Homélie pour le dix-neuvième dimanche ordinaire de l'année B

Toi que nous pouvons déjà appeler notre Père

La Parole de Dieu:

1 Rois 19,4-8
Psaume 34(33)
Éphésiens 4,30-32.5,1-2
Jean 6,41-51

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Une fois n’est pas coutume, je voudrais m’arrêter, aujourd’hui, sur l’oraison de ce dimanche. Nous avons formulé une prière audacieuse : « Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis… » (Collecte du 19èmedimanche ordinaire)

« Toi que nous pouvons déjà appeler notre Père… »Cela ne nous étonne peut-être plus puisque chaque jour, nous redisons la prière du Notre Pèreque Jésus nous a enseigné. Cela est souvent devenu une prière récitée machinalement… et nous ne goutons plus la saveur des mots de celle-ci. Nous avons perdu conscience de l’audace qu’il y a d’appeler Dieu Père, c’est si beau et si révolutionnaire !

Peut-être aussi que cela nous est difficile car notre relation à notre propre père est une relation compliquée, blessée… et que cela brouille nous compréhension de la paternité divine. Il n’est pas rare que nous prenions notre propre père ou notre désir de paternité comme modèle pour comprendre Dieu… Or pour connaitre, découvrir comment, en tant qu’être humain, la paternité est appelée à se vivre, il me faut prendre Dieu pour modèle. Il me faut regarder, découvrir comment Dieu est père pour nous. Il y a en chacun de nous les germes de la paternité ou de la maternité, mais pour les aider à se déployer et les libérer de la marque du péché, il me faut prendre Dieu pour modèle et nous ajuster à lui.

Pour cela, il est indispensable que Dieu fasse « grandir en nos cœurs l’esprit filial ». Oui, c’est une grâce à demander dans la prière. En apprenant à nous reconnaitre fils et filles de Dieu, nous serons en mesure de se laisser déployer en nous notre propre paternité ou maternité. Nous serons en mesure de l’accueillir en la passant au crible de la miséricorde car en laissant grandir en nous l’esprit filial, nous éprouverons la miséricorde que Dieu ne cesse de nous offrir.

La miséricorde, ce n’est pas dire « tout est beau, tout est gentil », ni même dire « ce n’est grave ». La miséricorde est un amour vrai et juste. C’est l’amour fou de Dieu qui n’enferme pas ses enfants dans leurs pauvretés, leurs péchés. C’est l’amour fou de Dieu qui, malgré la pauvreté et le péché de ses enfants, veut les voir grandir et devenir capable d’aimer ; veut les voir grandir et devenir de plus en plus semblable à Lui.

Pour cela, nous pouvons méditer la Parole de Dieu entendue ce dimanche. Le prophète Elie est fatigué, découragé, doutant de lui-même… il prend conscience de son indignité, il doute de ce Dieu qu’il annonce. Au cœur de sa dépression, de son Burn-out, il découvre la compassion de Dieu pour lui. Ce dernier va lui donner la nourriture nécessaire pour survivre dans sa traversée du désert et découvrir, au final, la grandeur et la bonté de la miséricorde de Dieu.

Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, nous rappelle que l’Esprit de Dieu nous est donné. Il l’est par le baptême. Il est donné gratuitement. C’est un don qui nous précède sans que nous l’ayons mérité. Il nous faut l’accueillir en retirant de notre vie « amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes (…) ainsi que tout espèce de méchanceté. »(Éphésiens 4,31) Pour cela, Paul nous invite à la générosité et à la tendresse, au pardon et à aimer comme le Christ nous a aimé, c’est-à-dire en donnant notre vie « en sacrifice à Dieu » (Éphésiens 5,2). Oui, vous avez bien entendu : en offrant notre vie en sacrifice à Dieu ! Mais ne nous trompons pas sur le sens du mot sacrifice. Le sacrifice n’est rien d’autre que de mettre quelque chose à part pour le rendre saint en l’offrant à Dieu. Nous sommes donc invités à mettre notre vie à part pour la rendre sainte en l’offrant à Dieu… à l’image du Christ Jésus lui-même ! Par exemple, en venant à la messe, nous avons mis à part une heure de notre vie pour la rendre sainte et l’offrir à Dieu. Nous avons fait un sacrifice ! Cet acte d’amour, même si il me coute un peu, laisse un espace en moi pour faire l’expérience, pour goûter quelque chose de « l’héritage qui nous est promis », car il permet à l’esprit filial de grandir en nos cœurs.

Enfin, cet esprit filial grandit pleinement en nous et nous rends participant de l’héritage qui nous est promis dans la mesure où nous venons nous nourrir du « pain vivant qui est descendu du ciel ». (Jean 6,51) Oui, en communiant, par notre participation à l’Eucharistie, nous obtenons la vie même du Christ Jésus et les arrhes de la vie éternelle. Nous nous nourrissons du Fils afin que la vie du Fils fasse de nous les enfants de Dieu et nous offre en plénitude la vie avec Dieu, la vie en Dieu.

Par la grâce du baptême, Dieu nous a rendu participant de sa vie. Il a configuré notre vie à celle du Christ et fait de nous ses enfants. Laissons cette bonne nouvelle habiter nos cœurs afin que la louange et l’action de grâce monte de nos lèvres… alors nous goûterons dès maintenant l’héritage que Dieu nous a promis. Amen.

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