Nous sommes entrés dans cette célébration avec des rameaux à la main, dans la joie et les acclamations. Et, il y a quelques minutes, nous avons entendu le récit de la Passion avec la trahison, les coups, la croix, la mort. En l’espace d’une seule célébration, nous traversons toute la semaine sainte. L’Église ne nous laisse pas savourer la fête sans nous dire aussitôt : regarde où elle mène, cette entrée triomphale.

Matthieu cite le prophète Zacharie : « Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. » (Matthieu 21,5) Et la foule crie : « Hosanna au fils de David. » (Matthieu 21,9) Cette foule attend un libérateur, un nouveau roi qui chassera les Romains et rétablira la gloire d’Israël. Elle va être profondément déçue. Jésus ne vient pas conquérir Jérusalem par les armes. Il vient l’aimer jusqu’au bout, et cet amour-là va prendre un visage que personne n’attendait : celui d’un condamné, cloué sur une croix.

C’est le premier renversement de ce dimanche : le vrai pouvoir ne ressemble pas à ce que nous imaginons. Il ressemble à un service.

Saint Paul nous en donne la clé théologique dans l’admirable texte de la seconde lecture, la lettre aux Philippiens : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Philippiens 2,5-8)

La logique du monde nous dit : monte, prends, impose-toi. La logique de l’Évangile dit : descends, donne, sers. Et c’est précisément cette descente qui mène à la vraie vie.

En entendant la Passion selon saint Matthieu, une question s’impose intérieurement : avec qui suis-je dans cette histoire ? Avec la foule enthousiaste qui acclame et puis disparait ? Avec les disciples qui s’endorment à Gethsémani, qui fuient, qui renient ? Avec Pierre, si courageux en paroles et si fragile dans l’épreuve ? Avec les foules qui crient « Crucifie-le ! » sans trop savoir pourquoi ?

Matthieu nous tend un miroir, et il n’est pas toujours flatteur. Mais c’est précisément pour nous, hésitants, fuyards, fragiles, que Jésus va jusqu’au bout. Les mots du psaume que nous avons chanté : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Psme 22,2a) sont les mots mêmes que Jésus prononça sur la croix. Il crie vers Dieu depuis l’abîme. Mais si nous lisons ce psaume en entier, nous découvrons qu’il se termine par une louange. L’abandon n’a pas le dernier mot.

Cette semaine qui s’ouvre est une grâce. Ne la laissons pas passer comme une semaine ordinaire, coincée entre les courses et les obligations. Jeudi saint, vendredi saint et la vigile pascale ne sont qu’une seule et même célébration qui nous fait entrer dans le mystère de cet amour qui descend jusqu’au fond de notre nuit pour nous en tirer.

Entrons dans cette semaine sainte avec le Christ. Pas seulement les rameaux à la main mais le cœur vraiment ouvert à ce qu’il veut nous donner. Amen.


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