Nous venons de vivre une très belle fête de l’Ascension. Au jour de l’Ascension, notre Seigneur Jésus monte définitivement au Ciel, à la droite du Père. Et il est dit ce jour-là aux Apôtres : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » (Actes 1,11)
Cette attitude de regarder le ciel n’est-elle pas souvent la notre avec cette question qui nous travaille souvent : qu’est-ce qu’il y a après quand la vie sur cette terre est finie ? Au baptême, il nous est promis la vie éternelle, mais c’est quoi cette vie ? Dans l’Évangile proclamé ce jour, Jésus nous donne la réponse : « La vie éternelle c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3).
La vie éternelle n’est pas un bonus pour après la mort ! Non, cette vie commence maintenant ! La vie éternelle débute au jour où je commence à connaître le Père, au jour de mon baptême. Oui, c’est ce jour-là qu’est véritablement déposée la grâce, le don de Dieu pour entrer dans une connaissance intime avec lui.
Saint Augustin nous dit, dans une homélie sur l’Évangile de Jean, que la vie éternelle se vit selon deux genres : « L’Église connaît deux genres de vie qui lui ont été révélés et recommandés par Dieu. L’une de ces vies est dans la foi, l’autre dans la vision ; l’une pour le temps du voyage, l’autre pour la demeure d’éternité ; l’une dans le labeur, l’autre dans le repos ; l’une sur la route, l’autre dans la patrie ; l’une dans le travail de l’action, l’autre dans la récompense de la contemplation… »
Mais en tout point, la vie éternelle est une connaissance, une naissance avec Dieu, une naissance en Dieu ! La vie éternelle est un éternel engendrement à la vie divine. Et cet engendrement commence dès ici-bas.
Dans les Actes des Apôtres, nous avons entendu que les Apôtres « participaient, d’un seul cœur, fidèlement à la prière » (Actes 1,14). La prière est le premier lieu de connaissance du Père, le premier lieu de connaissance du Fils. La prière est accueil de la Parole de Dieu, méditation de cette parole pour m’en laisser pénétrer. Elle est « un élan du cœur, un simple regard jeté vers le ciel, un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie, enfin c’est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. » nous dit sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face.
Connaître le Père, c’est aussi accomplir son devoir d’état. « Je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée. » (Jean 17,4) Notre mission sur cette terre est la même que celle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face : aimer Jésus et le faire aimer. Ceci se réalise simplement par l’accomplissement de mon devoir d’état. C’est en faisant ce que j’ai à faire, que ce soit à la maison, au travail, à l’école… avec amour que je donne une preuve que j’aime Jésus et que je fais jaillir la grâce sur l’Église. Ce n’est pas la peine de faire un acte héroïque… l’important est que cet acte soit fait pour Jésus.
Connaître le Père, connaître le Fils, c’est agir dans la charité fraternelle en ne cédant pas à nos antipathies, en ne jugeant pas. Pour cela regardons comment faisait sainte Thérèse.
Pour ne pas céder à ses antipathies, elle s’oblige à penser aux mérites de la sœur en question et à les offrir au Seigneur. Elle prie pour elle. Elle lui rend tous les services possibles. Elle lui adresse sans cesse son plus aimable sourire… et si elle a peur de lui être désagréable, elle quitte rapidement la pièce où elle se trouve pour ne pas succomber à la tentation !
De même chaque fois qu’elle est tentée de porter un jugement négatif sur une sœur, elle s’empresse de rechercher les qualités de celle-ci, elle imagine les efforts qu’elle déploie pour se débarrasser de ses défauts, et elle se souvient qu’on peut se tromper lourdement sur les intentions des autres.
Mais sainte Thérèse découvre surtout qu’en méditant l’évangile, nous avons la possibilité de rejoindre sans cesse Jésus présent dans le fond de mon cœur et d’aimer avec lui tous les autres. « Oui, je le sens, lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j’aime toutes mes soeurs. » (Manuscrit C,12)
Sainte Thérèse écrit à l’abbé Bellière, son frère spirituel : « Depuis qu’il m’a été donné de comprendre l’amour du cœur de Jésus, je vous avoue qu’il a chassé de moi toute crainte. Le souvenir de mes fautes m’humilie, me porte à ne jamais m’appuyer sur ma force qui n’est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour. » (Lettre 247)
Frères et soeurs bien-aimés, continuons ensemble à recueillir les grâces que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face nous a obtenu lors de la belle fête de l’Ascension. Grâces personnelles accordées à chacun, grâces accordées aussi à l’ensemble de notre communauté paroissiale, de notre diocèse. En ce temps préparatoire à la grande fête de Pentecôte, soyons dans l’action de grâce pour ce que nous avons reçu et ouvrons plus largement encore notre cœur aux dons du Saint Esprit que le Seigneur veut nous donner.
« Oui, la vie, c’est un trésor… Chaque instant c’est une éternité, une éternité de joie pour le ciel, une éternité de voir Dieu face à face, de n’être qu’un avec lui… Il n’y a qu’une seule chose à faire pendant la nuit, l’unique nuit de la vie qui ne viendra qu’une fois, c’est d’aimer, d’aimer Jésus de toute la force de notre cœur et de lui sauver des âmes pour qu’il soit aimé. Oh ! Faire aimer Jésus ! » (Lettre 96)

Homélie pour le 7ème dimanche de Pâques – Année A
Lectures du dimanche, c’est ici.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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