Sur la route de Javier

Alors qu’il écrit à son ami Timothée, ami de longue date puisqu’ils ont vécu ensemble vingt ans de mission, saint Paul vient nous redire quelque chose du coeur même de la foi chrétienne. Avez-vous remarqué l’expression qui revient par trois fois dans la seconde lecture de ce dimanche? Pour ceux qui n’aurez pas eu le temps de préparer la célébration de ce jour en méditant la Parole de Dieu tout au long de la semaine, je ne vais pas mettre votre mémoire à l’épreuve plus longtemps.

Saint Paul emploie par trois fois l’expression «tous les hommes». Dès la première phrase du texte, il écrit: «J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâces pour tous les hommes…» (1 Timothée 2,1). Dans la phrase suivante, nous lisons: «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés…» (1 Timothée 2,4) et dans celle qui suit: «Jésus-Christ s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes.» (1 Timothée 2,6)

«Tous les hommes», pourquoi une telle insistance de la part de l’Apôtre? La clef de compréhension se trouve dans la phrase centrale de l’exhortation de ce jour: «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité.» (1 Timothée 2,4). Paul ne fait rien d’autre que d’exprimer la volonté de Dieu: «Dieu veut…» Et il veut quoi? «Que tous les hommes soient sauvés».

Une question se pose alors: qu’est-ce qu’être sauvés? Qu’est-ce que le Salut? C’est connaître pleinement la vérité: Dieu nous aime! Et il est sans cesse auprès de nous pour nous combler de son amour. Voilà le Salut, la vérité qu’il nous faut connaitre mais pas uniquement de façon intellectuelle. Il faut la connaitre à la façon biblique du terme, c’est-à-dire en vivre, se laisser aimer et combler.

Cet amour, Dieu le manifeste en Jésus. Ce dernier est le seul qui nous permette de connaître Dieu puisqu’il est le «seul médiateur entre Dieu et les hommes» (1 Timothée 2,5) et qu’il «s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes» (1 Timothée 2,6). Ces derniers mots rejoignent ceux de Jésus lui-même quand il annonce sa Passion: «le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.» (Matthieu 20,28). L’amour que Jésus annonce n’est pas que de belles paroles, une belle histoire… C’est aussi des actes. Cet amour, Jésus l’a vécu en sa chair en le payant de sa vie par la mort sur la Croix. Jésus annonce en parole et en acte l’amour de Dieu pour tous les hommes. C’est ce que nous célébrons au coeur même de cette Eucharistie.

Comment faire pour que cet amour de Dieu soit connu de tous les hommes? La prière! Mais pas n’importe quelle prière nous dit saint Paul. Il nous faut faire «des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités» (1 Timothée 2,1-2). Et pourquoi donc une telle prière? «Afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en homme religieux et sérieux.» (1 Timothée 2,2) C’est l’objet de la prière universelle que nous adresserons au Seigneur dans quelques instants.

Mais ne nous y méprenons pas, Paul ne nous demande pas de prier pour que nous ayons une petite vie pépère tranquille. Non! Si tout être humain doit pouvoir mener sa vie dans le calme et la sécurité, c’est pour qu’il puisse expérimenter l’amour de Dieu, c’est pour qu’il découvre qu’il est un homme religieux, c’est-à-dire en relation avec Dieu et avec les autres. Notre vie ne peut s’épanouir que parce qu’elle est en relation avec Dieu, parce qu’elle vie de cet amour de Dieu. Or nous le savons si je n’entretiens pas une relation, celle-ci s’étiole, s’amenuise.

Nous doutons de l’efficacité de la prière? Regardons ce qui s’est passé au début de ce mois. Alors que la tension était à son comble, que certains pays avaient commencer à armer leurs canons afin de régler la conflit en Syrie, le pape François a appelé tous les croyants et toutes personnes de bonne volonté à une journée de jeûne et de prière le sept septembre dernier. La réponse ne se fit pas attendre. Quelques jours plus tard, la voix de la diplomatie triomphait sur celle des armes! Bien sûr, rien n’est gagné, c’est pourquoi nous devons prolonger notre prière.

La force silencieuse de la prière… voilà la véritable révolution. Pour terminer, écoutons la sagesse d’une grande sainte des temps modernes: sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face: «Un savant a dit : ‘Donnez-moi un levier, un point d’appui, et je soulèverai le monde.’ Ce qu’Archimède n’a pu obtenir, les Saints l’ont obtenu dans toute sa plénitude. Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui : Lui-même et Lui Seul. Pour levier: l’oraison qui embrase d’un feu d’amour, et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde.» Amen.

Homélie pour le 25e dimanche ordinaire – Année C

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