Dette, remise de dettes… Voilà une question fort actuelle au cœur de notre société de consommation où plus rien ne semble avoir de limite. Mais la parabole utilisée par Jésus n’est pas pour nous faire une leçon d’économie ou plutôt si: pour nous parler de l’économie du Salut!

En effet comment vivre et être sauvé sans accueillir le pardon? Sans accueillir le pardon qui nous est offert par le Seigneur lui-même?

Voilà un roi qui règle ses comptes avec ses serviteurs. L’un d’eux lui doit une somme d’argent énorme, qu’il ne peut rembourser. La logique, au regard de la loi, est que cet homme aille en prison avec toute sa famille jusqu’à ce qu’ils aient tout remboursé… mais plusieurs générations n’y suffiraient pas! L’homme implore donc un délai et le roi, pris de pitié, le laisse partir en lui remettant sa dette. Autrement dit: « Tu ne me dois plus rien ».

Ce même serviteur, libéré de sa dette, va trouver son propre débiteur et, pour une somme dérisoire, il n’écoute pas la supplication de ce dernier et il le fait jeter en prison. Cette attitude met le roi en colère qui lui reproche sa dureté de cœur: « Ne devrais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme j’avais eu pitié de toi? »

Nous pouvons le comprendre facilement, le roi de cette parabole: c’est Dieu lui-même et le débiteur c’est chacun de nous, c’est l’humanité.

Dieu lui-même nous a remis une dette inestimable, une dette non remboursable: la dette du péché. Cette dette, il a fait plus que nous la remettre. Il l’a payé pour nous en son fils Jésus. Oui, c’est bien pour nos péchés que Jésus est mort sur la Croix, qu’il a offert sa vie. C’est bien  ce que nous célébrons, ce dont nous faisons mémoire par la célébration du sacrifice Eucharistique. Et ça nous n’aurons jamais fini d’en prendre conscience. Et c’est pour cela qu’à chaque début de messe nous implorons la miséricorde de Dieu. C’est pour cela que nous sommes invités à vivre du sacrement de la réconciliation le plus souvent possible.

Pour comprendre toute la pitié qui jaillit du cœur de Dieu, il faut percevoir le poids de son amour pour nous et de l’importance de notre désir de recevoir cet amour. Notre supplication, si elle est authentique, vraie, provoque la pitié de Dieu.

Le pitié, par définition, est l’émotion qui nous prend aux entrailles, c’est plus fort que nous, cela déborde les calculs mesquins.

Voilà pourquoi Jésus invite Pierre à aller plus loin dans la réponse au pardon à accorder 7 fois… ce qui est déjà beaucoup… mais pas suffisant. Il faut aller jusqu’à 70 fois 7 fois, c’est-à-dire indéffinement!

Mais au fait… pourquoi cet exercice de math un dimanche matin?

Souvenez-vous: dans le livre de la Genèse, Caïn après avoir tué Abel ne doit sa survie qu’à une vengeance 7 fois plus pour celui qui attenterait à sa vie. Et que dire de son arrière arrière petit fils qui se glorifiait de se venger 77 fois. Pour une blessure, il tuait un homme, pour une meurtrissure, il tuait un enfant mais si quelqu’un le tue… Lamech sera vengé 77 fois! (Gn 4,23-24)

Jésus ne nous invite pas à calculer combien de fois il faut pardonner! Comme Dieu nous le fait comprendre tout au long de l’histoire biblique: il nous invite à stopper la spirale de la violence. Dieu, à travers toute l’histoire du Salut nous invite à passer de la vengeance au pardon.

Pour cela, à travers la Bible, nous découvrons d’abord la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » puis la loi et les prophètes nous ouvre le chemin du pardon en annonçant le pardon de Dieu.

Ici, Jésus invite Pierre, et donc ses disciples, à franchir l’étape définitive: le pardon sans limites tel que Jésus le vivra sur la Croix. Le pardon de Dieu ne connaît pas de limite!

Disciples du Christ, nous sommes invités à vivre un pardon sans limite. Pas facile! Et pourtant notre monde à besoin d’un témoignage urgent de la miséricorde, du pardon… Et le triste anniversaire du 11 septembre 2001 vient nous rappeler de façon concrète. La violence répondant à la violence n’est pas la solution à la paix.

C’est par le chemin étroit du pardon que la paix pourra arriver en ce monde. Et chacun de nous en est un acteur! Quand nous prenons le temps de nous mettre devant le Seigneur dans la prière, à l’écoute de sa Parole; quand nous vivons du sacrement de la réconciliation; mais aussi quand dans nos communautés chrétiennes, dans nos familles, dans nos villages, là où nous vivons, nous essayons d’entrer sur le chemin du dialogue et de la réconciliation.

Un dernier point reste à éclaircir dans cet évangile. Le serviteur qui n’a pas pardonné semble perdre le bénéfice du pardon accordé par le roi. Y aurait-il quand même une limite au pardon de Dieu?

Après une longue période de sécheresse, la terre devient dure, imperméable. Inutile d’arroser… l’eau glissera sans pénétrer… même une pluie torrentielle ne peut plus l’abreuver. Il faut d’abord labourer.

Dieu sait combien il nous est difficile de pardonner, de « passer par dessus l’offense » comme nous l’avons entendu dans la première lecture.

Le pardon que nous accordons à ceux qui nous ont offensés est peut être ce premier labour indispensable pour accueillir le pardon de Dieu? Un coeur dur, un coeur sec ne peut pas recevoir l’ondée du pardon divin. Ce n’est pas Dieu qui cesse de pardonner… c’est nous qui sommes devenus imperméables! Et ceci, tout simplement peut être, parce que nous ne sommes pas assez lucides sur tous les pardons dont nous bénéficions… Le serviteur de la parabole, grevé de cette dette monstrueuse et qui s’en trouve libéré tout d’un coup, par pure bonté, aurait dû être tellement envahi de reconnaissance qu’il aurait dû en oublier tout le reste ! Amen.

Homélie pour le 24ème dimanche ordinaire – Année A

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

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