Ce mardi 19 décembre, avec l’établissement Notre Dame de Rue, nous avons célébré le bicentenaire de l’arrivée des soeurs de la Sainte Famille dans la Somme. Voici la conférence que j’ai donné sur « Vivre sa foi en famille. »

Jeanne-Claude JACOULET, en fondant la congrégation de la Sainte Famille voulait « coûte que coûte offrir aux générations futures la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille. »

Dans un monde sécularisé où il est difficile d’affirmer la foi chrétienne, ce désir de Mère JACOULET reste d’actualité : « offrir la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille. » Deux cent après, l’Ecole Catholique garde cette même mission, à travers l’enseignement et tout ce qui se vit au sein de l’établissement, d’offrir « la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille ». Cependant, une bonne éducation ne peut se faire sans le concours de celles et ceux qui ont reçu, en premier, cette mission : les parents !

La famille, premier lieu pour accueillir « la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille ».

Le premier lieu où s’accueille « la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille » est au cœur même de la famille. « En donnant la vie, les parents prennent part à l’œuvre créatrice de Dieu, par l’éducation ils prennent part à sa pédagogie à la fois paternelle et maternelle. » (St Jean-Paul II, Lettre aux familles, 2 février 1994) Donc « les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants et ils ont aussi une compétence fondamentale dans ce domaine : ils sont éducateurs parce que parents. » (Ibid.)

Pour des parents qui ont choisi de donner une éducation chrétienne à leurs enfants, ils leurs incombent donc d’être les premiers éducateurs de la foi. Ils sont appelés à être les premiers témoins de « la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille ». La famille chrétienne est la première cellule d’Église. C’est ce que nous découvrons dans les Actes des Apôtres et tel que le décrit le Catéchisme de l’Église Catholique : « Dès ses origines, le noyau de l’Église était souvent constitué par ceux qui,  » avec toute leur maison « , étaient devenus croyants (cf. Ac 18, 8). Lorsqu’ils se convertissaient, ils désiraient aussi que  » toute leur maison  » soit sauvée (cf. Ac 16, 31 et 11, 14). Ces familles devenues croyantes étaient des îlots de vie chrétienne dans un monde incroyant. » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1655)

« De nos jours, dans un monde souvent étranger et même hostile à la foi, les familles croyantes sont de première importance, comme foyers de foi vivante et rayonnante. (…) C’est au sein de la famille que les parents sont  » par la parole et par l’exemple … pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée  » » (Ibid. n°1656)

Comment être les témoins de « la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille » ?

Vous êtes peut-être étonnés qu’en parlant de la foi, je vous parle, à la suite de Mère JACOULET, de « la joie de connaître Jésus et sa Sainte Famille ». Je crois, avant de savoir comment être les témoins de cette joie, qu’il est bon de se rappeler ce que c’est qu’être chrétien.

Souvent, quand nous parlons de la vie chrétienne, nous parlons de « valeurs ». Il faut transmettre des valeurs. C’est vrai mais ce n’est pas juste ! Être chrétien ce n’est pas transmettre des valeurs. Je connais des non chrétiens qui vivent bien mieux les « valeurs » de l’Évangile que des chrétiens.

Etre chrétien ce n’est donc pas, d’abord, vivre des valeurs. Enlevons-nous ça de la tête ! Être chrétien, c’est découvrir que Dieu est Amour. Et pour nous manifester son Amour, Il s’est incarné, Il s’est fait l’un de nous. C’est ce que nous allons célébrer dans quelques jours par la fête de Noël. Le chrétien est donc celui qui fait l’expérience de l’amour de Dieu et qui cherche à s’y conformer.

Comment ? Ecoutons celle qui est une Mère pour nous : l’Église. Revenons au rôle d’éducation qui incombe aux parents et à la famille. Nous avons dit, il y a quelques instants, que les parents sont, pour leurs enfants, les premiers hérauts de la foi, c’est-à-dire les premiers témoins de la foi.

