« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » (Jean 14,15)Combien de fois, quand on nous parle de la foi chrétienne, elle est présentée comme une morale à vivre ! Et si nous la voyons comme cela, c’est effectivement insupportable ! Si nous avons bien prêté attention à l’évangile de ce jour, Jésus vient nous dire autre chose sur la vie de ses disciples. Il place l’amour avant tout !

« Si vous m’aimez… » (Jean 14,15) Le disciple de Jésus, le chrétien est un amoureux ! Le baptisé est invité à entretenir une relation amoureuse avec le Christ ! Pourquoi ? Parce qu’il découvre que cet amour de Dieu le précède, il est aimé de Dieu tel qu’il est : avec ses forces et ses faiblesses, avec ses certitudes et ses blessures… et cet amour qui nous précède, nous permet d’aimer en retour. Et parce que j’aime le Christ, je désire me conformer à son amour, je désire mettre en œuvre sa Parole, ses commandements parce qu’il veut mon bonheur ! Les commandements de Dieu ne sont pas un fardeau à porter, ils sont le chemin du bonheur, le chemin de la joie même s’ils sont exigeants… mais l’amour ne fait-il pas faire des « folies » ?

Cet amour de Dieu, nous l’expérimentons dans l’Eucharistie. Au cours de la messe, nous célébrons ce geste fou du Christ qui donne sa vie par amour pour nous. Cette vie, il nous la donne en mourant sur la croix pour que nous ayons la vie. Il nous la donne aussi dans le pain et le vin, qui, par les paroles de la consécration (qui sont les paroles mêmes de Jésus au soir de son dernier repas avec les disciples), deviennent son corps et son sang. Qu’y a-t-il de plus fort, dans l’amour, que de donner son corps et sa vie à celui que l’on aime ? Rien !

En recevant Jésus pour la première fois dans l’Eucharistie par le geste de la communion, vous dites au Seigneur que vous accueillez concrètement son amour, sa vie en votre vie et qu’en retour vous l’aimez et que vous vous donnez à lui. C’est tout le sens de l’amen que l’on prononce quand, à la communion, on me présente le Corps du Christ. Ne soyons pas timide pour le dire ! Disons-le avec force et conviction !

Cette relation amoureuse n’est pas qu’une relation intime, personnelle. Elle est pour le bien du monde entier ! L’amour du Christ que nous recevons et l’amour que nous lui donnons rejaillit dans notre monde. C’est un acte politique fort, au sens où il concerne toute la cité ! Sa première manifestation visible est celle de l’Eucharistie, la messe. Celle-ci alimente et fortifie toutes les autres manifestations de l’amour que nous vivons au quotidien.

Fort de cet amour vécu, fort de cette relation amoureuse avec le Christ, nous pouvons être appelé à témoigner de notre foi, de notre amour pour Dieu. N’ayons pas peur de le faire… il n’est pas rare de voir des amoureux se promener, dans la rue, main dans la main, tendrement enlacés. Ils n’ont pas peur de témoigner de leur amour… et nous, nous aurions peur de témoigner de cet amour qui nous fait vivre : l’amour du Christ Jésus ? Alors écoutons l’encouragement de Saint Pierre : « Soyez prêt à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. » (1 Pierre 3,15-16) Rendre compte de l’espérance, c’est témoigner de ce moteur de l’amour du Christ qui nous fait vivre, qui nous fait avancer quels que soient les évènements de notre vie. La joie est de pouvoir être aimé et d’aimer, dans l’épreuve et la souffrance, il est important d’être aimé et de pouvoir aimer.

Rendre compte de l’espérance qui est en nous, c’est aussi apprendre à dire l’œuvre de Dieu dans notre vie, à dire comme je découvre l’amour de Dieu, sa présence en ma vie, dans le monde qui m’entoure… Celles et ceux qui ont vu la foi de Philippe en œuvre, ce que son amour du Christ était capable d’accomplir autour de lui, en ont témoigné autour d’eux et l’ambiance de toute la ville en a été transformée : « Et il y a eu dans cette ville une grande joie. » (Actes 8,8) Pourquoi cela serait-il différent au vingt-et-unième siècle ?

 Par votre communion, vous dites quelque chose de l’amour de Dieu pour vous. Cela est source de joie pour vous, pour vos familles qui vous entourent et pour toute la paroisse. Cette joie dépasse le cercle de proches que vous pouvez imaginer… Alors que dire, si tous les baptisés redécouvraient l’amour de Dieu reçu au baptême et se mettaient à en vivre véritablement, à le célébrer comme il se doit. La joie jaillirait au cœur du monde… et il en a tant besoin ! Alors soyons des amoureux audacieux du Christ et sachant en témoigner autour de nous. Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

0 réponse pour “Pâques 6 – Année A”

  • Bonjour Père Yves,
    J’apprécie beaucoup cette homélie qui nous invite à vivre une relation exceptionnelle basée sur l’Amour et la Confiance en ce Dieu, si proche de nous et qui peut paraître si lointain à tous ceux qui n’osent pas entrer dans l’intimité de son Cœur !! Je leur recommande donc de lire et relire ce très beau texte !!!!

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