Aujourd’hui, l’Évangile nous mène au désert. Ce lieu qui n’est pas seulement une étendue aride : le désert, c’est parfois notre vie elle-même. Le désert de la fatigue, celui des questions sans réponses, celui des blessures qui ne se referme pas, celui d’une foi devenue lointaine, celui d’un cœur qui cherche sans toujours trouver.
Et voici que Jésus entre dans ce désert. Cela signifie que Dieu n’attend pas que nous allions bien pour venir à nous. Il nous rejoint exactement là où nous sommes.
La première lecture nous rappelle l’histoire d’Adam et Ève.
Au commencement, Dieu crée l’homme pour le bonheur, pour la vie, pour la communion avec Lui. Mais une voix s’insinue : « Dieu ne veut pas vraiment ton bonheur. Prends ta vie en main sans lui. » Depuis ce jour, cette voix traverse toute l’histoire humaine.
Elle nous murmure encore : « tu seras plus libre sans Dieu, tu n’as besoin de personne, débrouille-toi seul pour être heureux. » Et nous avons essayé. Notre monde a essayé. Jamais l’humanité n’a connu autant de confort, de possibilités, de liberté… et pourtant jamais elle n’a éprouvé autant d’angoisse, de solitude, de fatigue intérieure.
Pourquoi ? Parce que le cœur humain est fait pour Dieu. On peut remplir sa vie de mille choses, mais rien ne remplace l’amour pour lequel nous avons été créés.
Alors Jésus vient. Et il ne commence pas sa mission par un miracle éclatant, ni par une grande prédication. Il commence par un combat : il affronte le Tentateur.
C’est comme s’il disait : « Je viens combattre pour toi. » Là où l’homme s’est perdu, Jésus ouvre un chemin nouveau. Les tentations qu’il traverse sont aussi les nôtres : « Transforme les pierres en pain. » : Vis seulement pour toi. Consomme. Remplis le vide. « Jette-toi du Temple. » : Prouve que tu vaux quelque chose. Fais-toi admirer. « Je te donnerai tous les royaumes. » : Cherche le pouvoir, la réussite, le contrôle.
Mais Jésus refuse tout cela. Pourquoi ? Parce qu’il est venu révéler le vrai visage de Dieu : un Dieu qui n’écrase pas, qui ne manipule pas, qui aime jusqu’au bout.
Frères et sœurs, voici la grande annonce du Carême : le mal n’a pas le dernier mot sur ta vie. Peut-être penses-tu : « Je suis trop loin de Dieu. » ; « J’ai trop échoué. » ; « Ma foi est trop fragile. » ; « J’ai essayé… et je n’y arrive pas. »
Le Carême n’est pas le temps des parfaits. C’ est le temps des sauvés ! Jésus n’est pas venu pour les forts. Il est venu pour ceux qui ont besoin d’être relevés. Il n’est pas venu donner une morale. Il est venu donner une vie nouvelle. La foi chrétienne ne commence pas par : « Fais des efforts. » Elle commence par : « Laisse-toi aimer. »
Et peut-être que le vrai désert aujourd’hui n’est pas le péché… mais l’idée que Dieu pourrait vraiment nous aimer personnellement. Voilà l’Évangile : Dieu ne se lasse jamais de toi. Jamais. Même quand tu t’éloignes, il te cherche. Même quand tu tombes, il te relève. Même quand tu doutes, il reste fidèle.
Le Carême est un appel. Pas un appel à devenir quelqu’un d’autre mais un appel à revenir. Revenir à la prière. Revenir à Dieu. Revenir à la vie.
Et qu’est-ce qui va m’aider à revenir à la vie ? Reprendre la prière chaque jour, venir à la messe plus fidèlement, demander le pardon dans le sacrement de réconciliation, poser un geste d’amour que personne ne verra. Pas pour être un bon chrétien. Mais pour laisser Dieu agir. Car notre religion n’est pas une religion d’efforts mais la rencontre avec une Personne vivante : Jésus Christ.
Et aujourd’hui, au début du Carême, il nous dit à chacun : « Je suis entré dans ton désert. Je viens te chercher. Marche avec moi. » Vais-je le laisser passer… ou simplement lui ouvrir la porte ? Amen.


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