A la suite de saint Jean-Paul II, l’Eglise nous invite aujourd’hui à contempler la Divine Miséricorde. Mais qu’est-ce que la miséricorde? Nous en avons souvent un a-priori négatif qui nous enferme dans une culpabilité malsaine, or la miséricorde de Dieu est un véritable appel à la liberté, un véritable appel à l’Amour. C’est un chemin de libération que le Seigneur ouvre devant nous. Essayons de regarder comment elle se manifeste à travers les textes de la liturgie de ce dimanche.

La miséricorde est avant tout une rencontre. C’est la rencontre entre le Christ et le disciple, entre le Sauveur et l’humanité pécheresse. Cette rencontre nous la découvrons dans l’évangile que nous venons de proclamer. Les disciples se sont enfermés dans une pièce bien close: ils ont peur des Juifs; ils ont peur du fait qu’ils sont disciples de Jésus, celui qui a été condamné comme un malfrat et dont le tombeau a été retrouvé vide. Les disciples sont enfermés par la peur; enfermés dans la peur. Au milieu de cet enfermement, Jésus ressuscité vient les rejoindre. Il ne leurs fait aucun reproche sur leur trahison au soir de sa condamnation à mort et sur le fait qu’ils l’ont abandonné; il ne leur fait aucun reproche sur la peur qui les enferme. Au contraire, les seuls mots qu’il leurs adresse sont ceux-ci: «La paix soit avec vous.» (Jean 20,19) et il prend le temps de se laisser reconnaître par eux: il leurs montre les plaies de ses mains et de son côté. Quelle douceur dans l’attitude de Jésus, quel amour! Quand les disciples l’ont reconnu, ils sont remplis de joie. (La joie est un signe de la miséricorde de Dieu.) Quand a eu lieu la rencontre de l’amour du Ressuscité et le cœur ouvert des disciples à cette reconnaissance, le don de l’Esprit Saint se fait. Jésus donne à ses disciples la force de cet Amour car ces derniers sont en capacité de le recevoir.

Huit jours plus tard, nous avons à peu près le même schéma avec Thomas qui n’a pas crut au témoignage de ses camarades. Jesus utilise avec lui la même pédagogie. Il ne lui fait aucun reproche sur son manque de foi mais il souhaite une fois encore la paix et il prend le temps de se laisser reconnaître. Jésus prend le temps de susciter la foi chez Thomas qui peut alors s’écrier: «Mon Seigneur et mon Dieu.» (Jean 20,28)

A la lumière de cette Parole de Dieu, la prière d’ouverture de cette Eucharistie prend tout son sens: «Dieu de miséricorde infinie, tu ranimes la foi de ton peuple.» La miséricorde de Dieu ne nous fait donc pas entrer dans une culpabilité malsaine, écrasante, étouffante. Non, bien au contraire, elle suscite en nous un nouvel élan de foi, une capacité nouvelle à aimer en nous laissant aimer. Ainsi, la suite de cette prière d’ouverture jaillir comme une demande naturelle au Père: «Augmente la grâce pour que nous comprenions mieux quel baptême nous a purifié, quel Esprit nous a fait renaître, et quel sang nous a racheté.» (Prière d’ouverture du 2ème dimanche de Pâques)

Dans sa première lettre (2de lecture de ce dimanche), saint Jean nous explique comment vivre de cet amour de Dieu: en gardant et en accomplissant les commandements de Dieu. Ceux-ci sont un appel à l’amour, un appel à la foi, c’est-à-dire à une confiance totale en Dieu. Je sais que cela me demande souvent un effort et que je peux avoir du mal à le vivre. Mon seul secours alors est de m’en remettre à cet amour du Seigneur, de m’offrir à cette miséricorde que je ne cesse d’implorer. C’est dans ce combat spirituel, dans cette lutte que je m’offre au Seigneur pour que son amour agisse à travers moi. La prière d’offrande de cette messe est alors mienne: «Accueille avec bonté, Seigneur, les offrandes de tes fidèles»: en t’offrant ma vie, mon travail, ma personne, je ne cherche pas à ce que ma volonté soit faite mais que je sois renouvelé par la foi et le baptême, que je sois renouvelé par ton amour, que ton Esprit Saint me fasse renaître à ta vie… ou comme nous le prions dans le Notre Père: que ton Nom soit sanctifié… Que ta volonté soit faite.

Vivre de la miséricorde du Seigneur est donc tout le contraire d’un repli sur soi, de l’égoïsme, de l’individualisme ambiant. C’est une ouverture, une bouffée d’oxygène qui nous ouvre à cette présence aimante de Dieu en nos vies et qui nous tourne vers Dieu et notre prochain. La miséricorde de Dieu fait que «la multitude de ceux qui sont devenus croyants n’ont qu’un seul coeur et une seule âme» (Actes des Apôtres 4,32). La miséricorde de Dieu, l’amour du Seigneur qui habite au coeur des croyants fait que ceux-ci, unis par ce même amour, ont cette force incroyable de l’amour de Dieu qui les anime et leurs donne force: «C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous». (Actes 4,33) 

Cette force et cette grâce nous sont toujours offertes aujourd’hui si à la suite des Apôtres nous savons ouvrir notre coeur à la miséricorde de Dieu, à cet amour de Dieu. C’est tout le don qui nous est fait dans le Mystère de Pâques et à chaque fois que nous célébrons les sacrements. Que la prière finale de cette Eucharistie soit la supplication de chaque jour pour que nous vivions pleinement, à tout instant de notre vie, de la miséricorde de Dieu: «Nous t’en prions, Dieu tout-puissant: que le mystère pascal accueilli dans cette communion ne cesse jamais d’agir en nos cœurs.»

Belle et sainte fête de la Miséricorde à chacun. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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