En lien avec le pèlerinage des pères, nous avons lancé des soirées alliant louange, enseignement et convivialité… voici l’enseignement de cette première soirée.

Aujourd’hui, nous entamons un nouveau style de rencontre. Celle-ci allie convivialité, louange, enseignement… J’ai donc la lourde tâche d’ouvrir ce premier temps d’enseignement… en espérant qu’il vous mette en appétit pour la suite ! Mais de quoi vais-je pouvoir parler ? Qu’est-ce qui va vous intéresser ? vous motiver ? Ne connaissant pas vos attentes, je fais donc un grand plongeon dans l’inconnu… Vous n’hésiterez donc pas, pour les fois suivantes, à me faire parvenir vos questions, vos attentes…

En attendant, je vais me lancer avec une question en lien avec l’œnologie et la Parole de Dieu. Nous traverserons aussi une question rejoignant la doctrine sociale de l’Église. Je voudrais vous parler de la première cuite biblique ! Non pas parce que nous repartirons dans cet état à la fin de la soirée car les fruits de la vigne sont à consommer avec modération et qu’il nous faudra, pour beaucoup, reprendre le volant ensuite ! Mais parce que ce petit récit biblique est riche d’enseignement sur notre manière d’agir à l’égard des autres.

Pour l’instant, écoutons donc le récit de la première cuite biblique :

« Les fils de Noé qui sortirent de l’arche sont Sem, Cham et Japhet. Cham est le père de Canaan. Tels sont les trois fils de Noé, et à partir d’eux toute la terre fut repeuplée.

Noé, homme de la terre, fut le premier à planter la vigne. Il en but le vin, s’enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. Cham, le père de Canaan, vit que son père était nu et il en informa ses deux frères qui étaient dehors.

Sem et Japhet prirent le manteau, le placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils en couvrirent leur père qui était nu. Comme leurs visages étaient détournés, ils ne virent pas la nudité de leur père.

Noé, ayant cuvé son vin, se réveilla et apprit ce qu’avait fait son plus jeune fils. Il dit : « Maudit soit Canaan ! Il sera pour ses frères l’esclave des esclaves. » Et il ajouta : « Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem ! Que Canaan soit son esclave ! Que Dieu mette Japhet au large ! Qu’il demeure dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave. » Après le déluge, Noé vécut encore trois cent cinquante ans. En tout, il vécut neuf cent cinquante ans, puis il mourut. » (Genèse 9,18-29, Traduction Officielle de la Liturgie)

Qui est Noé ?

Nous avons tous entendu parler de Noé. Il est le héros de l’épisode biblique du déluge. Dans un monde en perdition, il a été trouvé juste aux yeux de Dieu. Sa justice lui vaut d’échapper à la ruine d’un monde déchu et de réconcilier la terre et ses habitants avec Dieu. A l’issue déluge, quand les eaux se sont retirées de la surface de la terre, Noé est le bénéficiaire d’une alliance que Dieu passe avec lui. Dieu s’engage à ne plus maudire la terre et il bénit Noé et ses fils.

Après cela, Noé devient un honnête homme de la terre. Il devient même vigneron :

« Noé, homme de la terre, fut le premier à planter une vigne. Il en but le vin, s’enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. » (Genèse 9,21)

Au temps de Noé, le procédé de vinification n’était pas encore aussi élaboré qu’aujourd’hui et le vin certainement moins fin que celui qui peut être consommé de nos jours… mais cet épisode biblique n’est pas là uniquement pour nous relate un fait divers. Une leçon se cache derrière.

L’épisode de ce jour nous délivre un enseignement précieux : malgré la bienveillance divine, l’homme peut encore déchoir, tel un Noé ivre, père d’un Cham aux mauvaises mœurs.

La nudité et le vêtement

La clef de ce passage biblique n’est pas dans le fait que Noé prenne une cuite. Le nœud est dans le fait que Noé se retrouve nu ! Pourquoi ? Cette nudité est le signe que Noé a perdu sa dignité.

Si vous le voulez bien, retournons au début du livre de la Genèse et au récit de la chute d’Adam et Ève. Ceux-ci, après avoir mangé le fruit défendu, découvrent qu’ils sont nus.(Cf. Genèse 3,7) Avant cet acte de désobéissance, ils vivaient en harmonie avec Dieu par une grâce qui les revêtait comme un vêtement. Leur désobéissance leur fait perdre cette grâce et ils se retrouvent nus. Ils ont perdu ce qui faisait leur dignité : leur ressemblance avec Dieu. Ils perdent le sens de leur appartenance à Dieu. Sans cette grâce, ils sont nus et en éprouve de la honte.

