La vie de chaque saint est caractérisée par une intuition fondamentale, une idée forte. Chez Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, cette intuition fondamentale est la confiance inébranlable en la Miséricorde de Dieu, la certitude d’être véritablement aimée toujours et partout.

Avant d’entrer plus avant dans l’Acte d’offrande à l’Amour Miséricordieux, souvenons-nous que la petite voie que nous enseigne sainte Thérèse nous apprend que Dieu nous aime de trois manières complémentaires :

  • Dieu nous aime d’un Amour gratuit. Thérèse veut donc Lui faire plaisir en se laissant aimer et en se présentant devant Lui « les mains vides ».
  • Dieu nous aime d’un Amour miséricordieux. Thérèse veut donc Lui faire plaisir en se laissant sans cesse purifier par le feu de son Amour.
  • Dieu nous aime d’un Amour mendiant. Thérèse veut donc Lui faire plaisir en ne lui refusant aucun sacrifice qu’Il réclame pour le salut du monde.

C’est en essayant de vivre cette intimité d’Amour avec le Christ que nait en sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face le désir de s’offrir à l’Amour Miséricordieux.

Écoutons-la nous dire elle-même comment est né ce désir. C’était en 1895.

« Cette année le 9 juin fête de la Sainte Trinité, j’ai reçu la grâce de comprendre plus que jamais combien Jésus désire être aimé.

Je pensais aux âmes qui s’offrent comme victimes à la Justice de Dieu afin de détourner et d’attirer sur elles les châtiments réservés aux coupables, cette offrande me semblait grande et généreuse, mais j’étais loin de me sentir portée à la faire. « O mon Dieu ! M’écriais-je au fond de mon cœur, n’y aura-t-il que votre Justice qui recevra des âmes s’immolant en victimes ?… Votre Amour Miséricordieux n’en a-t-il pas besoin lui aussi ?… De toutes parts il est méconnu, rejeté ; les cœurs dans lesquels vous désirez le prodiguer se tournent vers les créatures leur demandant le bonheur avec leur misérable affection, au lieu de se jeter dans vos bras et d’accepter votre Amour infini… Ô mon Dieu ! Votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Cœur ? Il me semble que si vous trouviez des âmes s’offrant en Victimes d’holocaustes à votre Amour, vous les consumeriez rapidement, il me semble que vous seriez heureux de ne point comprimer les flots d’infinies tendresses qui sont en vous… Si votre Justice aime à se décharger, elle qui ne s’étend que sur la terre, combien plus votre Amour Miséricordieux désire-t-il embraser les âmes, puisque votre Miséricorde s’élève jusqu’aux Cieux… O mon Jésus ! Que ce soit moi cette heureuse victime, consumez votre holocauste par le feu de votre Divin Amour !…

Ma Mère chérie, vous qui m’avez permis de m’offrir ainsi au Bon Dieu, vous savez les fleuves ou plutôt les océans de grâces qui sont venus inonder mon âme… Ah ! Depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché, aussi je ne puis craindre le purgatoire… Je sais que par moi-même je ne mériterais pas même d’entrer dans ce lieu d’expiation, puisque les âmes saintes peuvent seulement y avoir accès, mais je sais aussi que le Feu de l’Amour est plus sanctifiant que celui du purgatoire, je sais que Jésus ne peut désirer pour nous de souffrances inutiles et qu’Il ne m’inspirerait pas les désirs que je ressens, s’Il ne voulait les combler…

Oh ! Qu’elle est douce la voie de l’Amour !… Comme je veux m’appliquer à faire toujours avec le plus grand abandon, la volonté du Bon Dieu !… » (Manuscrit A, 84r°-84v°)

Voilà comment sœur Geneviève (Céline) relate ce jour du 9 juin 1895 : « Au sortir de cette messe, elle m’entraîna à sa suite, à la recherche de notre Mère, elle semblait comme hors d’elle-même et ne me parlait pas. Enfin ayant trouvé notre Mère (Agnès de Jésus) elle lui demanda la permission de s’offrir avec moi en victime à l’Amour miséricordieux. Elle lui donna une courte explication. Notre Mère était pressée, elle ne sembla pas trop comprendre ce dont il s’agissait et permit tout, tant elle avait confiance en la discrétion de sœur Thérèse de l’Enfant Jésus » (PO, p. 281)

Penchons-nous maintenant sur le texte de l’ « Offrande de moi-même comme Victime d’Holocauste à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu ». Tel est le titre que sainte Thérèse donne à sa prière (Prière n°6).

Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église en sauvant les âmes qui sont sur la terre et (en) délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu ! d’être vous-même ma Sainteté.

Puisque vous m’avez aimée jusqu’à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Époux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son Cœur brûlant d’Amour.

Je vous offre encore tous les mérites des Saints (qui sont au Ciel et sur la terre) leurs actes d’Amour et ceux des Saints Anges ; enfin je vous offre, ô Bienheureuse Trinité ! l’Amour et les mérites de la Sainte Vierge, ma Mère chérie, c’est à elle que j’abandonne mon offrande la priant de vous la présenter.

Son divin Fils, mon Époux Bien-aimé, aux jours de sa vie mortelle, nous a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, il vous le donnera ! » Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs ; je le sais, ô mon Dieu ! (plus vous voulez donner, plus vous faites désirer). Je sens en mon cœur des désirs immenses et c’est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah ! je ne puis recevoir la Sainte Communion aussi souvent que je le désire, mais, Seigneur, n’êtes-vous pas Tout-Puissant ?… Restez en moi, comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie…

Je voudrais vous consoler de l’ingratitude des méchants et je vous supplie de m’ôter ma liberté de vous déplaire, si par faiblesse je tombe quelquefois qu’aussitôt votre Divin Regard purifie mon âme consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même…

Je vous remercie, ô mon Dieu ! de toutes les grâces que vous m’avez accordées, en particulier de m’avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C’est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour portant le sceptre de la Croix ; puisque vous (avez) daigné me donner en partage cette Croix si précieuse, j’espère au Ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre Passion…

Après l’exil de la terre, j’espère aller jouir de vous dans la Patrie, mais je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour, dans l’unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Cœur Sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement.

Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé !…

A vos yeux le temps n’est rien, un seul jour est comme mille ans, vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous…

Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu’ainsi je devienne Martyre de votre Amour ô mon Dieu !…

Que ce martyre après m’avoir préparée à paraître devant vous me fasse enfin mourir et que mon âme s’élance sans retard dans l’éternel embrassement de Votre Miséricordieux Amour…

Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon cœur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que les ombres s’étant évanouies je puisse vous redire mon Amour dans un Face à Face Éternel !…

Cet acte d’offrande est l’aboutissement de la petite voie. Les cinq éléments constitutifs de la Petite Voie se retrouvent dans cette prière. Ils en sont même le fondement avant l’expression même de l’acte d’offrande qui arrive en final.

Relisons donc ensemble cet Acte d’Offrande à la lumière de la Petite Voie.

1- Le désir de sainteté.

« Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église en sauvant les âmes qui sont sur la terre et (en) délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte… »

2 – L’impuissance humaine

« … mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu d’être vous-même ma Sainteté. »

3 – Fondements de la confiance audacieuse en Dieu

« Puisque vous m’avez aimée jusqu’à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Époux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son Cœur brûlant d’Amour.

Je vous offre encore tous les mérites des Saints (qui sont au Ciel et sur la terre) leurs actes d’Amour et ceux des Saints Anges ; enfin je vous offre, ô Bienheureuse Trinité ! l’Amour et les mérites de la Sainte Vierge, ma Mère chérie, c’est à elle que j’abandonne mon offrande la priant de vous la présenter.

