Terre Sainte 026Les yeux fixés sur Jésus Christ, nous entrons dans le Triduum Pascal. Trois jours durant, nous allons accompagner le Christ dans sa passion avant d’accueillir avec les Apôtres, le Ressuscité au matin de Pâques. Si c’est avec gravité et solennité que nous célébrons ces offices, que nous faisons mémoire des derniers heures de la vie terrestre de Jésus, ce n’est pas la tristesse qui doit nous habiter mais la joie! Nous célébrons le cœur même de la foi chrétienne: la mort et la Résurrection du Christ. L’austérité et le dépouillement sont là pour nous apprendre à accueillir l’amour donné du Christ. Le silence qui habite ces jours doit nous apprendre à percevoir la force de l’amour de Dieu pour nous.

Les yeux fixés sur Jésus Christ regardons ce beau jour du Jeudi Saint. L’heure est venue, pour Jésus, de passer de ce monde à son Père. Et saint Jean nous dit: «Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu’au bout.» (Jean 13,1) Et le bout est la mort sur la croix! Jésus aime jusqu’à la mort en traversant trahison et reniement, condamnation et procès. Il ne cesse jamais d’aimer!

Jésus nous dit: «Vous m’appelez «Maitre» et «Seigneur», et vous avez raison, car vraiment je le suis.» (Jean 13,13) Et voilà que ce «Maitre» et «Seigneur» se met à genoux devant ses disciples pour leurs laver les pieds. Par là, Jésus nous dit que le service est le véritable pouvoir et il conclut en disant: «C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.» (Jean 13,15)

Ce geste de Jésus est un appel fort, pour chacun de nous, à être véritablement au service de l’humanité et de la création. Ce service s’exerce dans «le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est d’avoir soin l’un de l’autre dans la famille : les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents. C’est le fait de vivre avec sincérité les amitiés, qui sont une garde réciproque dans la confiance, dans le respect et dans le bien. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous.» (Pape François, homélie du 19 mars 2013)

En refaisant ce geste du lavement des pieds dans quelques instants et en ayant choisi de laver les pieds de différentes personnes représentatives de chacune de nos paroisses, je tiens à manifester ce service qu’assure le prêtre, à l’image de celui du Christ. Mais le prêtre n’est pas le seul serviteur à la manière du Christ. Avec lui, c’est chacun de nous, c’est toute la communauté chrétienne qui est témoin et acteur de ce service. Nous n’avons pas à déléguer uniquement au Secours Catholique ou à la Croix Rouge. Ce service des autres doit être, sans être ostentatoire, signe visible du Christ serviteur de l’humanité. Si la paroisse ne porte pas ce témoignage du service, alors elle est elle-même un contre-témoignage!

Mais n’oublions pas que cet exemple que nous donne le Christ est réalisé au cours du dernier repas qu’il prend avec ses Apôtres, au coeur même de l’institution de l’Eucharistie. Notre témoignage et notre service se reçoit du Christ. Ils se nourrit du Christ. Aucun témoignage, aucun service ne peut porter du fruit si il n’est pas axé sur Jésus Christ. Ma vie chrétienne, ma vie de disciple se nourrit du Christ par l’Eucharistie célébrée en mémoire du Seigneur. Elle se nourrit aussi de cette prière du Christ au jardin des Oliviers dont nous ferons mémoire à l’issue de cette célébration en passant du temps avec Jésus au reposoir. Mon agir chrétien se nourrit et prend corps dans la prière silencieuse avec le Christ.

Frères et soeurs, en ce soir où nous faisons mémoire de l’instauration du sacerdoce, je me confie à votre prière. J’ai bien conscience qu’une communauté chrétienne ne peut être servante et enracinée en Christ que si son pasteur, image du Christ au milieu de nous, l’est lui-même… Mais je ne peux l’être seul! J’ai besoin de vous! Si pour vous, je suis prêtre, avec vous je suis baptisé! Et c’est ensemble que nous serons ces témoins pour notre monde. Nous ne sommes pas chrétiens pour nous auto-complaire dans un bien être spirituel mais pour aller vers celles et ceux qui ne connaissent pas le Christ ou ne le connaissent plus.

C’est dans la mesure où nous saurons aller vers eux que nous trouverons notre joie à être disciples de Jésus Christ. C’est dans la mesure où nous saurons «entrer davantage dans la logique de Dieu qui est avant tout celle de l’amour et du don de soi» (Pape François, Audience du 27 mars 2013) que nous pourrons témoigner de la lumière et de la joie de notre foi. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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