La liturgie de ce cinquième dimanche de Carême nous invite à méditer l’un des récits les plus profonds de l’Évangile de Jean : la résurrection de Lazare. Prenons le temps d’entrer dans ce texte, de le laisser nous parler et éclairer nos vies.
Cet épisode se déroule dans une famille marquée par le deuil, celui d’un frère aimé. Il pourrait se passer dans chacune de nos familles traversées par le deuil. La question de Marthe à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » (Jean 11,21) est celle de tous ceux qui ont l’impression que Dieu est arrivé trop tard dans leur vie.
Face à ce reproche, Jésus ne se lance ni dans des explications ni dans des justifications. Il offre une révélation : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » (Jean 11,25) Voici l’essentiel de l’Évangile : Jésus n’est ni un thérapeute, ni un sage parmi d’autres, ni une idée à comprendre. Il est Celui qui triomphe de la mort. Il n’est pas un concept à étudier, mais une Personne à rencontrer.
C’est tout le chemin parcouru par nos catéchumènes depuis des mois : apprendre à connaitre cette Personne et non simplement à savoir des choses sur elle.
Plus loin, Jésus rencontre Marie et les Juifs en pleurs. L’évangéliste nous livre alors le verset le plus court de tout l’Évangile : « Jésus pleura. » (Jean 11,35) Dieu ne contemple pas notre souffrance depuis une lointaine indifférence. Il se tient au bord de nos tombeaux les yeux rougis par les larmes. Chers catéchumènes, le Dieu que vous allez recevoir dans le baptême n’est pas un Dieu lointain ou froid. C’est un Dieu qui a pleuré, qui a touché nos blessures et nos morts, et qui nous en fait sortir victorieux.
Pourtant Jésus n’agit pas sans nous. Arrivé devant le tombeau, il ordonne : « Enlevez la pierre. » (Jean 11,39) Pourquoi, ne l’enlève-t-il pas lui-même ? Parce que Dieu ne nous relève pas sans notre consentement. Il attend notre coopération. La grâce ne viole pas notre liberté ; elle l’appelle à s’exercer.
Il y a des pierres dans nos vies que nous devons accepter d’enlever pour laisser agir Dieu : des pierres d’orgueil, de rancune, de péché enraciné, de résignation. Tant que nous protégeons notre tombeau, Dieu attend. Dès que nous aidons à rouler la pierre, il agit et peut crier : « Lazare, viens dehors ! » (Jean 11,43)
Lazare… un prénom. Dieu appelle chacun par son prénom, dans sa singularité irremplaçable. Chers catéchumènes, dans quinze jours, lors de la nuit de Pâques, vous entendrez votre prénom prononcé sur vous au moment du baptême. L’eau qui coulera sur votre tête sera cet appel de Dieu : « [Votre prénom}, viens dehors ! » – hors de la vie repliée sur elle-même, hors du péché, hors de la mort spirituelle. Votre résurrection commence là !
Pour nous, les baptisés, rappelons-nous que nous avons déjà entendu cet appel. Le baptême n’est pas un simple souvenir. Il est devant nous comme une promesse à vivre chaque jour.
L’Évangile s’achève sur ces mots : « Déliez-le, et laissez-le aller. » (Jean 11,44) Lazare est sorti du tombeau, mais il est encore enveloppé de bandelettes. Il est vivant mais encore entravé. Ce portrait est aussi le nôtre : baptisés, ressuscités avec le Christ mais portant encore souvent nos vieilles attaches : habitudes de péché, peurs anciennes, liens qui nous entravent notre marche vers la vie nouvelle.
La vie chrétienne est ce chemin de libération progressive : apprendre, pas à pas, à vivre debout, déliés. Et ce travail, c’est celui de la communauté : « Déliez-le ». Ce n’est pas une tâche solitaire. C’est ensemble, en Église, par les sacrements, la prière, et le soutien fraternel, que nous nous aidons à ôter les bandelettes les uns des autres.
Pâques approche. Le temps de la mort sera vaincu. Pour les catéchumènes, ce sera leur sortie du tombeau. Pour nous, baptisés, ce sera le renouvellement de la promesse reçue au baptême. Alors, la question que cet Évangile nous pose est celle que Jésus adressa à Marthe : « Crois-tu cela ? » (Jean 11,26) Crois-tu que Jésus est la résurrection et la vie ? Crois-tu que la mort n’a pas le dernier mot sur toi ?
Puissions-nous faire cet acte de foi avec Marthe : « Oui, Seigneur, je le crois. » (Jean 11,27) Amen.


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