Son divin Fils, mon Époux Bien-aimé, aux jours de sa vie mortelle, nous a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, il vous le donnera ! » Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs ; je le sais, ô mon Dieu ! (plus vous voulez donner, plus vous faites désirer). Je sens en mon cœur des désirs immenses et c’est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah ! je ne puis recevoir la Sainte Communion aussi souvent que je le désire, mais, Seigneur, n’êtes-vous pas Tout-Puissant ?… Restez en moi, comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie…

Je voudrais vous consoler de l’ingratitude des méchants et je vous supplie de m’ôter ma liberté de vous déplaire, si par faiblesse je tombe quelquefois qu’aussitôt votre Divin Regard purifie mon âme consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même… »

4 – Travailler par reconnaissance pour l’amour de Dieu

« Je vous remercie, ô mon Dieu ! de toutes les grâces que vous m’avez accordées, en particulier de m’avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C’est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour portant le sceptre de la Croix ; puisque vous (avez) daigné me donner en partage cette Croix si précieuse, j’espère au Ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre Passion…

Après l’exil de la terre, j’espère aller jouir de vous dans la Patrie, mais je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour, dans l’unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Cœur Sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement. »

5 – Abandon à l’Amour Miséricordieux

« Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé !…

A vos yeux le temps n’est rien, un seul jour est comme mille ans, vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous… »

6 – L’acte d’offrande

« Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu’ainsi je devienne Martyre de votre Amour ô mon Dieu !…

Que ce martyre après m’avoir préparée à paraître devant vous me fasse enfin mourir et que mon âme s’élance sans retard dans l’éternel embrassement de Votre Miséricordieux Amour…

Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon cœur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que les ombres s’étant évanouies je puisse vous redire mon Amour dans un Face à Face Éternel !… »

Quel est le sens de l’acte d’offrande ?

Le but de l’acte d’offrande est de « vivre dans un acte de parfait Amour ». Cette offrande n’est pas un acte passif. Elle est pour vivre et vivre dans le Christ ressuscité, de la vie du Christ. Vivre s’est exister, éprouver quelque chose avec intensité.

« Je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour Miséricordieux ». S’offrir, c’est se donner, s’en remettre totalement à l’autre, engager notre liberté dans le consentement à la volonté de Dieu. Thérèse s’offre comme Victime d’Holocauste. Dans le Premier Testament, un holocauste est le plus absolu des sacrifices. La victime sacrifiée sur l’autel est tout entière consumée par le feu, en offrande d’expiation et d’action de grâce. C’est bien ainsi que Thérèse offre sa vie. Elle ne pense plus à ses désirs mais à ceux de Dieu, à la joie de Dieu. Toutes les marques de tendresse dont fut comblée Thérèse témoignent combien Dieu nous aime, combien il a le désir de nous combler de son amour. Thérèse s’offre donc à Dieu pour qu’il puisse la combler jusqu’à la consumer totalement dans son amour.

« A chaque battement de mon cœur » L’acte d’offrande nous fait vivre au présent. Il nous fait vivre l’instant présent. En regardant la vie de Thérèse, nous y découvrons que le moindre détail est l’occasion d’un acte d’amour, une preuve que l’on aime Jésus et un moyen de faire jaillir la grâce sur l’Église. Peu importe la taille de l’acte, qu’il soit grand ou petit, sa valeur vient de ce qu’il est accompli pour Jésus. Ainsi le plus petit acte peut acquérir une valeur infinie, pourvu qu’il soit vécu en présence de Jésus et pour lui.

« Je veux » : c’est un acte volontaire et libre porté par une reconnaissance inépuisable pour la bonté et la miséricorde de Dieu.

En faisant cet acte d’offrande à l’Amour Miséricordieux, sainte Thérèse répond à un amour : l’amour de Dieu. Cette réponse consiste à s’offrir, c’est-à-dire à se confier à lui, à se remettre pleinement entre ses mains de façon à ce qu’il puisse agir librement avec nous. S’offrir pour que Dieu puisse agir avec nous comme le potier modèle l’argile qu’il façonne. L’amour de Dieu consume tout, même nos imperfections. Cette offrande est à vivre dans l’instant présent avec la grâce de Dieu donnée rien que pour aujourd’hui.

