Il est vraiment temps que les vacances débutent ! Je crois que je n’ai pas tout compris à l’évangile de ce jour : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. ». (Matthieu 11,28)Ça, ça va ! Si le poids de la vie est trop lourd pour moi, aller à Jésus, c’est trouver le repos. Plutôt sympa ! Mais la suite, il y a un truc qui cloche : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11,29)

Pour trouver le repos, en fait, il faut que je m’en rajoute sur les épaules ? Euh, là, il y a un bug ! Plus t’en as sur les épaules, plus tu es reposé ? Travailler plus, pour se reposer plus ? Je ne suis pas sur du tout… mais alors pas du tout ! A mon avis, ce n’est pas un bon slogan publicitaire !

Après plusieurs lectures de ce texte, je me suis dit que les premiers mots de cette péricope avaient un sens : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11,25). Ce n’est peut être pas d’abord avec ma force et mon intelligence que je vais comprendre… mais par un acte d’humilité.

Pour cela commençons par nous poser la question du joug. Le rôle de cette lourde pièce de bois, qui semble peser sur les épaules de la bête de somme, n’a pas pour but de l’accabler. Elle la rend solidaire de l’autre pour tirer ensemble et plus facilement la charge. Et dans cet attelage, il y a toujours une des deux bêtes qui est plus robuste que l’autre et qui marche légèrement en avant.

« Prenez sur vous mon joug » (Mt 11,29), Jésus nous propose donc de porter avec nous le poids de notre fardeau. Et c’est lui qui est attelé le premier à ce joug, c’est lui qui marche légèrement en avant pour nous aider à progresser. Ainsi, en portant sur nous le joug du Seigneur, nous trouvons le repos. En acceptant ce joug, nous pouvons devenir ses disciples. Et nous pouvons plus facilement le faire que Jésus est « doux et humble de cœur » (Mt 11,29).

Oui, il est ce roi qui est venu vers nous, « juste et victorieux, humble… » (Zacharie 9,9). Lui, le Seigneur, il est venu jusqu’à nous par son Incarnation, en se faisant homme et en souffrant sa passion par amour pour nous sauver. Et avec le psalmiste, nous pouvons alors exalter le Seigneur, notre Roi, le louer chaque jour : car Dieu est « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ». Sa bonté est pour tous « sa tendresse, pour toutes ses œuvres. » « Il soutient tous ceux qui tombent, il redresse les accablés » (Psaume 144(145)).

Mais pour cela, nous ne pouvons pas compter sur nos propres forces. Je ne me sauverai pas par mes propres œuvres. Il me faut entendre l’appel de saint Paul en sa lettre aux Romains (8,9.11-13) : il ne faut pas vivre sous l’emprise de la chair mais sous l’emprise de l’Esprit. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Pour saint Paul, vivre « selon la chair », c’est vivre loin de Dieu, enfermés dans les limites de l’intelligence et des forces humaines. Pour Paul, « chair » est souvent synonyme de péché, c’est-à-dire d’opposition à Dieu, de soupçon, de manque de confiance en Lui.

« Vivre selon l’Esprit » c’est, au contraire, nous laisser guider par Dieu. Et l’apôtre nous dit : « vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit puisque Dieu habite en vous » (Romains 8,9). Et celui qui habite une maison, est celui qui est le maître, celui qui dirige. Notre travail consiste donc à laisser Dieu habiter notre vie. C’est lui le chef ! Ainsi, dire que l’Esprit habite en nous, s’est affirmer qu’il prend possession de notre personne pour exercer en nous sa puissance et réaliser ce qu’il a réalisé en Jésus Christ : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8,11)

« Si vous vivez sous l’emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les désordres de l’homme pécheur, vous vivrez. » (Rm 9,13). Notre travail n’est donc que d’aller toujours plus vers le Seigneur, de nous laisser habiter par son Esprit… « Venez à moi… » nous dit Jésus. Il ne nous force pas ! Il ne fait pas à notre place… il ne fait pas sans nous… mais notre seul travail est d’aller à lui, de devenir son disciple, de prendre sur nous son joug pour le laisser nous conduire au Père… pour nous laisser conduire sur le chemin de la sainteté. Son joug est facile à porter et son fardeau léger… si nous lui laissons la pleine latitude pour briser en nous ce qui est emprise de la chair…

Que ce temps de l’été soit, pour chacun de nous, l’occasion d’aller nous baigner dans l’océan de la miséricorde de Dieu afin de nous laisser habiter par l’Esprit pour que nous prenions, le cœur joyeux, le joug du Seigneur qui est doux et humble de cœur. Amen.

Homélie pour le 14ème dimanche ordinaire – Année A

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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