Au début de la veillée pascale, ces mots ont retenti dans le chant de l’Exultet : « Demain se lèvera l’aube nouvelle d’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils ! » Cette aube nouvelle préfigure la fin de « la longue marche vers la terre de liberté », « la liberté pour tous les peuples », car c’est le jour de la victoire : « le Christ ressuscité triomphe de la mort ! »

A travers ces passages de la Parole de Dieu que nous venons de relire, nous avons fait mémoire de cette longue marche, de ce passage de la mort à la Vie. C’est la longue marche d’un peuple : du peuple élu, le peuple d’Israël. C’est la longue marche du peuple sur lequel Dieu a posé son sceau : l’Église. C’est la longue marche de mon aventure de foi, de ma relation avec le Ressuscité. C’est la longue marche de l’humanité. C’est la longue marche d’un peuple confiné dans son péché, c’est la longue marche d’un peuple confiné à cause d’un virus !

Le confinement nous invite à rester chez nous et pourtant, il est à espérer que nous vivons une longue marche : marche intérieure, marche spirituelle pour accueillir la vie que Dieu veut nous donner. C’est une marche personnelle, mais c’est aussi une marche en famille, c’est aussi la marche d’une nation, c’est aussi la marche d’un peuple qui, démuni, doit s’ouvrir à la vie qu’il reçoit d’un autre… à la vie que Dieu veut nous donner ! Relisons cette longue marche pour accueillir ensemble le triomphe de la Vie : la vie du Ressuscité qui nous donne vie.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… » (Genèse 1,1) Dieu a donné vie à la vie ! Il nous a donné la vie et il nous a confié la mission d’en prendre soin. « Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour cultiver le sol et le garder. » (Genèse 2,15) En nous demandant de cultiver le sol et de le garder, Dieu nous demande de labourer, défricher ou travailler mais il nous demande en même temps de protéger, sauvegarder, préserver, soigner et surveiller la maison commune (Cf. François, Laudato Si, n°67). Qu’avons-nous fait ? La création elle-même n’est-elle pas en train de nous crier que nous ne l’avons pas respecté ? que nous l’avons violée ? Ne sommes-nous pas comme chassés de celle-ci parce que nous avons voulu être « comme des dieux » (Genèse 3,5) et que nos yeux s’ouvrent en nous rendant compte que nous sommes nus, vulnérables, démunis ? Comme Adam et Éve, nous sommes habités par un sentiment de culpabilité et nous voulons nous cacher de la face de Dieu : nous sommes confinés dans notre sidération face aux évènements, face à notre impuissance…

Dans ce confinement, Dieu vient nous chercher. Il nous appelle : « Homme, où es-tu ? » (Genèse 3,9) Il nous cherche, non pour nous punir, mais pour nous rendre la vie, pour nous faire passer de la mort où nous sommes enfermés à la vie, la vie vivante !

La première étape de cette longue marche consiste à entendre, comme Abraham, l’appel du Seigneur et de lui dire : « Me voici ! » (Genèse 22,1) et à tout lui offrir, surtout ce que nous avons de plus cher, de plus précieux afin d’avoir le cœur libre pour écouter sa parole et recevoir la bénédiction qu’il nous offre. Et moi, suis-je prêt à écouter la Parole de Dieu, lui faire confiance et tout remettre, même ce à quoi je suis le plus attaché, entre ses mains afin d’accueillir sa bénédiction ?

La deuxième étape de cette longue marche consiste à découvrir et prendre conscience que je ne suis pas seul sur le chemin. Si Dieu me prête attention personnellement, c’est toute l’humanité qu’il veut sauver. C’est un peuple qui est en marche avec moi. C’est en peuple que nous marchons et que nous vivons cette libération, cette traversée de la Mer Rouge. C’est un peuple, une nation, qui est invitée à mettre sa foi dans le Seigneur, à lui faire confiance.

