Point_interrogation«Que devons-nous faire?» (Luc 3,10) A la suite de celles et ceux qui sont venus se faire baptiser par Jean, c’est bien la question que je me pose en ce dimanche. Depuis le début de la messe, nous n’entendons parler que de «joie» et j’avoue: j’aimerai savoir ce que je dois faire pour être toujours dans la joie comme nous y a invité saint Paul.

L’actualité morose et même déprimante, la maladie, le chômage, la crise économique et la perte des valeurs morales… l’avenir qui semble incertain et les questions que je me pose sur la vie, ne m’aident pas à accueillir cette joie qu’exalte la liturgie de ce dimanche.

«Que devons-nous faire» pour être habiter par la joie? Nous pouvons suivre les conseils de saint Paul dans sa lettre aux Philippiens: «Ne soyez inquiets de rien.» (Ph 4,6). Sur quelle planète vivait-il ce saint Paul? N’être inquiet de rien quand je vois que l’on met à mal tous les repères de la société; quand il me faut non pas réussir à l’école mais être le meilleur; quand je ne sais pas comment je vais boucler les fins de mois et que j’ai une famille à charge; quand la maladie vient me toucher ou toucher un être proche; quand je vois la violence qui s’installe jusque chez nous… Alors comment n’être inquiet de rien? Comment être serein?

Continuons à écouter saint Paul: «en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et supplier pour faire connaitre à Dieu vos demandes.» (Ph 4,6) C’est un peu la réponse tarte à la crème que peut donner un curé! Prie! C’est bien beau, mais cette prière ne semble pas me sortir de la moïse! Il semble même un peu sourd parfois là-haut! Et pourtant, ce conseil de l’Apôtre, nous pouvons l’écouter car il le donne à une communauté qui a connu la souffrance et la persécution. Quand saint Paul donne ce conseil tout n’est pas rose pour ceux à qui il s’adresse.

Écoutons bien le conseil de Paul sur la prière. En effet, si celle-ci est une demande et une supplication, elle est aussi une action de grâce: «Dans l’action de grâce priez et suppliez.»  La prière est obligatoirement ce double mouvement de bénédiction et de demande, de louange et d’intercession. C’est ce que nous faisons sans cesse au coeur même de la messe.

Retenons donc que ma prière et la prière de l’Église doit être à la fois prière de bénédiction et prière de demande. Demander à Dieu de nous bénir, de bénir les autres, c’est lui demander sa bonté, sa proximité et sa miséricorde. (Cf. Youcat, n°484). La prière m’ouvre à Dieu et aux autres, elle élargit l’espace de ma tente, l’espace de mon coeur. Cette prière, souvent renouvelée, me permet de découvrir, que quoi qu’il arrive, Dieu est proche… Et là sera ma joie!

«Que devons-nous faire» pour «être dans la joie du Seigneur»? Prier comme nous le dit saint Paul mais aussi donner et se donner comme le dit Jean le Baptiste à ses auditeurs. Et cette réponse de Jean le Baptiste est belle car il n’invite nullement ses interlocuteurs à changer de métiers, d’activités. C’est dans leur quotidien qu’ils doivent trouver la justesse de leur rapport à Dieu. C’est dans l’accomplissement de mon devoir d’état qu’il me faut apprendre à me tourner vers Dieu. C’est dans toutes les petites actions du quotidien que je dois à m’accorder l’amour du Seigneur pour moi en lui offrant ma vie.

La joie à laquelle nous sommes invités n’est donc pas une euphorie passagère, un palliatif stérile qui nous fait oublier les réalités dramatiques de la vie. La joie est d’ouvrir notre coeur, notre vie à la présence du Sauveur, Dieu lui-même. Comme au temps du prophète Sophonie, cet appel à la joie s’adresse à tous ceux qui sont dans l’épreuve, aux blessés de la vie et aux orphelins de la joie. Cette joie, c’est nous qui en sommes les témoins, c’est nous qui en sommes les prophètes aujourd’hui en osant dire, en osant témoigner comment notre attachement au Christ nous fais vivre; comment il nous soutient dans les moments difficiles de la vie; comment sa miséricorde vécue et célébrée dans le sacrement de la réconciliation me relève et fait de moi un homme ou une femme qui n’est pas écrasé par le poids de la vie et du péché.

Que la Vierge Marie nous apprenne à laisser transpirer, par notre façon de vivre, notre attitude, la joie que nous donne le Seigneur. Qu’elle nous aide à faire le don de nous-même, avec humilité et courage, afin que le monde accueille le Christ qui est la source de la vraie joie. Amen.

Homélie pour le 3ème dimanche de l’Avent – Année C

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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