Que fait Dieu alors ? Il les revêt lui-même d’une tunique de peau(Cf. Genèse 3,21). Ce vêtement ne supprime pas le dénuement d’Adam et Ève. Il est le signe qu’ils demeurent appelés à cette dignité qu’ils ont manquée. Le vêtement devient le signe d’une dignité de l’homme déchu et la possibilité de revêtir une gloire perdue.

Ce vêtement que Dieu donne à Adam et Ève a aussi un signe de protection. Il protège bien sur le corps des intempéries. Il protège également contre les regards qui pourraient réduire la personne à un objet de convoitise sexuelle qui la réduirait à rien. C’est ainsi qu’apparait l’interdit de voir la nudité de ses parents, de ses enfants, de ses frères et sœurs…(Cf. Lévitique 18)

Le vêtement devient un signe de la miséricorde divine. La vie privée de chacun est protégée par le vêtement. Le vêtement empêche que l’on porte un regard de convoitise sur moi. Il me donne une dignité que je perds quand je suis nu.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sens du vêtement, mais nous n’avons pas besoin d’en dire plus pour comprendre maintenant l’attitude des fils de Noé.

Les fils de Noé

Cham, le maudit, père de Canaan

Nous pouvons être étonné de la malédiction que prononce Noé sur son petit-fils Canaan(Cf. Genèse 9,24). Qu’a donc fait Cham pour que sa descendance mérite de porter une telle condamnation ? Il a vu la nudité de son père et il en a informé ses frères qui étaient dehors(Cf. Genèse 9,22). En fait, il a dévoilé la vie privée de son père. Il a rendu public le fait que son père avait perdu sa dignité. En regardant la nudité de son père, Cham a aussi marqué sa convoitise sexuelle vis-à-vis de celui-ci. Il a contribué à la déchéance de son père ! Son acte aura des répercussions sur sa descendance. Celle-ci sera à son tour marquée par son péché.

Sem et Japhet

Sem et Japhet, dès qu’ils apprennent la situation de leur père, font tout pour lui rendre sa dignité. Ils vont prendre le manteau de leur père pour couvrir sa nudité… et ceci sans regarder cette dernière(Cf. Genèse 9,23). Ils ne portent aucun regard de convoitise ou de jugement sur leur père. Ils cherchent simplement à lui rendre sa dignité. Sem et Japhet agissent avec justice vis-à-vis de leur père. C’est la charité qui prime.

La justice

Ce petit épisode biblique me permet d’aborder aussi la question posée par l’un d’entre vous : être juste au travail et devant Dieu ? Pour cela, nous allons nous arrêter sur les termes être juste… afin que chacun puisse répondre ensuite en fonction de sa situation.

Essayons de définir ce que veut dire « être juste ».

A l’origine, la justice est une notion essentiellement religieuse. Elle désigne une relation originale entre Dieu et son peuple. Cette relation se manifeste dans un double mouvement : Dieu donne gracieusement son salut à l’homme et l’homme devient juste en adoptant une conduite conforme à la volonté de Dieu. Peu à peu, la justice va prendre une connotation plus morale : elle va signifier la rectitude de la vie tant intérieure qu’extérieure de celui qui observe la loi de Dieu. Elle s’enrichira, au fil des siècles, pour désigner le souci de donner au prochain ce dont il a besoin.

La théologie chrétienne va donner au terme de justice une dimension religieuse et morale. Avant d’être juste envers les autres, il faut être juste devant Dieu. C’est-à-dire qu’il me faut accueillir la grâce de Dieu avant de pouvoir la transmettre aux autres. Il y a ainsi deux aspects importants : le respect de l’altérité et l’amour du prochain.

Le respect de l’altérité m’impose d’accueillir l’autre dans sa différence et de ne pas porter atteinte à ses droits. Je n’ai pas à faire l’autre à mon image, ni à le conformer à mes désirs ou mes besoins. L’amour du prochain nous rend proche de lui et me fait chercher à lui apporter tout ce dont il est en droit d’attendre de nous. La justice est un préalable à la charité. Elle concerne différents champs de la vie. La justice a une dimension sociale, économique, culturelle et politique.

Cette question de la justice nous renvoi également aux questions de la miséricorde et de la vérité. Nous ne pouvons être juste sans un amour authentique de la personne et sans être dans la vérité. Il faut donc acquérir cette capacité à aimer en vérité. Cela exige dialogue, confiance, patience mais aussi pédagogie. Il s’agit avant tout de marcher avec l’autre, de lui permettre de grandir dans ce qu’il fait. Cela exige aussi de savoir se remettre soi-même en question ou de se laisser remettre en question.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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