« Au commencement était le Verbe… » (Jn 1,1), l’Évangile proclamé en ce jour béni de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ vient nous remettre face à l’acte créateur de Dieu. Nous sommes invités à contempler ce qui commence, ce qui commande l’histoire humaine, l’origine, le fondement de toutes choses.

Et qui a-t-il à l’origine, au fondement de la création ? Une parole ! « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu… » (Jn 1,1) Depuis le début, à l’origine de toutes choses, il y a une Parole, une parole d’amour, un dialogue ! « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu » (Jn 1,1-3)

Comment être en dialogue si je ne suis pas tourné vers celui à qui je parle ? Comment des amoureux peuvent-ils se dire « Je t’aime » sans se regarder l’un l’autre, sans être tournés l’un vers l’autre ?

L’évangéliste saint Jean vient nous dire, ce matin, que la Création toute entière est le fruit d’un dialogue. Le dialogue d’amour du Père et du Fils. Fruit de la création, nous sommes crées dans ce dialogue d’amour du Père et du Fils, nous sommes crées pour ce dialogue d’amour ! Notre vocation la plus profonde est de vivre un parfait dialogue d’amour avec le Père.

Hélas, nul besoin de faire un long discours, pour découvrir que toute notre histoire, toute l’histoire humaine étale le contraire ! Combien de fois tournons-nous le dos à Dieu, nous méfions-nous de lui ? Le soupçonnons-nous d’être mal intentionné à notre égard ? Combien de nos relations humains sont empoisonnées par ce manque de confiance ? Par le soupçon ? Combien de fois nous faut-il nous retourner vers l’un vers l’autre, faire une conversion pour renouer le dialogue ?

Bonne Nouvelle ! Grande Joie ! N’avez-vous pas vu courir cette nuit les messagers de la Bonne Nouvelle ? N’étaient-ils pas beau ces messagers ? N’avons pas entendu la voix des guetteurs, les bergers, qui dans la nuit, gardant leurs troupeaux ont vu les messagers, l’ange de Dieu leurs dire : « Aujourd’hui, un Sauveur vous est né, un Fils vous est donné » ? N’est-ce pas le cri de ces guetteurs qui nous fait accourir ce matin ?

Bonne nouvelle, grande nouvelle… Dieu n’a pas rompu le dialogue d’amour qu’il ne cesse de vivre avec l’humanité ! Le Père a prononcé sa Parole, le Verbe a été engendré, il s’est incarné. Il s’est fait proche, tout proche : cette Parole, c’est Jésus, « Dieu sauve », l’Emmanuel, « Dieu avec nous » !

Jusqu’alors Dieu a parlé par les prophètes. Avec beaucoup d’amour et de pédagogie, Dieu nous a révélé son plan d’amour pour nous comme des parents disent à leur enfant, progressivement, au fur et à mesure du développement de son intelligence, ce dont il a besoin pour comprendre le monde et la société dans laquelle il vit.

Mais aujourd’hui, Dieu inscrit sa Parole dans nos vies ! Aujourd’hui, Dieu « nous a parlé par ce Fils » (He 1,2), Jésus est la Parole même de Dieu, la Parole créatrice « par qui Dieu a créé les mondes » (He 1,2), « reflet resplendissant de la gloire du Père » (He 1,3)

Dans l’enfant de Bethléem, dans l’enfant de la Crèche, le Père nous invite à nous approcher avec confiance pour entendre, accueillir, vivre cet Amour qu’il clame à notre humanité. Amour que nous verrons se déployer totalement par la vie et les œuvres du Christ Jésus jusque dans sa Passion et sa Résurrection.

Pourquoi courrons-nous jusqu’à la crèche aujourd’hui ? Pour voir simplement un enfant, un nouveau-né couché dans une mangeoire ? Ou est-ce vraiment pour contempler ce mystère insondable, inimaginable , bouleversant : dans l’Enfant de la crèche, je découvre que je suis aimé gratuitement de Dieu ! Oui, dans ce Mystère de Noël, la bonté infinie de Dieu se manifeste ainsi à chacun d’entre nous. En Jésus, le Père me rend fils dans le Fils Unique. En Jésus, le Père vient tisser un profond dialogue d’amour avec moi. Alors, vais-je rester simplement à la porte de la crèche pour m’émerveiller de cette belle scène ? Ou vais-je oser entrer dans cette crèche pour accueillir cet Amour qui me tend les bras ?

Alors courrons ! Courrons à la crèche ! Courrons vivre de cet Amour ! Courrons nous abreuver de cet Amour… lui seul peut combler notre désir le plus profond d’être aimé ! « Personne n’est tenu à l’écart de cette allégresse, car le même motif de joie est commun à tous. Notre Seigneur, chargé de détruire le péché et la mort, n’ayant trouvé personne qui en fût affranchi, est venu en affranchir tous les hommes. Que le saint exulte, car il est proche du triomphe. Que le pécheur se réjouisse, car il est invité au pardon. Que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie. » (Saint Léon le Grand, sermon pour Noël)

Courrons ! Soyons les messagers de cette Bonne Nouvelle ! Crions de joie comme les guetteurs ! Chantons au Seigneur un chant nouveau, il a fait des merveilles ! Soyons dans la joie et l’allégresse : « Aujourd’hui, un sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur ! ». « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime ! ». Amen.

Homélie pour le jour de Noël
Isaïe 52, 7-10; Psaume 97; Hébreux 1,1-6; Jean 1,1-18

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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