En étant ces premiers témoins de la foi, « s’exerce de façon privilégiée le sacerdoce baptismal du père de famille, de la mère, des enfants, de tous les membres de la famille, par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâce, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective. Le foyer est ainsi la première école de vie chrétienne et une école d’enrichissement humain. C’est ici que l’on apprend l’endurance et la joie du travail, l’amour fraternel, le pardon généreux, même réitéré, et surtout le culte divin par la prière et l’offrande de sa vie. » (Ibid. n°1657)

Vivre la foi en famille

Ce numéro du Catéchisme de l’Église Catholique que je viens de vous citer ne doit pas nous décourager ! Regardons concrètement comment le vivre

  • Prier :

Ecoutons les conseils du pape François. Pour expliquer la prière en famille, il part de la parabole du pharisien et du publicain (Luc 18,9-14). Il invite la famille à avoir une prière toute simple comme celle du publicain.

Comment prier en famille ? On fait comme le publicain nous dit le pape François. « On fait comme le publicain, c’est clair : humblement, devant Dieu. Que chacun, avec humilité, se laisse regarder par le Seigneur et demande sa bonté, pour qu’elle vienne à nous. Mais, en famille, comment on fait ? Parce que la prière semble être une affaire personnelle, et puis il n’y a jamais un moment favorable, tranquille, en famille… Oui, c’est vrai, mais c’est aussi une question d’humilité, de reconnaître que nous avons besoin de Dieu, comme le publicain ! Et toutes les familles ! Nous avons besoin de Dieu : tous, tous ! Nous avons besoin de son aide, de sa force, de sa bénédiction, de sa miséricorde, de son pardon. Et il faut de la simplicité : prier en famille, il faut de la simplicité ! Prier ensemble le « Notre Père », autour de la table, n’est pas quelque chose d’extraordinaire : c’est facile. Et prier le Rosaire ensemble, en famille, c’est très beau, ça donne beaucoup de force ! Et aussi prier les uns pour les autres : l’époux pour l’épouse, l’épouse pour l’époux, tous les deux pour les enfants, les enfants pour les parents, pour les grands-parents… » (Pape François, Homélie du 27 octobre 2013)

La prière peut-être aussi par l’utilisation de trois mots simples. Trois mots que nous sommes invités à utiliser fréquemment dans la vie de famille pour la fortifier, l’encourager : s’il te plait, pardon, merci ! La prière est faite de ces trois même mots.

Dans la prière, je m’adresse à Dieu lui-même. Je n’ai pas peur de lui dire : « Père ou Jésus, ou Esprit-Saint, s’il te plait… merci… pardon… »

  • Garder la foi :

Ecoutons encore le pape François : « de quelle façon nous, en famille, nous gardons notre foi ? La retenons-nous pour nous, dans notre famille, comme un bien privé, comme un compte en banque, ou savons-nous la partager par le témoignage, l’accueil, et l’ouverture aux autres ? Tous nous savons que les familles, en particulier celles qui sont jeunes, sont souvent « pressées », très affairées ; mais parfois pensez-vous que cette « course » peut aussi être la course de la foi ? Les familles chrétiennes sont des familles missionnaires. (…) Garder la foi en famille et mettre le sel et le levain de la foi dans les choses de tous les jours. » (Ibid.)

  • Vivre la joie :

Là encore, écoutons le pape François : « Chères familles, vous le savez bien : la vraie joie que l’on goûte en famille n’est pas quelque chose de superficiel, elle ne vient pas des choses, des circonstances favorables… La vraie joie vient d’une harmonie profonde entre les personnes, que tout le monde ressent en son cœur, et qui nous fait sentir la beauté d’être ensemble, de nous soutenir mutuellement sur le chemin de la vie. Mais à la base de ce sentiment de joie profonde, il y a la présence de Dieu, la présence de Dieu dans la famille, il y a son amour accueillant, miséricordieux, respectueux envers tout le monde. Et surtout, un amour patient : la patience est une vertu de Dieu et elle nous enseigne, en famille, à avoir cet amour patient, l’un envers l’autre. Avoir de la patience entre nous. Amour patient. Seul Dieu sait créer l’harmonie des différences. S’il manque l’amour de Dieu, la famille aussi perd son harmonie, les individualismes prévalent, et la joie s’éteint. En revanche, la famille qui vit la joie de la foi la communique spontanément, elle est sel de la terre et lumière du monde, elle est levain pour toute la société. » (Ibid.)

