J’étais aveugle, et maintenant je vois

Imaginez un instant : vivre dans les ténèbres totales, sans jamais contempler le sourire d’un proche, la splendeur d’un coucher de soleil ou la beauté d’une fleur. C’est l’histoire de l’aveugle-né que Jésus croise sur son chemin dans l’Évangile de ce dimanche de Laetare. Aujourd’hui, le Christ, lumière du monde, ne vient pas seulement ouvrir les yeux d’un aveugle. Il vient aussi ouvrir nos yeux.

Au début de l’Évangile, les disciples interrogent Jésus : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jean 9,2) Autrement dit : à qui la faute ?

Mais Jésus refuse cette logique. Il répond : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » (Jean 9,3) Alors Jésus pose un geste étonnant : il fait de la boue avec sa salive, l’applique sur les yeux de l’homme et lui dit d’aller se laver à la piscine de Siloé (qui signifie « envoyé »). L’homme obéit et il voit !

Mais le miracle ne s’arrête pas là. Car ce qui est encore plus beau dans cet Évangile, c’est le chemin intérieur de cet homme. A début, quand les pharisiens l’interrogent, il dit simplement : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » (Jean 9,11) Puis il est plus affirmatif : « C’est un prophète. » (Jean 9,17) et enfin audacieux : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » (Jean 9,33)

Après cela, quand il rencontre Jésus, ce dernier lui demande : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » (Jean 9,35)L’homme répond : « Je crois, Seigneur ! » (Jean 9,38) Et il se prosterne devant lui. Il est passé de la guérison des yeux à la foi du cœur.

Pendant ce temps, les pharisiens, eux, refusent de voir. Ils sont persuadés d’y voir clair. Ils pensent tout comprendre. Et pourtant… ils passent à côté de Dieu. Et Jésus leur dit cette parole très forte : « Vous dites : “Nous voyons !”, et pourtant votre péché demeure. » (Jean 9,41)

Cet Évangile nous parle aussi du baptême. Les Pères de l’Église voyaient dans ce geste de Jésus une image très forte. La boue sur les yeux, c’est le commencement : Dieu vient toucher notre pauvreté. Le bain dans la piscine de Siloé, c’est l’image du baptême, où l’homme est lavé et illuminé.

C’est exactement ce que vivent aujourd’hui nos deux catéchumènes. A travers les scrutins, le Seigneur les libère peu à peu des ténèbres. Il ouvre leurs yeux. Il prépare leur cœur à la lumière de Pâques.

Ce chemin nous rappelle quelque chose d’essentiel : toute conversion est un chemin. Personne ne voit clair tout de suite. On avance pas à pas.

Dans notre monde, nous aussi nous pouvons être un peu aveugles : aveuglé par l’individualisme, les écrans, l’indifférence, le bruit permanent. Nous croyons voir mais nous sommes sourd à la miséricorde.

Bénis soit Dieu pour les catéchumènes qu’il envoie au cœur de nos communautés : leur chemin vers le baptême nous rappelle que la conversion est un processus communautaire, comme dans l’Église primitive.

En ce dimanche de laetare, dimanche de la joie, le Christ nous dit : « Laisse-moi ouvrir tes yeux. » Laissons la cécité de notre péché être lavée. Laissons notre cœur être éclairé. Alors nous pourrons dire, nous aussi : « J’étais aveugle, et à présent je vois. » (Jean 9,25)

Chers catéchumènes, en ce jour de scrutin, soyez conscient de votre élection ! Vous n’êtes pas seuls. Toute la communauté marche avec vous. Elle prie pour vous. Elle espère avec vous. Ouvrez grand votre cœur à la lumière du Christ. Persévérez dans la prière et dans l’écoute de la Parole. Laissez- la joie de Pâques grandir en vous. Amen.


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