«Souviens-toi…» telle est l’invitation de Moïse au peuple d’Israël (Deutéronome 8,2) dans la première lecture de ce dimanche. Ce n’est pas par nostalgie que Moïse invite le peuple à faire mémoire de son passé. C’est parce qu’il est résolument tourné vers l’avenir et qu’il se préoccupe de la fidélité à ce que le peuple de Dieu a reçu de ce dernier. En quelque sorte, Moïse dit au peuple: «Si demain, tu veux être encore debout, n’oublie pas aujourd’hui ce que tu es et grâce à qui tu l’es.»
L’invitation «Souviens-toi…» est de retourner à l’essentiel en faisant mémoire de tout le chemin parcouru dans le désert, au temps de l’inconfort et de la famine. Que c’est-il passé? Dieu a pris soin de son peuple en lui donnant de quoi subvenir à ses besoins: «C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui dans le désert t’a donné la manne, cette nourriture inconnue de tes pères.» (Deutéronome 8,15-16) Tout cela pour que le peuple comprenne que «l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.» (Deutéronome 8,3)
Si il y a en nous une faim physique, nous portons aussi en nous une faim qui ne peut être rassasiée par la nourriture ordinaire. Nous portons en nous une faim de vie, une faim d’amour, un faim d’éternité. Cette faim, un seul peut la combler: c’est Jésus lui-même. Il nous donne cette nourriture. Il est lui-même cette nourriture: «Moi, Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel: si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour que le monde ait la vie.» (Jean 6,51) Le Corps du Christ, sous les espèces du pain, est la vraie nourriture; son Sang, sous les espèces du vin, est la vraie boisson: «Ma chair est la vraie nourriture et mon sang la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» (Jean 6,55-56)
Cette nourriture est celle de l’amour. Dans l’Eucharistie, l’amour du Seigneur se communique pour nous. Cet amour est gratuit, à disposition de celles et ceux qui sont affamés d’amour et qui osent faire un acte de foi pour l’accueillir: «Vivre l’expérience de la foi signifie se laisser nourrir par le Seigneur et bâtir son existence non pas sur les biens matériels mais sur la réalité qui ne périt pas : les dons de Dieu, sa Parole et son Corps.» (Pape François, homélie pour la Fête-Dieu – 18 juin 2014)
Reconnaissons-le humblement cette nourriture nous parait souvent plus austère et moins appétissante que celle que nous présente le monde: argent, succès, vanité, pouvoir, orgueil, luxure… Mais ces dernières ont-elles véritablement le pouvoir de combler la faim la plus profonde de notre cœur?
Alors que nous sommes rassemblés pour célébrer cette fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, posons-nous la question: et moi? quelle est ma faim? à quelle table ai-je envie de me nourrir?
Ensemble, prenons quelques instants de silence pour nous mettre sous le regard de Dieu et faire mémoire de l’amour qu’il nous donne. Demandons-lui, simplement, qu’il nous apprenne à reconnaitre le faux pain qui corrompt notre cœur: celui de l’égoïsme, de la suffisance et du péché. Demandons-lui, avec force, qu’il nous défende contre la tentation des nourritures mondaines qui nous rendent esclave et qu’il nous rende capable de ne désirer rien d’autre que la nourriture qui vient de lui et que nous trouvons en Jésus réellement présent dans l’Eucharistie. Amen.

Homélie pour la Fête-Dieu – Année A

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.