Du jardin luxuriant de la genèse au dépouillement du désert, tel est le chemin que nous fait parcourir la liturgie de ce premier dimanche de Carême.

Au jardin d’Eden, tout est fait pour que l’homme et la femme puissent vivre véritablement en enfants de Dieu; puissent vivre pleinement de l’amour de Dieu. Mais l’homme émet un refus vis-à-vis de Dieu. Il refuse d’écouter sa parole en préférant celle du serpent, du diable. Ce dernier murmure à l’oreille de l’être humain que Dieu est hypocrite et que sa puissance va étouffer l’homme dans son désir de communier à la vie de Dieu. Satan propose à l’homme de devenir l’égal de Dieu sans se préoccuper de lui: « vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Genèse 2,5). Et ce qui est défendu devient alors désirable… Adam et Eve n’accueillent plus ce que Dieu leur donne comme un don de l’amour. Ils s’en accaparent et se dressent en égal de Dieu. Sortis du registre de l’amour, ils ne sont plus capable de recevoir l’amour offert. Ils se découvrent simplement pauvres et nus! Ils n’ont plus rien, plus de dignité. Ils sont dépouillés de tout. Le péché nous fait perdre notre dignité, il nous fait perdre la grâce qui nous unit à Dieu.

Depuis qu’il s’est coupé de Dieu, l’homme erre au désert à la recherche du bonheur perdu. C’est ce lieu que Jésus va rejoindre au début de son ministère public. Il part là où se trouve l’humanité, là où nous nous trouvons. Dans ce lieu, Jésus va lui aussi rencontrer le démon. Par trois fois, Satan va user du même procédé qu’avec Adam et Eve. Il va attaquer Jésus sur sa relation au Père.

Les tentations que Satan fait subir à Jésus sont les mêmes que celles subies par Adam: la gourmandise, la vaine gloire et l’avarice. « Il le tente par la gourmandise en lui demandant : « Ordonne que ces pierres deviennent des pains » ; il le tente par la vaine gloire en lui disant : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » ; il le tente par le désir avide des honneurs lorsqu’il lui montre tous les royaumes du monde en déclarant : « Tout cela, je te le donnerai si, tombant à mes pieds, tu m’adores » » (Saint Grégoire le Grand, Homélies sur l’Évangile)

Jésus reste fidèle à son Père en gardant les yeux fixés sur la Parole de Dieu. Cette fidélité à l’amour du Père fait sortir le diable et entrer Jésus dans la joie du Père: « Voici que des anges s’approchèrent de lui, et ils le servaient. » (Matthieu 4,11). C’est ainsi que Jésus fait refleurir le désert de nos vies. Fidèle à la Parole et à l’amour du Père, il redresse ce qui est tordu et faussé dans nos vies. Par toute sa vie, il nous ramène peu à peu au pied de l’arbre situé au cœur du jardin. Cet arbre qui est l’arbre de vie: la Croix. De cet arbre, nous pourrons manger le fruit: le Corps et le Sang du Christ qui nous est donné pour que nous ayons la vie, pour que nous puissions entrer dans l’intimité avec Dieu. Le Christ nous rétablit dans notre dignité d’enfant de Dieu.

La liturgie de ce dimanche nous propose donc un chemin à vivre durant tout ce temps du carême: nous laisser réconcilier avec Dieu pour pouvoir entrer avec le Christ dans le jardin où est planté l’arbre de vie, l’arbre de la Croix dont le fruit nous est vivement conseillé pour que nous ayons en plénitude la vie de Dieu.

Durant tout ce chemin, prenons le temps de faire le point sur nos comportements, sur nos projets en nous posant simplement la question: quelle est la place de Dieu dans tout cela? Apprenons à reconnaitre la tentation qui nous conduit toujours à mettre en doute la bonté, la providence, la miséricorde de Dieu à notre égard. Réapprenons les chemins de la dépendance filiale vis-à-vis de Dieu. Laissons les paroles d’espérance et de confiance tirées du psaume monter de nos lèvres:

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.
(…)
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
(…)
Rends-moi la joie d’être sauvé;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange. »

(Psaume 50(51)). Amen.

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