Avec la fête de l’Épiphanie, qui signifie « manifestation », nous tournons nos regards vers l’Orient, là où l’étoile est apparue à des mages, des païens. Ces mages, attentifs aux signes des temps, se sont mis en route à la suite de cet astre nouveau qui vient de naître pour chercher le roi des juifs. Arrivés sur place, après les périples du voyage, ils éprouvèrent « une très grande joie » (Mt 2,10) et « en entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et en tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. » (Mt 2,11)

Oui, en ces jours, tournons nos regards, notre cœur vers nos frères et sœurs chrétiens d’Orient qui auraient aimé avoir eux aussi une très grande joie en célébrant la fête de la Nativité du Sauveur… mais qui durent emprunter une autre route pour accueillir la lumière qui se lève sur tous les peuples, le Christ Sauveur. Pour eux célébrer la naissance du Sauveur, vivre leur foi au Christ ressuscité met leur vie en danger.

Voilà qu’aujourd’hui encore, le personnage central de cet évangile est d’actualité ! Hérode, juif, roi des juifs et reconnu comme tel par le pouvoir romain, est fier de son titre. Il est également férocement jaloux de tout ce qui peut lui faire de l’ombre : il n’a pas hésité à faire assassiner sa femme, ses beaux-frères et sa belle famille… ou même ses propres fils qui devenaient un peu populaire ! Imaginez son inquiétude voir même sa fureur quand des mages venus d’Orient, viennent lui demander où se trouve le roi des juifs qui vient de naître ! Fureur démultipliée quand il se rendra compte que les mages sont repartis par un autre chemin et qu’ils ne sont pas venus lui donner les renseignements escomptés pour qu’il aille lui-même supprimer ce « concurrent ».

Oui, ils sont nombreux encore aujourd’hui ces Hérode jaloux, sur de leur pouvoir, qui veulent faire taire l’enfant de Bethléem, qui veulent faire taire le Fils de Dieu lui-même, venu pour nous sauver. Oui, ils sont nombreux encore ces Hérode sanguinaires assoiffés de violence qui veulent faire taire les plus petits, les plus faibles, qui risqueraient un jour de les détrôner.

Frères et sœurs, ne nous laissons pas décourager. Comme les mages, regardons cette étoile, cette lumière qui nous conduit à l’enfant de Bethléem, à notre roi qui n’est pas venu sur un trône de prestige mais qui dans la pauvreté de la crèche se présente à nous. Venons sans crainte, chaque jour de notre vie, nous prosterner devant lui. Venons l’adorer lui le Sauveur. Il s’est fait petit enfant, il se présente à nous dans la faiblesse d’un enfant afin que nous puissions sans crainte, sans peur approcher de lui, nous laisser aimer par lui.

Avec confiance accueillons le Messie dans notre vie, le merveilleux de la fête de Noël et de l’Épiphanie, nous donne de contempler le Christ, le Fils de Dieu, Dieu lui-même dans la faiblesse de l’enfant. La vie du Christ nous donne d’accueillir l’amour de Dieu dans le fait qu’il redresse les accablés, rend la vue aux aveugles, guérit les malades et les infirmes, pardonne les péchés… mais aussi nous fait accueillir l’amour par sa vie donner sur la croix en rançon pour nos propres péchés.

Puissions-nous offrir au Christ l’or, l’encens et la myrrhe de nos vies. L’or, ce métal précieux offert aux rois. Le Christ est roi. L’encens, ce parfum brûlé devant les autels. Le Christ est Dieu. La myrrhe qui sert à embaumer les morts. Le Christ est mort par amour pour nous.

Frères et sœurs, comme les mages, prenons courageusement la route de la rencontre avec le Christ. Offrons lui toute notre vie, tout notre être comme lui-même à tout donner pour nous. Témoignons avec confiance, engageons-nous toute notre vie dans ce témoignage de foi au Christ. C’est bien la plus grande des charités que nous pouvons rendre à nos frères et sœurs chrétiens qui ne peuvent dire ouvertement leur foi. Témoignons sans peur de notre rencontre avec le Ressuscité, de ce qu’il change dans nos vies. Sans crainte, rendons compte de l’espérance qui nous habite afin que le monde croit et accueille lui aussi la Bonne Nouvelle, qu’il se laisse toucher par l’amour du Christ et que tous les Hérode du vingt-et-unième siècle se laissent désarmer par cet amour.

Oui, tant de nos contemporains ne connaissent pas encore l’amour de Dieu ou cherchent à remplir leur cœur de succédanés insignifiants. Puissions-nous, après avoir été conduit dans la foi à rencontrer le Christ, être les témoins de l’amour que nous aurons contemplé en lui. Alors toute notre vie sera épiphanie, manifestation de Dieu pour le salut du monde. Car seul l’amour du Christ peut combler le cœur de l’homme, seul cet amour peut le guérir de la blessure du péché, seul cet amour peut le sauver. Amen.

Homélie pour l’Épiphanie

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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