Adoration des magesAu jour de l’Épiphanie, à l’heure du dessert, les convives sont en général fébriles: qui va avoir la fève? Qui va être le roi ou la reine?

C’est exactement la même question qui se pose dans l’évangile de ce jour: qui est le roi? Cette question, ce sont d’abord les mages venus d’Orient qui se la posent. Ils ont vu se lever l’étoile qui indique la naissance d’un roi et plus particulièrement le roi des Juifs… Mais qui est ce roi? Où se trouve-t-il exactement? Ils n’en savent rien!

Qui est le roi? Hérode lui-même se pose la question. Hérode est juif. Il est roi des juifs et reconnu comme tel par le pouvoir romain en place. Alors qui est-ce roi des juifs qui vient de naitre et que cherche cette bande de mages venue d’Orient? Qui ose venir défier son pouvoir? Voilà de quoi décupler la colère de cet homme jaloux qui n’hésite pas à éliminer tous rivaux potentiels (même ses propres fils!). Mais en fin politique, il manoeuvrera avec habileté pour obtenir les renseignements nécessaires sur cet enfant et espérer faire sa vile besogne en temps voulu.

Qui est le roi? Les chefs des prêtres et les scribes vont en donner une première indication grâce à l’Écriture (la Bible) et la parole des prophètes: «Et toi Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée: car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël». (Matthieu 2,6)

Qui est le roi? C’est donc à Bethléem que les mages vont trouver la réponse: «En entrant dans la maison, ils virent l’enfant…» (Matthieu 2,11). C’est devant un enfant qu’ils tombent à genoux et qu’ils se prosternent. Quel paradoxe! Ce n’est pas devant le roi régnant à Jérusalem que se prosternent les mages.

Qui est le roi? Ceux de son peuple, les chefs des prêtres et les scribes, ceux qui connaissent les promesses de Dieu et qui en attendent la réalisation, citent les prophètes sans se tromper… mais ce sont des mages, des païens qui seront le reconnaitre et se mettre en route vers lui! La promesse du Messie avait été faite au peuple juif et les prophètes avaient préparé ce peuple à cette venue mais ils n’ont pas su le reconnaitre! Ce sont des païens qui vont reconnaitre en l’enfant de Bethléem le roi, le Messie que le monde attend. Ils vont le reconnaitre mais en plus, ils vont nous en révéler le mystère par les présents qu’ils offrent.

L’or, métal précieux offert aux rois, nous dit que cet enfant est roi. L’encens, parfum brulé devant les autels, nous dit qu’il est Dieu. La myrrhe, qui sert à embaumer les morts, nous annonce sa passion.

Qui est le roi? A la lecture de cet évangile, nous pouvons donc répondre à la question en disant qu’il ne se trouve pas dans la gloire du pouvoir. Il est dans la petitesse, dans l’humilité. Même ceux qui ne sont pas pétris par l’Écriture et la foi peuvent le découvrir par leur intelligence et entrer sur le chemin de la foi. Foi et raison ne sont donc pas opposées!

Se trouver en présence de ce roi n’éveille ni la crainte, ni la peur mais suscite «une très grande joie» (Matthieu 2,10). Sa rencontre ne nous fait pas repartir comme nous sommes venus, elle nous fait emprunter des chemins nouveaux.

En cette nouvelle année, comme les mages, je suis invité à me mettre en route pour rencontrer le Christ. En cette nouvelle année, comme les mages, je suis invité à me laisser toucher par la joie en m’approchant de Dieu. En cette nouvelle année, comme les mages, je suis invités à emprunter les nouveaux chemins de l’Évangile.

«Berger ou mage, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.» (CEC 653)

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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