« Monsieur l’abbé, la messe a encore duré trop longtemps! Vous avez vu, 1h10 et mon gigot alors, il va être brûlé! » Combien de fois ai-je entendu une plainte semblable… Pourquoi venir à la messe avec un chronomètre afin de calculer le temps total de notre célébration, au Paradis, oserons-nous aller nous plaindre à Dieu que c’est trop long de le louer, de l’adorer? Prenons conscience que là-bas nous vivrons une éternelle liturgie à la gloire de Dieu, en chantant « Saint! Saint! Le Seigneur Dieu de l’Univers… »…
Et qu’aurions-nous dit si nous avions participé à la liturgie célébrée par le prêtre Esdras accompagné de tout son peuple: du lever du jour jusqu’à midi, telle est la durée de la liturgie célébrée! Et quelle liturgie: la lecture du livre de la Loi dans une langue incompréhensible par le peuple: « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens et l’on pouvaient comprendre » (Ne 8,8). Et personne n’est venu récriminer… bien au contraire le peuple, d’un seul homme, pleure d’émotion et acclame inlassablement: « Amen! Amen! » (Ne 8,6)
Qu’elle est l’enjeu de cette liturgie célébrée par le prêtre Esdras et le gouverneur Néhémie? Donner une âme au peuple, donner l’espérance! Et c’est la lecture du livre de la loi qui ouvre le peuple à cette espérance! J’avoue que dans un premier abord, la lecture du Code de Droit Canonique ne me fait pas déborder d’allégresse… oui, mais si j’entends le psalmiste: « La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie; la charte du Seigneur est sûre qui rend sages les simples. » (Psme 18(19),8)
La loi n’a pas d’autre but que d’éduquer le peuple de Dieu, de le garder dans le droit chemin. C’est le seul moyen de vivre heureux en société et d’accomplir sa vocation chrétienne au milieu des nations. Dieu donne sa loi pour nous apprendre à voler de nos propres ailes. Dieu veut l’homme libre, Dieu nous offre un chemin de vie… pourquoi s’en détourner?
Pratiquer les commandements s’est apprendre à vivre en Fils de Dieu, à vivre en homme, à vivre en frère. C’est apprendre à regarder Dieu comme un Père et les autres comme des frères. Nous formons tous un même corps, le corps du Christ! Chacun a sa place dans ce corps alors ne cherchons pas à rivaliser, ne cherchons pas à nous comparer, ne cherchons pas le pouvoir… dans ce corps, nous sommes au service les uns des autres. « Vous êtes le corps du Christ, nous dit saint Paul, et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps. » (1Co 12,27)
Alors soyons heureux, comme le peuple d’Israël, de pouvoir entendre la Parole de Dieu, cette loi de vie, soyons heureux que Dieu nous donne le remède contre la déprime, soyons heureux de pouvoir chaque dimanche, chaque jour de la semaine, fête la Parole de Dieu qui nous donne vie. Soyons heureux de pouvoir rendre une liturgie, c’est à dire un culte public, au Père, par le Fils, dans l’Esprit. Car « cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » (Lc 4,21), cette parole, cette loi de Dieu c’est Jésus-Christ, c’est cette Eucharistie que nous célébrons ensemble. Ayons, nous aussi, « les yeux fixés sur lui » (Lc 4,20) et accueillons avec confiance, comme chemin de vie cette grande Tradition vivante de l’Église, c’est à dire la Parole de Dieu et l’enseignement de notre Sainte Mère l’Église. Depuis les apôtres, témoins du Christ ressuscité, jusqu’à ceux qui « sont devenus les serviteur de la Parole » (Lc 1,2), aujourd’hui encore, tout ceci a été soigneusement consigné, transmit pour que nous nous rendions « bien compte de la solidité des enseignements que » (Lc 1,4) nous avons reçu, nous les Théophile du 21ème siècle, nous les « amis de Dieu » d’aujourd’hui.
« Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard » (Psme 18(19), 9), soyons heureux de pouvoir les pratiquer au quotidien, soyons heureux de pouvoir les célébrer au moins chaque dimanche! Ainsi, membres d’un même corps, nous serons témoins authentiques du Christ, du Christ ressuscité… et notre témoignage sera digne de confiance, digne de foi. La messe du dimanche ne sera plus d’abord obligation de la loi de Dieu, elle sera source de joie, source de vie! Amen!
