ».

En novembre de la même année, il écrira l’encyclique Dives in misericordia – Dieu riche en miséricorde. La miséricorde sera le thème majeur de son enseignement. Il proclamera même, le 30 avril 2000, lors de la canonisation de Sainte Faustine, le dimanche qui suit la fête de Pâques comme : dimanche de la divine miséricorde. C’est à la veille du dimanche de la divine miséricorde, en 2005, qu’il vivra son Dies Natalis et la rencontre avec Celui qu’il a servi toute sa vie et dont il n’a jamais cessé de faire connaître la grandeur réconfortante de la miséricorde divine. Jean-Paul II enracine son enseignement dans la méditation biblique.

Dans la Parole de Dieu, nous y découvrons comment Dieu fait miséricorde. Dans l’Ancien Testament nous découvrons cette miséricorde. Dieu fait alliance avec un peuple: Israël. Ce peuple élu brise à de multiples occasions l’alliance que Dieu a passé avec lui. Et Dieu ne cesse de lui pardonner fautes et trahisons.

Dans le Nouveau Testament, Jésus ne va cesser de montrer le visage du Dieu Miséricordieux en nous faisant entrer dans l’intimité du Père. Nous pouvons aussi penser à cette béatitude qu’il nous laisse : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. » (Matthieu 5,7). Si dans les autres béatitudes, il est promis un plus, dans celle-ci, il n’est rien promis de plus que la miséricorde. Alors qu’est-ce que la miséricorde ?

Au début de chaque Eucharistie, nous faisons monter de nos cœurs la prière du Kyrie eleison. Celle-ci est un appel à la miséricorde du Seigneur. Eleos, en grec, est la traduction d’un terme hébreux hésèd qui se traduit par amour. Et c’est ce terme hébreux est utilisé dans l’Ancien Testament pour définir l’Alliance. Il nous dit l’amour inébranlable de Dieu qui veut maintenir coûte que coûte la communion avec son peuple. Mais nous le savons, cet amour est marqué par de nombreuses ruptures et recommencements. C’est donc un amour qui suppose le pardon.

Le terme grec eleos traduit aussi un autre mot hébreux, qui va de pair avec le précédent. Ce deuxième mot hébreux pourrait se traduire par entrailles, le sein maternel. Nous découvrons alors la miséricorde comme un amour ressenti au plus profond de son être, telle une mère pour son enfant (Isaïe 49,15) ou un père pour ses enfants (Psaume 103,13) ou un amour fraternel intense (Genèse 43,30).

En scrutant les Ecritures, nous découvrons donc que la miséricorde n’est pas uniquement un attribut de Dieu. Elle est l’essence même de Dieu. « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ » (Ephésiens 2, 4-5).

Le pape Jean-Paul II n’a jamais cesser, durant tout son pontificat, de nous inviter fixer à notre regard, notre vie sur ce Dieu miséricordieux. Il dira lors de son voyage en Pologne en 2002 : « Comme le monde d’aujourd’hui a besoin de la Miséricorde de Dieu ! Sur tous les continents, du plus profond de la souffrance humaine semble s’élever l’invocation de la Miséricorde. Là où dominent la haine et la soif de vengeance, là où la guerre sème la douleur et la mort des innocents, la grâce de la Miséricorde est nécessaire pour apaiser les esprits et les cœurs, et faire jaillir la paix. Là où manque le respect pour la vie et pour la dignité de l’homme, l’amour miséricordieux de Dieu est nécessaire, car à sa lumière se manifeste la valeur inestimable de chaque être humain. La Miséricorde est nécessaire pour faire en sorte que chaque injustice du monde trouve son terme dans la splendeur de la vérité. ». Pour le Bienheureux Jean-Paul II, « l’heure est venue où le message de la Divine Miséricorde doit répandre l’espérance dans les cœurs et devenir l’étincelle d’une nouvelle civilisation : la civilisation de l’Amour. »

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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