Tout comme dimanche dernier, Jésus est confronté à ses contradicteurs. Cette fois-ci, ils cherchent à vérifier l’orthodoxie de sa doctrine: « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement? » (Matthieu 22,36) Mais pourquoi donc cette question est-elle une mise à l’épreuve de Jésus?

Dans la frange la plus stricte du pharisaïsme, il n’y a qu’un seul commandement qui doit être récité plusieurs fois par jour. Celui-ci est: « Ecoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » (Deutéronome 6,4-5) Que signifie-t-il? Dieu est le seul et personne ne peut contester cette priorité. Pourquoi est-ce sujet à controverse avec Jésus car dans sa réponse, ce dernier ne semble pas remettre en cause ce fait?

Dans une interprétation rigoriste du texte, l’amour que l’on porte à Dieu se résume à la prière et au culte et tout le reste est secondaire. Or dans sa réponse, Jésus apporte une ouverture: il prend la Torah dans son ensemble. Il ne s’appuie pas uniquement sur ce passage du Deutéronome mais il l’ouvre aussi au livre du Lévitique. Dans celui-ci, la loi de Dieu est énumérée par l’amour que l’on doit porter à son prochain. Pour chaque précepte édicté celui-ci se termine par se refrain: « Je suis le Seigneur ton Dieu. » et se conclue même par: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur. » (Lévitique 19,18)

Par la jonction « qui lui est semblable » (Matthieu 22,39) mise entre les deux commandements, Jésus donne la clé de la Loi et des prophètes mais aussi celle de sa propre vie. Par sa mort sur la Croix, il atteste la profonde unité entre Dieu et les hommes: Jésus offre sa vie à son Père pour le salut de tous les hommes. Jésus offre sa vie pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde.

La réponse de Jésus est aussi un précieux enseignement pour nous aujourd’hui. Pour aimer notre prochain comme il convient, il faut avant tout nous enraciner dans l’amour de Dieu et nous attacher à Lui « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée » (Matthieu 22,37). Dieu doit être présent dans toute notre vie. « Il doit […] pénétrer toutes les couches de notre être et le remplir complètement: le cœur doit le connaître et se laisser toucher par Lui; de même que l’âme, les énergies de notre volonté et de notre pouvoir de décision, ainsi que l’intelligence et la pensée. » (Benoit XVI, homélie du 23 octobre 2011) Ceci est un appel à nous décentrer de nous-même pour nous centrer sur Celui qui est la Source et la Fin de toutes choses: Dieu lui-même. Je ne peux aimer en vérité mon prochain que dans la mesure où j’apprends, en toute ma vie, à me laisser aimer par Dieu et à l’aimer en toutes choses.

Pour cela, la foi que Paul rencontre chez les Thessaloniciens doit être pour nous un modèle: ils n’ont pas fait que répéter un enseignement reçu. Ils ont mis en œuvre concrètement la Parole de Dieu reçue de Paul: « Et vous, vous avez commencé à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint. » (1 Thessaloniciens 1,6). Si cette foi est « un modèle pour tous les croyants » ( 1 Th 1,7) et qu’elle porte du fruit, c’est qu’elle se répand en œuvres de charité. Seule une foi mise en œuvre atteste que nous sommes « convertis  à Dieu en nous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient. » (1 Th 1,9-10)

Comme nous l’avons demandé dans la prière d’ouverture de cette messe, faisons notre cette prière: « Dieu éternel et tout puissant, augmente en nous la foi, l’espérance et la charité; et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, fais-nous aimer ce que tu commandes. » Amen.

Homélie pour le 30 dimanche ordinaire – Année A

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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