Se mettre en route à la lumière du Christ

Imaginez un instant : vous êtes sur la falaise Sainte Colette. Le vent souffle, le silence se fait… et soudain, une lumière éclate, plus brillante que le soleil. Jésus est là. Son visage rayonne. Ses vêtements deviennent d’une blancheur éclatante. Moïse et Élie conversent avec lui.  Et une voix retentit du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Matthieu 17,5)

Cette scène n’est pas seulement un souvenir extraordinaire pour Pierre, Jacques et Jean. Elle est aussi pour nous aujourd’hui. Et d’une manière toute particulière pour vous, chers catéchumènes, en ce jour où vous faites votre entrée officielle dans l’Église. Aujourd’hui, votre route s’illumine déjà de la lumière du Christ.

Dans la première lecture, nous avons entendu Dieu qui appelle Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai […] En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Genèse 12,1-2.3) Dieu commence toujours par un appel à quitter : quitter des sécurités, quitter des habitudes, quitter une vie sans lui.

La foi commence ainsi : non pas par des certitudes, mais par une confiance.

Chers catéchumènes, ce que vous vivez ressemble beaucoup à cela. Vous ne connaissez pas encore toute la vie chrétienne, mais vous avez entendu un appel intérieur. Quelque chose, ou plutôt Quelqu’un, vous a attirés. Dieu vous précède déjà.

Saint Paul nous le rappelle avec force : Dieu nous a sauvés et appelés, non pas à cause de nos mérites, mais par sa grâce. Voilà le cœur du christianisme : nous ne gagnons pas Dieu. Nous répondons à un amour qui nous a précédés. Si vous êtes ici aujourd’hui, ce n’est pas parce que vous êtes parfaits. C’est parce que Dieu vous aime déjà. Et cela vaut aussi pour chacun de nous.

Dans l’Évangile, Jésus emmène ses disciples à l’écart, sur la montagne. Avant la Passion, il leur montre sa gloire. Pourquoi ? Parce que bientôt ils verront la croix. Sans cette lumière, ils ne pourraient pas tenir. La Transfiguration est une promesse : la lumière est plus forte que la nuit, la vie plus forte que la mort. Le Carême n’est donc pas seulement un temps d’effort ou de pénitence. C’est un temps pour apprendre à voir déjà la lumière de Pâques.

Et voici que commence aujourd’hui notre semaine Sainte Colette. Sainte Colette a vécu exactement ce mouvement de l’Évangile. Comme Abram, elle a tout quitté. Comme les disciples, elle s’est retirée pour contempler le Christ. Comme les Apôtres, elle a été envoyée.

Elle a choisi la pauvreté, la prière, la radicalité évangélique. Non pour fuir le monde, mais pour laisser la lumière du Christ rayonner à nouveau dans l’Église. Toute vraie réforme commence toujours par la sainteté.

Aujourd’hui, Dieu vous dit personnellement : quitte ce qui t’empêche de vivre. Avance vers la vie nouvelle. Marche vers le baptême. Celui-ci est une renaissance. Par lui, vous allez entrer dans la mort et la résurrection du Christ. Sa lumière deviendra votre lumière. L’Église se réjouit de marcher avec vous.

Et pour nous, les « vieux » baptisés, cette célébration nous pose une question simple : sommes-nous encore en marche ? Nous sommes parfois installés dans une foi devenue habitude. Or la voix du Père retentit encore aujourd’hui : « Écoutez-le ! »

Écouter le Christ, c’est peut-être : reprendre la prière, revenir au pardon, ouvrir davantage notre cœur, oser témoigner. Le Carême est une montée vers la montagne. Mais on n’y reste pas : on redescend pour vivre autrement.

Abram s’est levé et a marché. Les disciples ont écouté. Sainte Colette a tout donné. Et nous ?

La lumière du Christ brille déjà au milieu de nous. Qu’elle illumine le chemin de nos catéchumènes vers le baptême, qu’elle renouvelle notre propre foi, et qu’avec saint Colette nous avancions tous vers la joie de la Résurrection. Amen.


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