La semaine passée, nous entendions Jésus proclamer les béatitudes. Oui, « Heureux… » entendions-nous par huit fois. Jésus nous présentait ainsi le chemin du Royaume de Dieu, un chemin difficile, rempli de contradictions qui transforme en espérance et en joie la faiblesse et la peine.

Tout de suite après cette charte de vie chrétienne, Jésus s’adresse à ses disciples en leur disant : « Vous êtes le sel de la terre. » « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13.14). Jésus nous donne simplement notre mission au cœur du monde dans lequel nous vivons : être sel et lumière. Il nous faut alors discerner : afin de vivre cette mission confiée par le Christ lui-même qu’est-ce qu’être sel et lumière ?

La fonction du sel est double : il est utilisé pour conserver et maintenir saine la nourriture mais il sert également pour relever le goût et la saveur des aliments. Qu’un cuisinier oublie de saler son plat et ce dernier se trouve fade, sans goût ! Et bien, figurez-vous que Dieu, en bon cuisinier, à donner du goût à la vie ! Il a mis la bonne dose de sel afin que celle-ci soit pleine de saveur ! Où est-il ce sel, allez-vous peut être dire ? Essayez donc de trouver le sel que vous avez mis dans vos aliments ! Difficile et pourtant, il est là !

Oui, nous sommes envoyé au cœur même de la vie, sur cette terre, pour donner du goût à la vie ! (Certains diraient des couleurs à la vie !) Au jour de notre baptême, le Père a déposer au fond de nos cœurs ce qu’il faut pour être sel de la terre : les vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité. Ce sont ces trois vertus qu’il nous faut conserver intactes comme le sel conserve les aliments. Ce qui nous vient de Dieu nous permet de devenir toujours plus homme et donc toujours plus à la ressemblance de Dieu.

La foi est cette relation à Dieu que je reçois par sa Parole. C’est reconnaître que le fondement même de ma vie est Dieu lui-même que je découvre dans une relation intime et vivante avec le Christ. L’espérance a pour objet la béatitude éternelle, la participation à la gloire de Dieu. L’espérance dispose le chrétien à mettre sa confiance dans la parole du Christ. Elle prend appui non sur mes propres forces mais sur le secours de la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, l’espérance nous invite à résister au mal et à l’épreuve et à garder confiance en l’avenir. La charité prend corps dans l’amour de Dieu et du prochain, se nourrissant de la foi et de l’espérance.

« Vous êtes le sel de la terre » si vous conservez précieusement ce don de Dieu, si vous veillez à l’entretenir, à en vivre profondément, en vérité, vous laissant transformer par la Parole de Dieu qui ne cesse de nous créer. En vivant authentiquement le message chrétien, nous donnerons de la saveur, du goût, nous humaniserons un monde de plus en plus matérialiste, société de consommation où vivent de plus en plus de blasés, de déprimés et de paumés, un monde où il n’y a plus le goût de vivre. A nous, disciples du Christ, de rendre compte de l’espérance qui est en nous et de cette saveur qu’elle donne à nos vies.

En disant à ses disciples : Vous êtes la lumière du monde », Jésus les invite à agir au grand jour, à être par leurs paroles et leurs actions ceux qui vont éclairer le monde. Toute notre vie doit être le reflet de la flamme de l’Esprit Saint qui brille en nous. Ainsi, nos actes et nos paroles doivent être le reflet de cette flamme qui brille en nous et permettre au monde dans lequel nous vivons de se repérer et d’avancer à la rencontre de Dieu.

Le prophète Isaïe décrit, dans la première lecture (Is 58,7-10), celui qui prend soin du pauvre comme un homme dont la lumière se lève comme l’aurore, et qui construit des relations de paix et de charité ; un homme dont la lumière brille dans les ténèbres. L’homme juste est une lumière qui éclaire le monde. Le témoignage de la foi ne passe pas seulement à travers les paroles. Il passe aussi à travers les œuvres de paix et de justice, à travers notre amour les uns pour les autres.

« Vous êtes la lumière du monde », c’est bien la mission que nous avons reçu au jour de notre baptême, en recevant la flamme venant du cierge pascal, présence du Christ ressuscité qui éclaire le monde. Le chrétien, sans se cacher ni devenir paresseux, doit s’exposer à la lumière de Dieu, en particulier aux rayons bienfaisants de l’Eucharistie, pour s’en nourrir. Cette lumière reçue, nous ne devons pas la capturer ou l’emprisonner sous notre boisseau personnel, mais nous devons la rayonner sur tous ceux qui nous entourent.

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Le Christ s’adresse à chacun des disciples, mais par le « vous », il s’adresse également à la communauté des disciples. C’est en Église que nous sommes sel de la terre et lumière du monde mais ceci ne pourra être que dans la mesure où chacun de nous est lui-même sel de la terre et lumière du monde, dans la mesure où chacun de nous s’approchera sans cesse de la lumière qu’est l’amour de Dieu et qu’il se laissera consumer par cet amour. Amen.

Homélie pour le 5ème dimanche ordinaire – Année A
Isaïe 58, 7-10; Psaume 110(111); 1 Corinthiens 2, 1-5; Matthieu 5,13-16
Homélie pour la journée de secteur des Équipes Notre Dame

0 réponse pour “Passez-moi le sel !”

  • Mais pour quoi toujours faire référence à un « Dieu » pour exprimer l’amour,et la capacité de l’homme à répandre le sel de la bonté,toujours dire que Dieu en est l’origine,je respecte ces idées même si je n’y adhère pas du tout.Répandons le sel autour de nous,certains n’ont pas besoin de croire en un DIEU pour cela.Les religions ont toujours abimés la vie des hommes,et fondées un pouvoir.Croyons en l’homme dans sa bonté,supportons le dans ses exactions,permettons lui d’être bon et généreux, pour moi un « Dieu » n’a rien à voir la dedans….
    Cordialement
    Matthieu

  • petite remarque sans prétention : « toujours » est un mot dangereux. La vie des hommes est souvent abimée, celle des sociétés aussi. Je crois qu’au triste XXème siècle, la vie des hommes a été beaucoup abimée, et que ce n’était que rarement la religion qui en était l’auteur. La politique aussi peut abimer, et ce n’est pas une raison pour ne pas en faire.
    Et puis je crois par expérience de l’amour que l’amour est plus qu’ une simple capacité de l’homme. Il prend sa source à l’extérieur de l’homme, avant l’homme. Un couple qui s’aime, ce n’est pas deux individus qui s’aiment, c’est aussi quelque chose qui les dépasse. Beaucoup en témoignent. L’amour a une existence qui dépasse l’homme, et mérite un nom spécial. St Jean nous dit que Dieu est amour, et Sainte Thérèse dit la même chose, et mère Teresa aussi. Elles ne disent pas qu’elles sont « meilleures » que les autres, mais qu’elles se confient à l’amour de Dieu qui agit en elles.

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