Cet acte n’est nullement une formule magique. Il reflète une disposition constante du cœur qui fait toute la place à l’Amour de Dieu, au feu purificateur de sa sainteté. En effet, « il n’y a de sainteté que de Dieu et un homme ne devient un saint que dans la mesure où il devient transparent à Dieu, où il plonge dans la volonté divine ». (Michel Carrouges, Le Père Jacques, Au revoir les enfants, p 262, Ed du Cerf).

Comme Thérèse a invité ses soeurs carmélites à faire cet Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux, nous sommes invités aussi à le vivre. Petit à petit, jour après jour, je profiterais des rayonnements de la grâce divine en multipliant les regards vers Dieu, en m’exposant à sa Miséricorde par la foi et la confiance. Sa lumière va me réchauffer, sa présence m’envahir, jusqu’à ce que je sois transformé en ce feu divin, en Amour divin. La flamme de ma vie en s’unissant à celle de Jésus ne formera plus qu’une flamme divine. En offrant à Dieu tout ce qu’il y a de plus beau comme ce qu’il y a de plus moche, il pourra me saisir, prendre le gouvernail de ma vie. Sainte Thérèse l’a vécu et à sa suite une multitude de petites âmes restées inconnues des hommes. Extraordinaire ? Non ! C’est cette même imprégnation divine qui a fait s’écrier saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20). Elle se vit le plus souvent cachée dans l’obscurité de la foi même si certains peuvent l’éprouver sensiblement comme sainte Thérèse, cinq jours après avoir fait son Acte d’Offrande : « Eh bien, je commençais mon Chemin de Croix, et voilà que tout-à-coup, j’ai été prise d’un si violent amour pour le bon Dieu que je ne puis expliquer cela qu’en disant que c’était comme si on m’avait plongée tout entière dans le feu. Oh ! Quel feu et quelle douceur en même temps ! Je brulais d’amour et je sentais qu’une minute, une seconde de plus, je n’aurais pu supporter cette ardeur sans mourir. J’ai compris alors ce que disent les saints de ces états qu’ils ont expérimentés si souvent. Pour moi, je ne l’ai éprouvé qu’une fois et qu’un seul instant, puis je suis retombée aussitôt dans ma sécheresse habituelle. » (Carnet Jaune 7 juillet).

En nous proposant cet Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face nous propose rien d’autre que de Vivre d’amour (PN 17) :

Au soir d’amour, parlant sans parabole,
Jésus disait . « Si quelqu’un veut m’aimer,
« Fidèlement qu’il garde ma parole,
« Mon Père et moi viendrons le visiter;
« Et, de son cœur, faisant notre demeure,
« Notre palais, notre vivant séjour,
« Rempli de paix, nous voulons qu’il demeure
« En notre amour. »

Vivre d’amour, c’est te garder toi-même,
Verbe incréé ! Parole de mon Dieu!
Ah ! tu le sais, divin Jésus, je t’aime !
L’Esprit d’amour m’embrase de son feu.
C’est en t’aimant que j’attire le Père,
Mon faible cœur le garde sans retour;
O Trinité ! vous êtes prisonnière
De mon amour.

Vivre d’amour, c’est vivre de ta vie,
Roi glorieux, délices des élus !
Tu vis pour moi caché dans une hostie…
Je veux pour toi me cacher, ô Jésus !
A des amants il faut la solitude,
Un cœur à cœur qui dure nuit et jour;
Ton seul regard fait ma béatitude,
Je vis d’amour!

Vivre d’amour, ce n’est pas sur la terre
Fixer sa tente au sommet du Thabor;
Avec Jésus, c’est gravir le Calvaire,
C’est regarder la croix comme un trésor !
Au ciel, je dois vivre de jouissance,
Alors l’épreuve aura fui sans retour
Mais, ici-bas, je veux dans la souffrance
Vivre d’amour !

