Austérité, rigueur… c’est un peu ce qui nous vient spontanément à l’esprit quand nous entendons le mot carême. Sommes-nous en crise ? Peut-être et ces quarante jours qui s’ouvrent devant nous peuvent alors être l’occasion de faire le point. Mais attention de ne pas être pris de vertige par tout ce qu’il me faudrait faire pour être enfin un chrétien digne de ce nom ! Même si la prière d’ouverture de la célébration nous parle de « lutter » et de « combat spirituel », le carême n’est pas une entrée en guerre ni un champ de bataille.

Pendant ce temps du carême, il s’agit de nous préparer à célébrer le Christ mort et ressuscité pour nous, pour le pardon de nos péchés. Voilà le but du carême : nous préparer à la fête de Pâques !

Le Christ mort et ressuscité est le signe d’un amour. C’est l’amour du Père pour chacun de nous, pour l’humanité. Le temps du Carême est donc ce temps où je vais apprendre à me laisser aimer. Me laisser aimer pour mieux aimer.

Oui, tout l’enjeu du carême est là : me laisser aimer par Dieu pour l’aimer en retour. Comment ? Tout simplement en prenant le temps de me mettre à son écoute. Dieu m’a écrit une lettre d’amour, peut-être puis-je prendre quelques instants chaque jour pour en lire un bout.

J’en vois certains se dire : « Mais, elle se trouve où cette lettre d’amour ? ». Dans votre bible… feuilletez les pages, vous allez la trouver ! Oh, pour lire la Parole de Dieu, il me faudra prendre sur mon temps. Il me faudra renoncer à quelque chose durant la journée… mais n’est-ce pas là, une façon de jeûner ? N’est-ce pas ce temps qui va m’ouvrir un espace au cœur de ma relation à Dieu ? Et qui a-t-il de plus exaltant que de lire une lettre d’amour ? Se découvrir aimé. Profondément aimé. Aimer pour ce que je suis. Aimer et pouvoir aimer en retour.

A mon tour, je n’aurai d’autre désir que celui de vouloir aimer. Et cet amour se manifestera de deux façon : la prière et le partage.

La prière est cet espace qui m’ouvre un temps particulier avec le Seigneur. La prière est un cœur à cœur avec le Seigneur, comme deux amoureux sont heureux d’être là, côte à côte, à se livrer l’un l’autre ou même à rester en silence avec ce simple bonheur d’être ensemble. Dans la prière, je peux me livrer au Seigneur tel que je suis, sans crainte d’être jugé ou trahi. Le Seigneur est là, dans le secret de ma chambre, dans le secret de mon cœur. Le carême est le temps où j’ouvre l’espace de la prière au Seigneur pour me laisser aimer et l’aimer en retour.

La prière est en même temps ce lieu ou va croître un autre espace : celui de la présence à l’autre, par le partage. Le partage de mon temps, le partage de mes biens et vivre de la seule chose qui épanoui : le don de soi. Ce temps me décentre de moi-même pour regarder vers l’autre, vers mon prochain. Le partage, loin de m’appauvrir, m’enrichit de ce que je donne à l’autre, au pauvre, au petit… parce que là aussi, se vit l’amour. Pouvoir aimer est un bien inestimable.

Ainsi, le carême n’est pas un temps où je vais devoir faire mon cahier de devoir de vacances. Non ! Le carême est le temps où je me laisse aimer. Le temps où je décide de laisser Dieu agir dans ma vie. C’est un temps où je vais apprendre à laisser Dieu s’occuper de moi, me parler, m’aimer, me conduire avec patience. Et cela est exigeant. C’est pour cela que j’aurai besoin d’ouvrir des espaces où je puisse vivre cela par le jeûne, la prière et le partage.

Joyeux carême à tous !

Homélie pour le Mercredi des Cendres – entrée en Carême
Les lectures du Mercredi des Cendres, c’est ici ! 

Pour mémoire, vous pouvez aussi relire les homélies du Mercredi des Cendres déjà publiées sur ce blog: Ménage de printemps en 2011 et Ouvrons les fenêtres, le printemps approche en 2010

3 réponses pour “L’espace de l’amour”

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