Nous voici au cinquième dimanche du temps pascal. Depuis la nuit de Pâques, nous célébrons la victoire du Christ sur la mort. Sa résurrection fait de nous des hommes et des femmes de l’espérance. Et voilà qu’aujourd’hui, l’Évangile nous ramène au soir du Jeudi Saint, à ce moment solennel où Jésus, sachant qu’il va mourir, confie à ses disciples son testament spirituel : le commandement de l’amour.
Un commandement « nouveau »
Mais en quoi ce commandement est-il « nouveau » ? Après tout, l’amour du prochain était déjà présent dans l’Ancien Testament. La nouveauté réside dans ces mots: «Comme je vous ai aimés » (Jean 13,34). Le modèle de notre amour mutuel n’est plus seulement un précepte, mais une personne vivante, Jésus lui-même, et la manière dont il nous a aimés.
Et comment Jésus nous a-t-il aimés ? Jusqu’à donner sa vie. Jusqu’à laver les pieds de ses disciples, même ceux de Judas qui allait le trahir. Un amour qui va jusqu’au bout, jusqu’au pardon des ennemis sur la croix. Un amour qui ne calcule pas, qui ne compte pas, qui se donne totalement.
Un amour qui est notre carte d’identité
« À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »(Jean 13,35) Voilà notre carte d’identité chrétienne ! Ce n’est pas d’abord notre connaissance des Écritures, nos pratiques religieuses ou nos traditions qui font de nous des disciples du Christ, mais la qualité de notre amour fraternel.
Dans les Actes des Apôtres que nous avons entendus en première lecture, nous voyons comment les premières communautés chrétiennes rayonnaient de cet amour. Paul et Barnabé parcourent les villes, « affermissant le courage des disciples » (Actes 14,22) et « fortifiant leurs âmes ». Ils prennent soin des jeunes Églises, les visitent, les encouragent. Et c’est ainsi que « la porte de la foi s’est ouverte aux nations païennes ».
L’évangélisation ne se fait pas d’abord par de grands discours, mais par le témoignage d’une communauté où l’on s’aime vraiment. Tertullien, au IIe siècle, rapportait que les païens disaient des chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ! » C’était là leur plus grande force de conviction.
Un amour qui transforme le monde
La deuxième lecture, tirée de l’Apocalypse, nous offre une vision magnifique : « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21,1) où Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21,4). Cette promesse n’est pas seulement pour l’au-delà. Chaque fois que nous pratiquons l’amour fraternel, nous faisons advenir, ici et maintenant, quelque chose de ce monde nouveau.
Quand nous prenons soin des plus fragiles, quand nous pardonnons à ceux qui nous ont blessés, quand nous tendons la main à l’étranger, quand nous prenons le temps d’écouter celui qui souffre, nous manifestons déjà que « Dieu fait sa demeure parmi les hommes » (Ap 21,3).
Comment aimer aujourd’hui ?
Mais comment vivre concrètement ce commandement de l’amour dans notre quotidien?
D’abord, en reconnaissant que nous ne pouvons pas aimer par nos propres forces. C’est l’Esprit Saint qui nous donne la capacité d’aimer comme le Christ. Demandons-lui chaque jour cette grâce.
Ensuite, en commençant par les petits gestes : un sourire, une parole bienveillante, un service rendu sans attendre de retour, une attention aux besoins de l’autre.
Enfin, en acceptant nos limites et nos échecs. Nous ne sommes pas toujours à la hauteur de cet idéal d’amour. Mais chaque fois que nous tombons, le Christ nous tend la main pour nous relever.
Conclusion
En ce temps pascal, laissons-nous renouveler par ce commandement de l’amour. Demandons au Christ ressuscité de nous donner son Esprit pour que notre communauté soit vraiment un signe de cet amour qui transforme le monde.
Car c’est à cela que l’on reconnaîtra que nous sommes ses disciples : à l’amour que nous avons les uns pour les autres. Amen.