Pour cette longue marche, personnellement et en peuple, il nous faut découvrir que Dieu, sur ce chemin, n’est pas un Dieu lointain. Il se fait proche de nous, il marche avec nous. Il s’appelle « le Seigneur de l’Univers »(Isaïe 54,5) mais il est comme un époux qui aime avec tendresse : « même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient », si un coronavirus chamboulait tout, « ma fidélité ne s’écarterait pas de toi, mon alliance ne serait pas ébranlée, – dit le Seigneur, qui te montre sa tendresse. » (Isaïe 54,10) Et Dieu ne cessera pas de déployer ses trésors de tendresse, d’amour, de miséricorde pour m’accompagner dans cette longue marche… et quand bien même je me tromperais de chemin, il viendra, avec la même tendresse et la même miséricorde, me chercher.

A moi, à nous, d’avoir foi en cet amour. A moi, à nous d’oser accueillir cette vie avec confiance. Refuser, nier cet amour, refuser, nier l’œuvre de Dieu, c’est s’en aller sur des chemins de perditions, des chemins de mort… Oser lui demander, oser crier vers lui-même si je ne m’en juge pas digne, le Seigneur nous a devancé sur le chemin. Il vient faire toutes choses nouvelles en nous, avec nous : il vient nous purifier par l’eau du baptême, il met en nous son Esprit Saint pour que nous soyons capables de marcher avec lui, il nous fera habiter le pays qu’il a donné à nos pères. (Cf. Ézéchiel 36,16-17a.18-28)

Il est temps de sortir du tombeau dans lequel notre monde s’est enfermé. Il est temps de laisser le Christ nous rejoindre dans cette mort afin qu’il nous ouvre à la résurrection. En cette nuit de Pâques, baptisés, nous sommes invités à renouveler la profession de foi de notre baptême… et toi qui aurais dû être baptisé en cette nuit de Pâques, je t’invite à ré-exprimer ton désir au Seigneur… et toi qui ne sait pas, je t’invite à oser demander au Seigneur cette grâce, ce don… mais ensemble, redisons avec conviction notre foi, redisons notre désir d’accueillir la vie que Dieu veut nous donner en prenant nos décisions à la lumière de sa Parole, guidés par le souffle de son Esprit.

Je le crois et je l’espère, ce temps du confinement est le temps d’une longue marche de la mort à la vie… C’est le temps de la résurrection car c’est un temps pour rechoisir d’aimer en acte et en vérité.

Alors comme les saintes femmes montant au tombeau, n’avons-nous pas cherché pas à nous recueillir près d’un mort, celui qu’avec nos contemporains nous avons crucifié : Dieu lui-même ! Mais ce soir, il tient sa revanche car le tombeau du Crucifié est vide ! « Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là vous le verrez. » (Matthieu 28,7). Oui, le Crucifié est vivant ! et il nous précède sur les routes de nos vies car il nous veut vivant avec lui ! Alors, ne vivons pas la suite du confinement comme une mise au tombeau… mais bien comme le temps de la résurrection, le temps où nous choisissons la vie avec le Seigneur, la vie avec Dieu… le temps où nous laissons Dieu faire irruption dans nos vies et dans notre monde pour qu’il opère le Salut promis : qu’il nous rende la vie, qu’il nous donne sa vie !

Rendons grâce au Seigneur car il est bon ! Rendons grâce au Seigneur car il nous donne la vie ! Rendons grâce au Seigneur car il crée toutes choses nouvelles. Rendons grâce au Seigneur afin de ne pas oublier ses bienfaits et d’entrer pleinement dans la grâce de Pâques : Christ est ressuscité ! Alléluia ! En vérité, il est ressuscité ! Alléluia !

Veillée Pascale

Année A

La Parole de Dieu
  • Genèse 1,1-2,2
  • Psaume 103
  • Genèse 22,1-18
  • Psaume 15
  • Exode 14,15-1(,1
  • Cantique Exode 15
  • Isaïe 54,5-14
  • Psaume 29
  • Isaïe 55,1-11
  • Cantique Isaïe 12
  • Baruc 3,9-15.32-4,4
  • Psaume 18b
  • Ézéchiel 36,16-28
  • Psaume 41-42
  • Romains 6,3b-11
  • Psaume 117
  • Matthieu 28,1-10
Autres homélies
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