Au cœur de cette nuit, avec les femmes qui viennent au tombeau, nous entendons l’ange du Seigneur nous dire : « Soyez sans crainte ! » (Matthieu 28,5) « Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée… » (Matthieu 28,7). Au cœur de cette nuit, avec les femmes qui quittent le tombeau pour annoncer aux disciples la nouvelle, nous entendons le Christ ressuscité nous dire : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » (Matthieu 28,10)

Comme pour la Vierge Marie au jour de l’Annonciation, face à une annonce divine importante, la première parole de la part de Dieu est une parole de réconfort qui invite à ouvrir son cœur pour accueillir ce que Dieu veut nous dire : « Soyez sans crainte. », « N’ayez pas peur ! »

À la mort de Jésus, les disciples se sont dispersés, abattus car leur certitude d’avoir trouvé le Messie s’est écroulée. Leur foi s’est brisée au pied de la Croix. L’espérance est morte. Et voilà que les femmes racontent ce qu’elles ont vu au tombeau… et la lumière jaillit dans l’obscurité qui s’était établie : comme il l’avait annoncé, Jésus est ressuscité ! Mais les femmes ont aussi, par deux fois, une de l’ange et une du Ressuscité, reçu l’ordre d’aller, avec les disciples, en Galilée. Pourquoi donc ?

La Galilée, c’est là que tout a commencé pour les disciples. C’est là qu’ils ont reçu le premier appel à suivre le Christ. Ils sont invités à y retourner, non pas par nostalgie, mais pour apprendre à tout relire à partir de ce qui vient de se passer ; apprendre à relire tous les événements à la lumière de La Croix et de la Résurrection. Tout relire à partir de cet acte d’amour qu’est la mort et la résurrection du Christ.

Aller en Galilée… cela concerne aussi chacun de nous. Le Christ nous invite, nous aussi, à retourner aux sources, aux racines même de notre foi, à redécouvrir notre baptême, à redécouvrir l’expérience de notre rencontre avec Jésus Christ.

Retourner en Galilée, c’est l’expérience que nous fait vivre la Veillée Pascale. A travers toutes les lectures que nous venons d’entendre, ce n’est pas de l’histoire ancienne que nous avons écoutée. C’est notre histoire personnelle. C’est le projet fou d’amour de Dieu pour nous depuis la création. Dans ce projet, Dieu n’a pas d’autre désir que de nous attirer dans une communion toujours plus grande avec lui. Dieu nous veut libre comme lui !

Pour comprendre cela, l’expérimenter, nous avons besoin, comme Abraham, de convertir notre idée de Dieu. Nous avons besoin, comme le peuple Hébreux, de traverser des mers rouges afin de découvrir que Dieu veille sur chacun de nous. Nous avons besoin de nous mettre à l’école des prophètes pour découvrir que Dieu est amour, de l’entendre et de le réentendre !

Cela peut nous paraître long et répétitif au fur et à mesure des années. Mais cette écoute n’est-elle pas comme les bienfaits d’une pluie fine qui pénètre profondément la terre de nos vies ? La Parole descend au fond de notre cœur par notre intelligence et notre mémoire… et comme la graine plantée en terre, il lui faut le temps de murir et de germer. C’est le lent travail de l’Esprit Saint en nous. En accueillant cette Parole, nous nous laissons aussi façonner par les mœurs de Dieu et nous apprenons à retrouver l’image qu’il a formé en nous dès l’origine.

Oui, ce soir, par toute cette veillée, nous retournons dans la Galilée de nos origines. Nous retournons à la source de la grâce en nous, non pas parce que c’était mieux hier, mais parce qu’il nous faut apprendre à relire toute notre vie à la lumière de la mort et la résurrection de Jésus. En renouvelant, dans quelques instants, les promesses de notre baptême, nous redisons à Dieu et au monde, notre désir de laisser couler sur nos personnes cet amour de Dieu qui émane de la mort et de la résurrection du Christ.

Demandons-nous, en cette nuit : quelle est ma Galilée ? Où est ma Galilée ? Faisons mémoire de celle-ci, ravivons-en le souvenir. Cherchons-la. Trouvons-la. Le Seigneur m’y attend ! Le Ressuscité m’y attend ! Si le Christ nous demande d’aller en Galilée, ce n’est pas pour vivre un retour en arrière, être nostalgique. Il nous demande de retourner en Galilée pour le rencontrer, lui, le Ressuscité et pour devenir témoin de sa résurrection jusqu’aux confins de la terre !

« Soyez sans crainte… il est ressuscité d’entre les morts… et il vous précède en Galilée… c’est là que nous le verrons ! » Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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