Les sondages, dans notre société contemporaine, c’est une véritable manie. Nous avons l’impression que, sans eux, la société ne peut pas avancer. Chaque semaine, l’un ou l’autre journal nous offre la côte de popularité de telle ou telle personnalité publique: a-t-elle gagnée ou perdue de points?

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus semble succomber lui aussi à cette mode… Ce sont deux questions dignes d’un sondage d’opinion que Jésus pose à ses disciples.

La première question semble concerner un public élargi: « Le Fils de l’homme, qui est-il d’après ce que disent les hommes? » (Matthieu 16,13). Les réponses que nous relatent les disciples ont toutes un point commun: elles se référent à des personnes du passé: Jean-Baptiste, Elie, Jérémie, l’un des prophètes. Les contemporains de Jésus ne voient donc pas la nouveauté que Jésus apporte dans la révélation du Salut. Pour le commun des mortels, ce que Jésus apporte n’est que du déjà vu. Rien de nouveau sous le soleil! Jésus n’a rien à nous apporter de plus que ce que nous avons déjà… nous pouvons vivre notre vie sans lui!

La deuxième question s’adresse directement aux disciples: « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » (Matthieu 16,15) La réponse de Pierre semble fuser comme une évidence: « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! » (Matthieu 16,16) Mais Pierre a-t-il bien compris ce qu’il disait car cette révélation ne peut se comprendre qu’au matin de Pâques, au jour de la Résurrection. Pierre ne peut affirmer cela que poussé par l’action de l’Esprit-Saint et il n’en comprendra toute la signification que plus tard. Ce qu’il vient d’affirmer n’est pas un vieux souvenir de son catéchisme, ni le fruit d’un raisonnement intellectuel. Pierre fait une véritable profession de foi. Il adhère, par des mots connus, à une réalité inconnue qu’il a pressentie à la lumière de la grâce. Comment en est-il arrivé à une telle profession de foi? une telle ouverture à la grâce?

Par le chemin qu’il a déjà parcouru avec Jésus, par ce qu’il a vu et entendu, Pierre peut dresser comme un état des lieux de ce qu’est la foi et des exigences qu’elle entraine dans sa vie. A tout instant, cette foi lui fait expérimenter la miséricorde de Jésus, son amour… Et il l’éprouvera encore, notamment lors du procès de Jésus quand il reniera ce dernier, mais aussi quand Jésus lui posera par trois fois la question: « Pierre m’aimes-tu? ». Pierre adhère même si il ne comprend pas tout et qu’il refusera la montée à Jérusalem et l’annonce de la mort et de la croix. Pierre adhère et accepte, in fine, de se laisser conduire par Jésus.

Aujourd’hui encore, Jésus nous pose ces questions: « qui est-il au dire des gens? », « et pour nous, qui est Jésus? ». Et ce qui intéresse Jésus ce n’est pas sa côte de popularité. Non, Jésus nous demande une prise de position personnelle. Il ne nous demande pas de refléter l’opinion des autres ou de nous satisfaire de l’opinion courante. Il attend de nous une réponse qui nous engage: « Pour vous, qui suis-je? »

N’ayons pas peur d’aller à l’essentiel. N’ayons pas peur de lâcher nos raisonnement rationnels ou philosophiques pour répondre. Laissons la grâce de Dieu jaillir à l’image de saint Pierre. L’acte de foi est un acte de la grâce de Dieu en nous, c’est une adhésion d’amour à la vérité qui est Jésus lui-même.

Tout acte de foi nous engage. Je ne peux pas dire je crois en Jésus-Christ, je crois en Dieu et rester au chaud chez moi. A la suite de sa profession de foi, Pierre reçoit une mission: il reçoit la primauté qui n’est pas un pouvoir dans une hiérarchie donnée. Il reçoit la responsabilité de confirmer ses frères dans la foi. Ce n’est pas un pouvoir qui lui est donné, c’est une grâce particulière que Dieu lui fait.

Nous aussi, par notre profession de foi, nous recevons une mission, une grâce pour le bien de toute la communauté, de toute l’Eglise et du monde… il est dommage de la laisser dormir. Au soir de notre vie, Dieu nous en demandera des comptes comme Jésus nous l’enseigne dans la parabole des talents.

Alors, aujourd’hui, demandons à saint Pierre la force de professer notre foi avec un cœur sincère et vrai. Demandons-lui la force d’accueillir la grâce de Dieu et de la mettre en œuvre pour le bien de tous. Amen.

Homélie pour le 21ème dimanche ordinaire – Année A

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