Vivre d’amour, c’est donner sans mesure,
Sans réclamer de salaire ici-bas;
Ah ! sans compter je donne, étant bien sûre
Que lorsqu’on aime on ne calcule pas.
Au Cœur divin, débordant de tendresse,
J’ai tout donné ! légèrement je cours…
Je n’ai plus rien que ma seule richesse
Vivre d’amour !

Vivre d’amour, c’est bannir toute crainte,
Tout souvenir des fautes du passé.
De mes péchés je ne vois nulle empreinte,
Au feu divin chacun s’est effacé.
Flamme sacrée, ô très douce fournaise,
En ton foyer je fixe mon séjour;
Jésus, c’est là que je chante à mon aise
Je vis d’amour !

Vivre d’amour, c’est garder en soi-même
Un grand trésor en un vase mortel.
Mon Bien-Aimé ! ma faiblesse est extrême !
Ah ! je suis loin d’être un ange du ciel.
Mais, si je tombe à chaque heure qui passe,
Me relevant, m’embrassant tour à tour,
Tu viens à moi, tu me donnes ta grâce,
Je vis d’amour !

Vivre d’amour, c’est naviguer sans cesse,
Semant la joie et la paix dans les cœurs ;
Pilote aimé ! la charité me presse,
Car je te vois dans les âmes, mes soeurs.
La charité, voilà ma seule étoile;
A sa clarté, je vogue sans détour;
J’ai ma devise écrite sur ma voile
« Vivre d’amour! »

Vivre d’amour, lorsque Jésus sommeille,
C’est le repos sur les flots orageux.
Oh ! ne crains pas, Seigneur, que je t’éveille,
J’attends en paix le rivage des cieux…
La Foi bientôt déchirera son voile,
Et mon Espoir ne comptera qu’un jour;
La Charité gonfle et pousse ma voile,
Je vis d’amour !

Vivre d’amour, c’est, ô mon divin Maître!
Te supplier de répandre tes feux
En l’âme élue et sainte de ton prêtre ;
Qu’il soit plus pur qu’un séraphin des cieux !
Protège-la ton Église immortelle,
Je t’en conjure à chaque instant du jour.
Moi, son enfant, je m’immole pour elle,
Je vis d’amour!

Vivre d’amour, c’est essuyer ta Face,
C’est obtenir des pécheurs le pardon.
O Dieu d’amour! qu’ils rentrent dans ta grâce,
Et qu’à jamais ils bénissent ton Nom !
Jusqu’à mon cœur retentit le blasphème;
Pour l’effacer je redis chaque jour
O Nom sacré ! je t’adore et je t’aime,
Je vis d’amour !

Vivre d’amour, c’est imiter Marie
Baignant de pleurs, de parfums précieux
Tes pieds divins, qu’elle baise ravie,
Les essuyant avec ses longs cheveux ;
Puis, se levant, dans une sainte audace,
Ton doux Visage elle embaume à son tour :
Moi, le parfum dont j’embaume ta Face,
C’est mon amour !

Vivre d’amour, quelle étrange folie!
Me dit le monde, ah ! cessez de chanter;
Ne perdez pas vos parfums, votre vie;
Utilement, sachez les employer ! »

T’aimer, Jésus, quelle perte féconde !
Tous mes parfums sont à toi sans retour.
Je veux chanter en sortant de ce monde
Je meurs d’amour !

Mourir d’amour, c’est un bien doux martyre,
Et c’est celui que je voudrais souffrir.
O Chérubins ! accordez votre lyre,
Car, je le sens, mon exil va finir…
Dard enflammé, consume-moi sans trêve,
Blesse mon cœur en ce triste séjour.
Divin Jésus, réalise mon rêve
Mourir d’amour!

Mourir d’amour, voilà mon espérance
Quand je verrai se briser mes liens,
Mon Dieu sera ma grande récompense
Je ne veux point posséder d’autres biens.
De son amour je suis passionnée ;
Qu’il vienne enfin m’embraser sans retour !
Voilà mon ciel, voilà ma destinée
VIVRE D’AMOUR !…

Enseignement donné dans le cadre des Amitiés Carmélitaines
Au Carmel d’Amiens

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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