  • Une place pour Dieu :

Afin de nous aider à vivre cette réalité en famille, j’aimerai vous demander : à la maison, y-a-t-il quelque chose qui nous rappelle la présence de Dieu ? Un coin prière, une croix, une icône, une bible… Afin de vivre la foi en famille, cela est peut-être une des premières choses à faire : créer un lieu qui nous rappelle que Dieu est présent. En se faisant homme, il a choisi d’habiter notre humanité mais il a aussi choisi d’habiter notre maison, notre famille. A la maison, il y a une place pour chacun et peut-être même pour un animal mais y-a-t-il une place pour Dieu ?

En lui faisant une place, c’est là que nous pourrons nous retrouver en famille pour la prière et l’action de grâce. C’est là aussi que les enfants apprendront à venir auprès de Jésus pour le prier ou même aura l’idée de faire leur coin à eux dans leur espace personnel.

  • La réception des sacrements.

Il n’y a pas de mystère : sans la grâce de Dieu, cela est difficile. Les sacrements sont des dons de Dieu pour nous. Apprenons en premier à recevoir ses dons. Le premier est celui du baptême. Il m’a donné la vie d’enfant de Dieu. Il me fait disciple de Jésus. Qu’ai-je fait de ce don ? Est-ce que je prends le temps de le nourrir ? Comment ? Par ma propre formation chrétienne, ma propre catéchèse. Est-ce que je prends le temps de le nourrir par la célébration de l’Eucharistie, la messe ? L’ai-je fortifié par le sacrement de la confirmation qui me donne en plénitude l’Esprit Saint pour être témoin du Christ auprès de mes enfants ?

Je vous invite à réfléchir à ses trois sacrements. Ils sont la base pour, ensemble vivre la foi en famille. J’ai bien conscience que cela demande un petit effort et que ce n’est pas toujours facile quand on travaille, qu’on s’occupe de la famille et que l’on a de multiples activités mais, même si on ne s’en rend pas compte, c’est un très bon fortifiant et stimulant !

La grande richesse des sacrements est qu’ils me mettent en relation avec toute l’Église, avec l’ensemble des chrétiens. Il est plus difficile de vivre la foi seule. La famille chrétienne est parfois poil à gratter mais elle a le mérite de me faire grandir, de me fortifier, de m’encourager et de m’aider à être témoin auprès des autres.

La Sainte Famille

Pour terminer, je voudrais vous inviter à regarder la Sainte Famille : Jésus, Marie et Joseph ! La vie de la Sainte Famille est une vie simple mais qui n’est pas exempte d’épreuves : naissance de Jésus dans la pauvreté la plus absolue, fuite en Egypte pour échapper à la persécution… et une vie toute simple à Nazareth.

« C’est un exemple qui fait tellement de bien à nos familles, les aide à devenir toujours plus une communauté d’amour et de réconciliation, où l’on fait l’expérience de la tendresse, de l’aide mutuelle, du pardon réciproque.

Rappelons les trois mots-clefs pour vivre dans la paix et dans la joie en famille : s’il te plaît, merci, excuse-moi. Quand, dans une famille, on n’est pas intrusif et que l’on demande « s’il te plaît », quand, dans une famille, on n’est pas égoïste et que l’on apprend à dire « merci », et quand, dans une famille, quelqu’un s’aperçoit qu’il a fait quelque chose de mal et sait demander « excuse-moi », dans cette famille il y a la paix et la joie. Souvenons-nous de ces trois mots. » (Pape François, Angélus du 29 décembre 2013)

Je suis prêtre de l’Église Catholique, au service de l’Église qui est dans la Somme, membre de l’Institut Notre Dame de Vie. Actuellement, ma mission principale est d’être vicaire épiscopal, curé des quatre paroisses du Ponthieu-Marquenterre (St Esprit en Marquenterre, St Gilles d’Autre-Maye, St Honoré du Nouvionnais, St Riquier du Haut-Clocher), délégué épiscopal à l’accompagnement des séminaristes.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.